CHRONIQUE

Faudrait considérer la perchaude

C'est quand même un projet de grande envergure,... (Photo: François Gervais, Le Nouvelliste)

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C'est quand même un projet de grande envergure, générateur d'emplois à un moment où l'économie régionale en a grandement besoin et susceptible de redonner un peu d'élan à un parc industriel et portuaire où les projets d'investissement tombent les uns après les autres.

Photo: François Gervais, Le Nouvelliste

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

«Fermé pour cause de mise en jachère prolongée. Réouverture prévue... On vous avisera, si on est encore là.»

On ne parle pas ici d'un petit mot écrit à la main au crayon feutre, scotché dans la porte d'un petit commerce qui éprouve des difficultés dont les propriétaires espèrent qu'elles seront temporaires et qui se grattent la tête pour trouver une solution à leurs problèmes dans l'espoir de s'en sortir. Mais de ce qui pourrait être un avis du Québec envoyé au reste du monde.

«Ne venez pas investir chez nous pour le moment et, on fera tout pour, longtemps. On remet tout le Québec dans son état d'origine, au moins comme il l'était avant la naissance du Nouveau-Monde.» Ce sera la grande contribution exemplaire, que le Québec, dans une démarche unique et héroïque, veut probablement apporter au grand effort international entrepris pour sauver la planète. On le fera seul, s'il le faut, mais ça se fera. De l'Arctique au 45e parallèle, des Îles-de-la-Madeleine à la vieille frontière énergétique Borden restaurée (la rivière des Outaouais), le Québec sera dorénavant une terre en friche, la plus verte des contrées au monde. Même les Amish, en comparaison, auront l'air d'être modernes.

On n'ira pas jusqu'à recommencer à s'éclairer à l'huile de baleines, car il faut bien les surprotéger, mais avec quelques éclisses de bois frottées l'une contre l'autre, on devrait pouvoir faire cuire les aliments et se réchauffer par temps froid.

Ça vous séduit comme projet humanitaire planétaire? On peut penser qu'on fait ici un peu de sarcasme, mais on n'est pas très loin d'une nouvelle réalité québécoise. Il n'y a plus aucun grand projet qui puisse se réaliser sans d'énormes complications et c'est devenu impossible s'il s'agit d'hydrocarbures, l'horreur des horreurs.

On vient de le voir une fois de plus avec la mise en cause par la société TransCanada de son projet de port pétrolier à Cacouna, qui subissait les assauts en rangs serrés de tous les écologistes québécois. Le grand prétexte, cette fois, c'était les baleines, qui sont passées d'espèce menacée à espèce en voie d'extinction.

C'est incroyable comment ces beaux bélugas de l'estuaire sont brillants et clairvoyants. Ils n'étaient pas question pour eux d'attendre que le port soit construit à proximité de leur pouponnière pour réagir. Dès qu'ils ont entendu parler du projet, mis au parfum sans doute par les écolos, les baleines sont tombées en dépression jusqu'à en perdre leur appétit sexuel. Le passage éventuel de pétroliers dans leurs eaux les aurait donc décimées par appréhension. Il faudrait les prévenir qu'elles peuvent recommencer à batifoler.

Comme Bécancour avait déjà été considéré pour recevoir ce port pétrolier, cela a immédiatement soulevé de l'intérêt dans la région. C'est quand même un projet de grande envergure, générateur d'emplois à un moment où l'économie régionale en a grandement besoin et susceptible de redonner un peu d'élan à un parc industriel et portuaire où les projets d'investissement tombent les uns après les autres. Pas toujours en raison des opposants écologistes, mais il n'y a quand même aucun projet qui a semblé jusqu'à présent trouver grâce à leurs yeux, si ce n'est peut-être ces hydroliennes dont le prix de revient au kilowatt serait hors de portée des nos maigres portefeuilles.

Ce n'est pas IFFCO en tout cas qui les a séduits et pas davantage l'actuel projet de liquéfaction de gaz naturel de la norvégienne Stolt LNGaz, dont on ne pourrait même pas, crime majeur, faire la différence dans les molécules de gaz naturel et de gaz naturel de schiste qui y seraient liquéfiées.

Sans compter que les pires craintes, et là-dessus, on peut laisser aller l'imagination, sont autorisées. Les navires vont s'éventrer sur les récifs du Saint-Laurent, les camions-citernes vont faire des accidents et se vider de leur contenu. Sans compter les explosions à la chaîne qui vont se produire, car c'est sûr que ça va péter un jour... et tout le parc industriel et même au-delà, va s'embraser...

Par contre, à Bécancour, on ne pourrait pas invoquer les baleines. C'est oublier la perchaude. C'est pas parce qu'elle est petite que la perchaude ne ferait pas l'affaire, comme une baleine.

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