Une grande avenue Jean-Chrétien? (chronique)

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

C'était à se demander s'il n'y avait pas un peu d'ingratitude de la part du grand patron de la Cité de l'Énergie, Robert Trudel, à l'endroit del'ex-premier ministre Jean Chrétien.

Dans une lettre accompagnée d'un dossier qu'il cosigne avec Mario Lachance, le président de la Société d'histoire régionale Appartenance Mauricie, le dg de la Cité de l'Énergie demande le maintien de la numérotation des rues de la Pointe-à-Bernard. Un avis partagé par de nombreux historiens. Mais cela impliquerait dès lors que la 5e Rue, qui est la rue principale du centre-ville, ne pourrait être appeléeJean-Chrétien comme on le propose.

C'est avec une fierté évidente que le maire de Shawinigan, Michel Angers en a fait l'annonce lundi soir lors de la présentation du processus d'harmonisation des noms des rues qui vient de s'enclencher, convaincu d'avoir réalisé avec cette proposition un coup fumant qui sera applaudi par l'ensemble de la population. Ce qui a d'ailleurs semblé être le cas.

Pourquoi donc cette résistance exprimée par Robert Trudel? Surtout quand on prend conscience de la contribution gouvernementale importante qu'a favorisée Jean Chrétien pour l'établissement de la Cité et le soutien qu'il y a toujours apporté par la suite, au point d'en être considéré comme le parrain. Le Musée du premier ministre, regroupant une prestigieuse collection des cadeaux que l'homme d'état a reçus au cours de sa carrière, et qui constitue un point fort de la Cité, démontre à quel point l'homme a de l'attachement à ce complexe touristique et à sa ville d'origine.

C'est qu'il y a des facteurs historiques importants qui plaident en faveur du maintien de la numérotation actuelle des rues de la Pointe-à-Bernard, mais aussi parce que Robert Trudel voyait beaucoup plus grand pour honorer ce P'tit gars de Shawinigan. Pour lui, la 5e, même si c'est la «main street», est beaucoup trop courte et pas à la hauteur de l'hommage qu'on devrait rendre à l'ex-premier ministre.

Pour lui, c'est une grande avenue, rien de moins, qui devrait être identifiée à Jean Chrétien. Et quand Robert Trudel pense «big», c'est gros. Pour rendre justice à l'importance de l'homme, le grand boulevard Jean-Chrétien dont il rêve emprunterait la 12e Avenue à Shawinigan-Sud pour se poursuivre sur l'avenue Melville, puis l'avenue de la Station, pour monter ensuite sur Saint-Marc, se confondre aux boulevards Saint-Sacrement et des Hêtres, devenir la 5e Avenue dans le secteur Grand-Mère, traverser le pont et se terminer avec la 108e Avenue, dans le secteur Saint-Georges.

Ce serait donc une longue et immense avenue qui traverserait la ville de part en part, dans ses secteurs les plus socio-historiques, les plus commerciaux, les plus industriels et les plus touristiques.

Cette voie prestigieuse aurait aussi l'avantage de constituer le grand cordon ombilical qui relie directement entre elles quatre des principales anciennes municipalités fusionnées qui ont formé la nouvelle ville. Un trait d'union qui harmoniserait, enfin peut-être, Shawinigan dans son nouvel ensemble.

La suggestion mérite d'être considérée, mais ce n'est pas Jean Chrétien qui va s'en mêler.

L'homme avait d'abord refusé l'offre qui lui avait été faite par Michel Angers. En premier, comme il le dira, «je ne suis pas encore mort», mais surtout parce que, bien que sensible aux hommages qu'on cherche à lui rendre, Jean Chrétien reste une personne plutôt humble. Il ne lui viendrait pas à l'idée de s'imposer. Il ne court pas, comme on dit, après les honneurs, même s'il ne peut les éviter. Cette idée d'avoir une rue de Shawinigan à son nom, en particulier cette 5e Rue qu'il a tant fréquentée, le rendait un peu mal à l'aise.

Il a fallu bien des coups d'archet au maire Angers pour que Jean Chrétien cède à sa musique. Mais après avoir consulté son épouse Aline, il s'est finalement rendu aux arguments du maire de Shawinigan.

Il ne serait par contre pas davantage opposé à ce qu'on change le nom de neuf rues, avenues et boulevards pour n'en faire qu'une seule, plus grande et unifiante et qu'elle soit à son nom.

Mais encore là, il n'interviendrait pas pour mousser cette alternative et il faudrait avant tout que cela devienne une volonté populaire.

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