Dubois passe proche de se choquer (chronique)

Jean-Guy Dubois, maire de Bécancour.... (Photo: François Gervais, Le Nouvelliste)

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Jean-Guy Dubois, maire de Bécancour.

Photo: François Gervais, Le Nouvelliste

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Il y avait eu quelques rumeurs que Jean-Guy Dubois, le maire de Bécancour allait profiter de son passage à la Chambre de commerce et d'industrie du Centre-du-Québec pour se vider le coeur.

Un maire qui pète sa coche, c'est toujours assez prometteur de comptes rendus croustillants pour les médias qui, on le sait, devoir oblige, s'en nourrissent. Le maire Dubois ne s'en cache pas. Il accumule les frustrations depuis la fermeture de la centrale nucléaire Gentilly-2 qui a entraîné une dévitalisation du secteur est de sa ville, en particulier à Gentilly.

Plus d'un an après la fermeture de la centrale, les compensations gouvernementales n'ont toujours pas été au rendez-vous, même si l'épicentre du séisme socio-économique que cela a entraîné se situe à Bécancour.

Les ministres libéraux du nouveau gouvernement, comme le faisaient ceux du précédent, viennent bien régulièrement y faire parade et s'y plastronner, à la faveur d'éventuelles grandes implantations industrielles. Mais aucun projet n'a encore concrètement été réalisé. Les promesses d'investissement affluent (RER Hydro, IFFCO, Minéraux rares Quest, Stolt LNgaz), les milliards de dollars miroitent et les emplois créés se calculeraient au total en milliers.

L'autoroute 30 n'est pas pour autant embourbée et le bruit des pépines ne perturbera pas le vol des canards qui s'aventureront au-dessus du parc industriel dans leur prochaine migration printanière, parce qu'on ne creuse de fondations nouvelles nulle part.

Ce qui a fait dire au maire Dubois, dans un commentaire coloré qui traduisait son impatience, qu'il faudrait passer des «micros à la pelle», en référence à toutes les grandes annonces médiatisées qui n'ont encore abouti à rien. Il avait d'ailleurs préparé sa métaphore et ses effets, puisqu'il avait au préalable, pour illustrer son propos, fait installer une belle pelle argentée sur le lutrin. Sauf qu'avant que le maire monte sur la tribune, la pelle avait glissé par terre et ne reposait plus que sur «l'acottement» du pupitre. Ce qui était parfaitement à l'image de ce qui s'est passé jusqu'à présent.

Le maire Dubois a d'autant raison de se plaindre, jusqu'à l'exaspération si le coeur lui en dit, parce qu'en dépit du Fonds de diversification économique de 200 millions $ constitué par le gouvernement péquiste et maintenu par le gouvernement libéral pour compenser les pertes de Gentilly-2, aucun investissement n'a encore été annoncé sur son territoire. Il y a eu partout alentour, tant sur la rive sud que sur la rive nord, des projets qui ont émergé à la faveur de l'aide financière venant de ce Fonds. Mais il n'est encore rien tombé à Bécancour.

Le maire avait donc pleinement de quoi justifier une montée de fièvre en règle d'autant qu'il s'adressait à un auditoire économique directement concerné. Il s'est retenu. On peut penser que c'est parce qu'on lui aurait fait récemment quelques promesses pour calmer le jeu et faire descendre sa pression. Bécancour réclamait en effet qu'une aide financière puisée dans le Fonds de diversification lui soit versée pour financer l'aménagement d'un incubateur industriel dans les installations de l'ancienne usine d'eau lourde LaPrade, à Gentilly.

Les nouvelles seraient bonnes. Ce ne sera finalement pas dans les bâtiments restants de LaPrade, mais il y aura de l'argent pour mettre sur pied un incubateur, comme en ont beaucoup d'autres villes de la région. Enfin... presque réglé. «Toutes les cordes sont attachées», a-t-il révélé. Pour aussitôt se reprendre. «Toutes, sauf une», a-t-il dit, en invitant les journalistes à l'écrire, pour que ceux à qui le chapeau fait, le portent. Pour faire pression, bien sûr.

C'est que les critères d'admissibilité au Fonds de diversification excluent les grandes entreprises, mais fixent aussi des minimums d'investissement qui ne sont pas à la portée des petites entreprises de Bécancour.

On se retrouve donc avec des projets d'implantation de grandes entreprises qui traînent désespérément en longueur et de trop petites entreprises locales capables de se qualifier à l'aide gouvernementale de compensation.

Si on fait le compte, quatorze mois après la fermeture de la centrale, Bécancour n'a absolument rien reçu en compensation.

Il y a là de quoi énerver le maire d'une ville artificiellement créée il y a cinquante ans cette année, pour, justement, satisfaire à des besoins industriels.

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