La fortune des Y (chronique)

Le président de Chocolats Favoris, Dominique Brown, s'adressant... (Photo: François Gervais, Le Nouvelliste)

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Le président de Chocolats Favoris, Dominique Brown, s'adressant aux gens d'affaires trifluviens.

Photo: François Gervais, Le Nouvelliste

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Il s'est avancé devant son auditoire sans formalité, vêtu d'un jean qui refoulait un peu à la hauteur des chevilles, en veston sport, mais évidemment sans cravate.

L'homme n'a que 36 ans, mais il a déjà derrière lui une réussite d'affaires phénoménale nommée Beenox qui a été à un certain moment la plus grande entreprise de développement de jeux vidéo... au monde. Pensez à X-Men, Spider-Man, Shrek ou même Guitar Hero, tous des jeux auxquels l'entreprise a collaboré. Une entreprise qu'il avait lancée dans un petit local délabré, à Québec, quand Saint-Roch n'était encore qu'un genre de bidonville.

Mais c'est avec sa nouvelle entreprise, acquise il y a à peine un peu plus de deux ans qu'il est venu mercredi matin faire saliver les membres de la Chambre de commerce et d'industries de Trois-Rivières: Chocolats Favoris.

La croissance de cette entreprise gourmande est fulgurante. Faut-il s'en surprendre? Car avec Dominique Brown, «think big», c'est trop peu. C'est presque manquer d'ambition. Il lui faut comme toujours devenir le meilleur au monde. Le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il ne manque pas de confiance en lui.

C'est justement l'un des traits dominants des entrepreneurs de la génération Y. À 36 ans, Brown n'est pas loin de la génération X (37-46 ans). Il est surtout parmi les premiers de la nouvelle cohorte d'entrepreneurs et à plusieurs égards, il l'incarne totalement.

Après avoir observé du coin de l'oeil et une pointe de suspicion l'entrée en affaires de la génération X, c'est en se tenant la tête à deux mains d'incrédulité que beaucoup ont vu arriver ces Y, si désinvoltes en apparence. Si les X et les Y partagent beaucoup de traits communs, il n'en existe à peu près plus quand ces derniers sont comparés aux baby-boomers.

On ne devrait pas trop s'en inquiéter. Les Y sont d'incroyables agents de changement et cela leur va bien. Ils apportent dans la conduite des entreprises qu'ils fondent une mentalité très différente de celle qu'avaient les baby-boomers. Quand on écoute Dominique Brown et qu'on constate sa réussite, on doit être prévenu qu'on n'a probablement encore rien vu.

Une étude récente de la Chaire en entrepreneuriat et innovation de la Faculté des sciences de l'administration de l'Université Laval compare les trois générations d'entrepreneurs et nous fait découvrir ces intrigants enfants-rois devenus les Y.

À la différence de Brown, qui est un décrocheur comme l'ont été beaucoup de boomers lancés en affaires, les Y sont très scolarisés. Soixante-dix pour cent d'entre eux détiennent un diplôme universitaire et beaucoup plus que les générations précédentes, ils ont suivi un cours de gestion.

Ils fondent leur entreprise très jeunes, à l'âge moyen de 26 ans. Ils ont d'ailleurs davantage tendance à créer leur propre entreprise (60 %) qu'à chercher à sauter sur une opportunité, entreprise qu'ils financent plus souvent qu'autrement avec leurs propres moyens et avec un peu de «love money». Dans les faits, ils ont peu ou pas d'argent, peu de biens, mais en contre-partie, très peu d'obligations. Ils ne craignent donc pas l'échec. Ils vont facilement travailler en équipe et accepter de mener des projets à plusieurs. Ils sont d'ailleurs très ouverts au mentorat et détestent la routine.

Pour illustrer son tempérament, Dominique Brown montrait un homme au bord d'un précipice. Dans la séquence suivante, il plongeait dans le vide. En fait, il quittait sa zone de confort, comme il a abandonné Beenox, sans savoir qu'il plongeait dans le chocolat.

Ils sont... trippeux et conçoivent difficilement, si l'entreprise ne fonctionne pas, devoir partir à la recherche d'un emploi. Ils veulent être leur propre patron. Les entrepreneurs de la génération Y chercheront plutôt à fonder, tête baissée, une nouvelle entreprise. D'ailleurs, ils sont souvent impliqués dans plus d'une entreprise. De toute façon, selon les auteurs de l'étude, leurs grandes valeurs sont le travail d'équipe, l'intégrité et la flexibilité, avant l'appât du gain. Ils sont des adeptes du multitâche. Ils sont plus loyaux à leur style de vie qu'à leur travail.

Les Y ont de grandes préoccupations pour ce qui a trait à la conciliation travail-famille. Ils n'en sont pas moins vaillants pour autant. Car comme les boomers et les X, les entrepreneurs de la génération Y travaillent en moyenne 50 heures par semaine. Un menton de vanité relevé peut-être, mais surtout, ils ont du fun.

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