Métaux rares, ministres abondants (chronique)

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

À l'automne 2013, Peter Cashin, le président et chef de la direction de Minéraux rares Quest se présentait à Bécancour pour annoncer la mise en exploitation d'une mine de métaux rares dans le nord du Québec et la construction d'une usine hydrométallurgique à Bécancour. Il avait à ses côtés Yves-François Blanchet, le ministre de l'Environnement d'alors.

Tout le monde avait applaudi fort des deux mains. C'était pour Bécancour un investissement de plusieurs centaines de millions de dollars et la création d'environ 300 emplois permanents. La première pelletée de terre se ferait en 2016.

Au printemps 2014, à peine quelques mois plus tard, le même pdg faisait une nouvelle halte à Bécancour, mais cette fois pour annoncer que ce n'est pas une, mais bien deux usines que sa société construirait dans le parc, à compter de 2017. C'était quelques dizaines de millions et quelques dizaines d'emplois de plus. Le projet commençait à s'emballer et le milieu politico-économique aussi.

Mardi, c'est le président du conseil de MRQ, Pierre Lortie, qui accompagnait pas un, ni deux, mais trois ministres, dont Jean-Denis Girard, le ministre responsable de la Mauricie, qui annonçait, au nom du ministre Jacques Daoust, qu'Investissement Québec a investi 600 000 $ en capital-actions dans MRQ pour... une étude de faisabilité qui permettra de réaliser des travaux environnementaux et d'optimisation des procédés.

On maintient toujours 2017 pour la mise en chantier des deux usines à l'intérieur d'un projet global qui se chiffrerait à 1,63 milliard $. C'est un grand déploiement pour ce qui n'est encore qu'une étude de travaux environnementaux préparatoires.

Le président Lortie s'est appliqué à démontrer tout le potentiel de l'extraction de minéraux rares et leur traitement pour fins de commercialisation. La Chine domine ce marché mondial... un peu trop outrageusement. Ce qui est loin d'être rassurant pour les fabricants dans le reste du monde qui produisent des tablettes électroniques, des téléphones intelligents, des éoliennes, des écrans plats, etc. D'autant que les Chinois pensent à garder ces métaux pour eux autres.

Le potentiel pour cette exploitation minière québécoise et le traitement primaire de ces métaux rares est bien réel et on ne pourrait que se féliciter que le projet se concrétise. La qualité des métaux de la mine québécoise est supérieure à tout ce qui existe en Amérique du Nord, il n'existe pas d'autre usine pour séparer ces minerais et il y a ici un bassin intéressant en scientifiques et ingénieurs pour croire en la réussite une telle exploitation.

Mais il reste quelques embûches de taille à surmonter. Pierre Lortie les résume dans le financement du projet - c'est loin d'être un détail - et la technologie qui s'y applique - quand même essentielle. La question environnementale ne semble pas lui poser souci.

Surprenant quand on sait qu'il y aura trois BAPE obligatoires à surmonter avant d'espérer obtenir l'incontournable aval social. On ne peut que lui souhaiter bonne chance et se souhaiter bonne chance, car un tel investissement serait aussi avantageux que nécessaire pour l'économie de la région. Mais il faut prendre conscience que nos écologistes éclatent pour moins que cela et qu'ailleurs dans le monde, en dehors de la Chine, ils se sont déchaînés chaque fois qu'il a été question d'exploiter des terres rares, même si pour leurs contestations, ils se servent de téléphones intelligents, de tablettes ou d'ordis.

Difficile, à travers nos grands espoirs, de ne pas entretenir malgré tout quelques doutes sur la réalisation acquise du projet. On ne peut oublier que celui de Rio Tinto Fer et Titane, de 4 milliards $, a été abandonné alors qu'on en était rendu à l'étude de pré-faisabilité. Et le projet d'IFFCO, même s'il demeure actif, a été mis sur la glace après une explosion présumée de ses coûts de construction. Financement demandé. Il y a eu aussi ce RER Hydro, annoncé en grandes pompes gouvernementales, qui court toujours après des investisseurs.

Peut-être le gouvernement éprouve-t-il en ce moment un grand besoin d'annonces «positives», quitte à forcer le jeu en exultant son implication financière dans une étude préliminaire. Mais à Bécancour, comme le dit le député caquiste Donald Martel, ce que les gens veulent, c'est des nouvelles têtes d'employés, pas des têtes de ministres.

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