CHRONIQUE

Fouiller dans les poches des régions

André Nollet, directeur général de Tourisme Mauricie.... (Photo: Olivier Croteau, Le Nouvelliste)

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André Nollet, directeur général de Tourisme Mauricie.

Photo: Olivier Croteau, Le Nouvelliste

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Les associations touristiques échapperont certes au derby de démolition des structures régionales auquel se livre le gouvernement libéral depuis son entrée au pouvoir.

Peut-être parce qu'il n'a pas autorité pour le faire. Mais en se permettant de piger dans leurs enveloppes budgétaires, comme il en a l'intention, il va forcément réduire leurs marges de manoeuvres et leurs capacités d'agir dans leur milieu.

Dans une lettre qu'ils cosignent sur le site de Tourisme Mauricie, le président Benoît Gauthier et le directeur général André Nollet affirment que le ministère du Tourisme du Québec se prépare à «couper le souffle de son industrie et de ses intervenants.»

C'est que le MTQ a consulté un certain nombre de ses ATR sur le projet qu'il a d'uniformiser la taxe sur l'hébergement et désormais, d'en gérer lui-même les revenus.

Le MTQ voudrait standardiser cette taxe à 3,5 %, alors qu'elle est en ce moment variable, chaque ATR, de concert avec les hôteliers, la fixant à un niveau convenu. En Mauricie, par exemple, elle est au taux fixe de 3 $ par nuitée.

Il faut se rappeler que cette taxe, qui s'ajoute à la TPS et à la TVQ, a été introduite en 1997, mais surtout, qu'elle avait fait l'objet à l'époque de vifs débats, les hôteliers de plusieurs régions du Québec s'y opposant. C'est ce qui avait notamment été le cas en Mauricie, qui en avait retardé son application. L'argument qui avait pesé le plus lourd pour finalement la faire accepter, c'est que les revenus de cette taxe seraient retournés en totalité dans la région, ce qui allait générer de plus grands moyens à l'ATR pour développer le tourisme régional.

L'uniformisation de la TSH à 3,5 % rapportera 17 à 18 millions $ de plus que les 49 millions $ qu'elle produit actuellement. Comme cette taxe est déjà à 3,5 % à Montréal et à 3 % à Québec, il est facile de comprendre que la nouvelle ponction sera avant tout exercée dans les régions du Québec. Pas forcément en leur faveur. Elle sera aussi avant tout acquittée par les Québécois parce qu'ils représentent 90 % de la clientèle touristique des régions.

S'il appartient dans l'avenir au MTQ de fixer lui-même pour tout le monde le taux de la taxe sur l'hébergement, on peut prendre pour acquis qu'elle va rapidement prendre l'ascenseur.

Bien sûr, Québec promet de retourner aux ATR une bonne partie des sommes qu'il percevra sur leurs territoires respectifs. Déjà, on peut se demander si le «red tape» administratif centralisé de Québec sera plus efficace pour gérer cette taxe que ne l'étaient les structures régionales. Il est plus que permis d'en douter. Il n'y a pas d'économies à prévoir. L'exercice vise avant tout à aller chercher plus d'argent.

Au MTQ, on explique qu'on veut retenir l'argent nécessaire pour financer les coûteuses campagnes de marketing au niveau international. Ce n'est pas une mauvaise chose en soi. Sauf qu'on sait aussi que ce tourisme étranger profite avant tout à Montréal et à Québec. Les régions se trouveront donc, en taxant toujours un peu plus leurs clients très majoritairement québécois, à fournir de meilleures retombées économiques venant de l'industrie touristique dans les deux plus grandes villes du Québec. Alors que les besoins en rafraîchissement et en remise à niveau des infrastructures touristiques d'accueil en région sont criants, parce que justement, les revenus pour les maintenir et les moderniser sont insuffisants. C'est d'ailleurs devenu un cercle vicieux. Plus les structures d'accueil se dégradent, plus elles sont boudées par les touristes. Et moins il y a de touristes, moins il reste d'argent à investir.

Si au moins, la ponction que projette de faire le MTQ servait à cela. Au contraire, on va mettre fin à l'Entente de partenariat régional en tourisme qui permettait de financer des projets touristiques.

Quand on regarde toutes les structures régionales qui sont abolies ou dont on décrète la misère financière ou qu'on dépouille, on doit se demander si à Québec, on croit encore aux régions.

MM. Gauthier et Nollet ont tout à fait raison d'analyser que le nouveau modèle d'affaires du MTQ «compromet l'autonomie des régions». On pourrait ajouter: une fois de plus.

«Quand on regarde toutes les structures régionales qui sont abolies ou dont on décrète la misère financière ou qu'on dépouille, on doit se demander si à Québec, on croit encore aux régions.»


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