Le coeur avait répondu à l'horreur

Il y a un an, jour pour jour,... (Photo: Émilie O'Connor Le Nouvelliste)

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Il y a un an, jour pour jour, un drame horrible survenait à Trois-Rivières.

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Chronique) Il faisait plus que frisquet ce matin-là, comme si l'hiver rechignait à se retirer. Comme ce matin. Malgré ce froid têtu, les gens pouvaient avoir le coeur léger. Les soeurs Dufour-Lapointe avaient fait à Sotchi durant le week-end un doublé or et argent en ski acrobatique et la veille, Charles Hamelin avait remis ça au 1500 mètres de patinage de vitesse et Alexandre Bilodeau s'était à son tour imposé comme le boss des bosses.

C'est donc avec une relative insouciance que les Trifluviens se rendaient à leur travail et qu'élèves et étudiants, avec des modèles de réussite en tête, se préparaient à prendre le chemin de leurs écoles.

Mais ce matin-là, plutôt que de monter dans leur autobus scolaire, deux jeunes garçons en fin d'adolescence choisirent de prendre l'autobus municipal, dans le secteur Cap-de-la-Madeleine, dissimulant soigneusement les armes qu'ils emportaient avec eux. Malgré la longueur du trajet qui allait les conduire dans un secteur résidentiel de Trois-Rivières-Ouest, la folie meurtrière qui avait pris le contrôle de leur cerveau ne s'est jamais atténuée. Comme si le temps, pour eux, s'était suspendu. «I'm dead inside», comme l'avait écrit l'un d'eux.

Il était à peine huit heures le matin que trois jeunes gens, deux soeurs et l'ami de la plus jeune, étaient tirés à bout portant. L'indolence matinale des Trifluviens venait de basculer. La nouvelle du drame s'est répandue comme l'éclair. C'est une population, à court de mots et d'explications, mais surtout brisée par l'émotion, partagée dans ses sentiments de rage et d'incrédulité, qui a été frappée comme en plein visage.

Une telle horreur ne pouvait se produire dans une communauté comme la nôtre. Certes, il y avait bien eu dans le passé des drames, des histoires parfois scabreuses, des accidents tragiques, mais jamais d'une telle gratuité, impliquant de jeunes gens qui tuent d'autres jeunes gens. En même temps que cette réalité s'imposait, Trois-Rivières perdait ses illusions et une certaine innocence. On n'était plus à l'abri de ces actes insensés, qui ne pouvaient arriver qu'ailleurs, croyait-on. Oui, un grand inconfort, un grand malaise a été ressenti dans la ville. Il ne s'est pas dissipé.

C'était il y a un an, jour pour jour.

Encore aujourd'hui, le rappel de ces événements douloureux nous renvoie à ce questionnement demeuré sans réponse: pourquoi? Il faut bien admettre que pas plus qu'hier, pas plus qu'il y a un an, on est en mesure de comprendre, ou d'accepter que cela puisse s'être produit, chez nous, dans un petit monde presque feutré. D'autant qu'il s'agissait de trois jeunes gens exemplaires, aimés de tous, qui mordaient avec bonheur dans la vie, des jeunes gens promis à de belles réussites, aux portes d'un avenir qui s'annonçait brillant. S'ils étaient coupables de quelque chose, c'est peut-être de cela.

Pourquoi ont-ils provoqué tant de haine auprès de deux garçons pour lesquels tout cela aurait dû être aussi possible? Par dépit amoureux de l'un d'eux? C'est loin d'être évident. L'un des deux garçons a déjà admis sa culpabilité, Il recevra sa sentence dans les prochains mois. L'autre a jusqu'ici nié sa responsabilité. Il y aura peut-être procès.

C'est le cours de la justice. Mais ce n'est certainement pas cela qui compte le plus. Aujourd'hui, c'est aux souffrances des deux familles des trois victimes, de leur entourage et de tous leurs amis auxquelles il faut s'associer. À la douleur gênée aussi des parents des deux complices.

Mais peut-être vaut-il mieux avant tout retourner aux propos de l'abbé François Doucet, qui avait officié les funérailles des «trois petits anges» dans une cathédrale remplie à craquer. Une cathédrale empreinte d'une grande sobriété, bondée de gens de coeur. Une cathédrale qui s'était émue avec une impressionnante retenue et haute dignité. Cet après-midi-là, l'abbé Doucet avait lancé un message d'espérance, de foi en l'humain et de confiance en l'avenir. «Vous savez», avait-il raconté à l'issue des funérailles, «on a aussi ri aujourd'hui», indiquant par là qu'au-delà des émotions naturellement à fleur de peau, il avait flotté dans l'enceinte de l'église un grand sentiment d'amour. C'était la réplique la plus puissante que l'on pouvait apporter à la violence insensée qui avait fait en sorte qu'il y ait ces funérailles. Le coeur, avait-on dit, avait répondu à l'horreur.

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