CHRONIQUE

Le PC porté par le djihadisme?

Si on résume, pour vraiment percer au Québec,... (PHOTO BEN NELMS, ARCHIVES REUTERS)

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Si on résume, pour vraiment percer au Québec, le gouvernement Harper aurait sans doute besoin d'un autre petit coup de pouce pour faire monter d'un cran la crainte terroriste.

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Si les élections fédérales étaient déclenchées aujourd'hui, les amateurs de politique saliveraient, tellement l'issue apparaît en ce moment incertaine à la grandeur du Canada, mais surtout, parce que tout serait possible au Québec.

Si l'on se fie au plus récent sondage de la firme Ekos, ça serait même devenu complètement fou au Québec. Les quatre principaux partis politiques fédéraux à se disputer les terres québécoises seraient dans un coude-à-coude inimaginable. Le Parti conservateur obtiendrait 23 % des intentions de vote; le Parti libéral, 22; le NPD, 24 et le Bloc québécois, 23. À deux pour cent d'écart, c'est nettement à l'intérieur de la marge d'erreur. Alors autant dire que tout le monde serait à égalité sur les blocs de départ.

Les plus surpris et les plus heureux d'un tel coup de sonde, ça sera bien sûr les partisans du Bloc québécois. On peut bien se creuser la tête, mais il faudrait être bien malin pour comprendre ce qu'a bien pu faire récemment le chef Mario Beaulieu pour ramener au bercail les bloquistes égarés depuis les dernières élections, et plus égarés encore depuis son accession tellement contestée à la tête du parti.

Il faut certainement chercher ailleurs les explications du réchauffement des troupes bloquistes. Peut-être faut-il regarder du côté des conservateurs pour décoder les raisons des plus récents changements d'humeur des électeurs québécois sur le plan fédéral.

Car si le Bloc a de quoi se réjouir, les conservateurs de Stephen Harper en ont tout autant. Ils viennent en même temps que le Bloc de carrément franchir la barre psychologique des 20 % pour aller se ranger aux côtés des libéraux et des néo-démocrates. Pour ces deux partis, qui prétendaient jusque-là se partager le Québec, les résultats d'Ekos ont de quoi rendre nerveux et amers. Si le Bloc et le PC les ont rejoints dans les intentions de vote, c'est que le terrain leur a glissé sous les pieds.

Tant la remontée du Bloc reste délicate à cerner, il fait peu de doute dans le cas des conservateurs que c'est toute cette question de la menace djihadiste qui traumatise beaucoup de Québécois et qui les pousse vers le parti politique qui leur apparaît le plus protecteur et le plus déterminé à agir. La controverse à propos de la mosquée de Shawinigan, qui a fait exploser les inquiétudes de citoyens, n'a fait qu'illustrer un certain état d'esprit qui règne en ce moment. Or, dans ce créneau, sur le plan politique, les conservateurs occupent la glace. Le projet de loi C-51 sur la lutte au terrorisme, qui a franchi hier l'étape de la deuxième lecture, reçoit l'appui de plus de 80 % de la population. Même si dans sa rédaction actuelle, qui ne changera pas vraiment, le projet de loi implique une réduction des libertés civiles, les Québécois en souhaitent massivement son adoption.

On comprend que le ministre Denis Lebel, dans sa missive d'hier intitulée «Le Québec est important pour notre gouvernement» (comprendre pour notre parti), souligne fort que le PC prend «au sérieux la menace djihadiste».

Il serait intéressant de mesurer comment, dans les circonscriptions de la région, le dernier sondage d'Ekos placerait les partis.

Les sondages nationaux de janvier annonçaient une lutte à trois (NPD, PLC et Bloc) dans Saint-Maurice-Champlain. Avec un Bloc et un PC un peu plus forts, c'est le Bloc qui serait favorisé. À moins que la mosquée ait poussé plus d'électeurs qu'on ne le pense dans les bras conservateurs. Dans Bas-Richelieu-Nicolet-Bécancour - qui deviendra Bécancour-Nicolet-Saurel -, Louis Plamondon n'aurait pas à s'inquiéter. Il resterait le doyen de la Chambre des communes. Dans Berthier-Maskinongé, le PC n'a pas de prise. Mais en raison du vieux fond souverainiste, Ruth-Ellen Brosseau ne pourrait pas se permettre une escapade à Las Vegas.

Dans Trois-Rivières, le néo-démocrate Robert Aubin n'aurait toujours pas à s'inquiéter. Il faudrait aux conservateurs, qui partent de loin, au moins un Yves Lévesque pour sembler être dans la partie. Et c'est loin d'être sûr que le maire de Trois-Rivières soit vraiment intéressé... et qu'il parviendrait à arracher le comté.

Si on résume, pour vraiment percer au Québec, le gouvernement Harper aurait sans doute besoin d'un autre petit coup de pouce pour faire monter d'un cran la crainte terroriste. D'ici octobre, ça devrait être possible.

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