CHRONIQUE

Après Hérouxville, Shawinigan

C'est dans cet immeuble du 250 boulevard Industriel... (PHOTO FRANÇOIS GERVAIS, LE NOUVELLISTE)

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C'est dans cet immeuble du 250 boulevard Industriel à Shawinigan que la communauté musulmane voulait établir une mosquée.

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Ce que l'on sait de plus sur le projet d'une mosquée à Shawinigan, c'est que la décision de retirer la modification au zonage qui l'aurait permise dans un parc industriel avait été auparavant chaudement débattue entre les membres du conseil municipal, qu'elle ne faisait donc pas consensus, mais que par solidarité, tout le monde s'est rallié et qu'il en a été de même du maire Angers.

«Une décision extrêmement difficile», a-t-il dit d'entrée de jeu hier matin, à l'hôtel de ville, ajoutant qu'elle l'avait «bousculé» dans ses valeurs personnelles.

Une façon assez claire de se dissocier de la hantise qui avait gagné un certain nombre de ses conseillers, accablés d'appels téléphoniques, de courriels et de textos de gens paniqués à l'idée d'une mosquée sur leur territoire. Le maire avait donc, personnellement, toute l'ouverture d'esprit et les dispositions personnelles nécessaires pour accommoder une telle demande venant de sa petite communauté musulmane. Il lui fallait le faire savoir.

L'autre message qu'il avait à faire passer, c'était justement que c'est cette peur fortement exprimée par des citoyens de sa ville, mais aussi d'ailleurs, qui a convaincu son conseil de changer d'idée à la dernière minute. Car le projet de modification au zonage avait jusque-là franchi toutes les étapes pour son adoption sans avoir suscité le moindre remous.

Mais avec les événements récents de Saint-Jean-sur-Richelieu et d'Ottawa, ces images d'exécutions sommaires d'otages tombés aux mains des combattants de l'État islamique, mais aussi cette flambée émotive qui a découlé de la tuerie de Charlie Hebdo, il y a comme une psychose qui s'est emparée des esprits les plus fragiles. Du coup, des gens à Shawinigan voyaient surgir dans les rues de leur ville des dérangés d'Allah, des imans fanatisés, des barbus armés prêts à tout faire sauter pour obtenir en primes quelques vierges...

Tout cela est excessif et insensé. Mais cette «peur irrationnelle», le maire Angers a beau la regretter, cela n'a pas pour autant empêché son conseil municipal de s'y soumettre en prenant une décision qui envoie de Shawinigan une image de ville frileuse et vieillotte, recroquevillée dans ses préjugés, qui se sent menacée par l'inconnu, par l'étranger. De quoi suggérer à Sugar Sammy de rajouter quelques lignes satiriques à son spectacle.

Il est difficile de croire, malgré tout le contexte actuel qui favorise les réactions les plus primaires à l'endroit des musulmans, que dans sa majorité, la population de Shawinigan ait été bouleversée à la seule idée qu'un certain nombre de musulmans pratiquants puissent vouloir se retrouver pour faire leurs prières dans un petit local perdu au fin fond d'un parc industriel ou d'y avoir vu un éventuel repaire de dangereux extrémistes fanatiques. On ne doute pas que de nombreuses craintes puissent avoir été reçues par des conseillers invités à ne pas accommoder l'établissement de la mosquée projetée. «La pression est devenue forte», s'est expliqué Michel Angers.

Mais en cherchant à la «soulager», comme il le justifiera, en préférant retirer la modification au zonage, on a du coup aussi cédé à un électoralisme populiste facile. On aurait pu comprendre à la limite qu'il y ait un débat sur la pertinence de permettre ou pas une mosquée dans un parc industriel, ce qui ne correspond pas vraiment à la vocation de la zone. Encore que, dans bien des villes, on prévoit dans les parcs industriels de curieux usages, parce qu'on ne veut pas les voir ailleurs. C'est parfois le cas des bars de danseuses qui n'y sont permis qu'à cet endroit, l'idée étant d'enlever tout intérêt à leurs promoteurs.

Avec cette histoire, Shawinigan envoie d'elle une mauvaise image, qui n'est pas forcément celle de la ville ouverte et actuelle, résolument engagée dans la modernité, qu'on s'est appliqué à faire valoir. Le maire Angers en a sans doute pris conscience et voulu corriger le tir en martelant hier matin que Shawinigan est une ville d'accueil avec un grand esprit d'ouverture.

Mais justement, avec cette conférence de presse inattendue, pour dire qu'il n'y avait rien de nouveau dans l'affaire, on a remis le sujet à l'ordre du jour des grands réseaux médiatiques. Après le code de vie d'Hérouxville, c'est la mosquée interdite de Shawinigan.

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