Quand il ne reste que la rue

Le porte-parole de la Coalition, Yvon Boivin.... (Photo: Stéphane Lessard)

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Le porte-parole de la Coalition, Yvon Boivin.

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Le gris, ce n'est pas la couleur la plus criarde qui soit. Ce n'est pas comme le bleu, le rouge, l'orange ou même le vert, les couleurs des principaux partis politiques fédéraux.

Même si on le met en carré, ça risque de faire discret. Trop discret. Mais c'est la couleur qui était la plus indiquée pour la Coalition d'aide aux victimes de la pyrrhotite. Il n'y en avait pas d'autre qui puisse mieux refléter ce drame incommensurable qui a frappé la communauté trifluvienne et régionale. Le gris, c'est celui du béton, bien sûr. Ce béton qui gonfle, explose, qui craque. Ce même gris qui devient la couleur de la vie de ceux qui en sont les victimes, qui explosent et qui craquent, elles aussi, dans leurs fondations humaines.

Sans compter les nombreux édifices publics et commerciaux qui en sont atteints, on évalue qu'il y a autour de 4000 résidences, construites depuis 1995, dont les fondations sont affectées par cet agrégat qui les ronge comme un cancer. C'est quelque chose comme 2 milliards $ de dommages aux propriétés. Peu, peut-être, en comparaison des dommages moraux causés aux victimes, en maladies, dépressions, ménages éclatés, vies brisées... décès. Car il y en a eu. La pyrrothite a causé un effondrement social plus difficile à cerner, à mettre en chiffres, mais bien réel, d'une ampleur considérable.

Par delà ses statistiques économiques et financières effarantes, car il faut bien tenir une comptabilité des choses pour illustrer l'étendue des dégâts, la CAVP s'applique de plus en plus à faire ressortir le drame humain causé par la pyrrhotite, même s'il est plus difficile à faire saisir.

On ne comprend pas que le gouvernement fédéral puisse être resté encore à ce jour aussi insensible à ce qui s'est passé ici. La couleur politique de la région ne devrait pas être une considération. C'est 8000, 10 000 citoyens, peut-être davantage, de tous âges, qui ont été terriblement touchés par ce fléau. Cela équivaut bien à un débordement de la rivière Rouge, ou, même s'il peut paraître indélicat de s'y référer, à un train qui explose au coeur d'un village dans la nuit. On n'a pas non plus l'image symbolique d'une petite maison perchée sur son rocher qui a résisté à la furie des eaux pour figer l'intérêt médiatique.

C'est ce caractère immédiat, instantané, mais aussi spectaculaire qui a privé le dossier de la pyrrhotite d'une attention nationale et de la création spontanée d'un grand mouvement de sympathie et de solidarité. Cet élan de compréhension et de compassion dont sont capables les Québécois et les Canadiens lorsqu'ils sont touchés droit au coeur et qui force les gouvernements à intervenir en leur nom. La nature progressive de la catastrophe d'ici ne s'est pas prêtée à autant d'éclat.

Mais quand on en fait le bilan à ce jour, on voit bien qu'on vit un désastre, aussi terrible que s'il s'était agi d'un puissant tremblement de terre.

La CAVP est bien consciente de cette nécessité de sensibiliser l'opinion publique. La production d'une vidéo-reportage avec des images saisissantes et des témoignages émouvants va y contribuer. Mais la CAVP veut aussi qu'on arbore en solidarité un carré gris et prévoit une grande marche citoyenne le 30 mai.

Il faudrait que cette marche soit sans commune mesure avec toutes les manifestations qui ont déjà pu avoir lieu dans la région. Il faudrait que la rue des Forges soit trop courte pour recevoir tous les citoyens qui participeront au défilé. Pour frapper l'imagination, pour provoquer l'intérêt des médias nationaux, pour contraindre Ottawa à entendre ce qu'il ne veut pas entendre, à voir ce qu'il ne veut pas voir. Pour le forcer à abandonner les misérables prétentions derrière lesquelles il se cache prétextant que la pyrrhotite, ce n'est pas de sa juridiction. Il est pourtant déjà venu en aide aux victimes de la pyrite dans la région de Montréal, et s'est reconnu l'autorité de modifier la norme sur le pourcentage de pyrrhotite acceptable dans le béton.

La CAVP lance un appel pressant pour une affirmation collective, une mobilisation générale qui impliquerait l'ensemble de la population, les administrations publiques, les entreprises privées... «pour sortir de cette situation cauchemardesque», implore son président, Yvon Boivin. Pour faire de la casse, sans rien briser, bien sûr. Pour profiter de l'année électorale fédérale. C'est bien triste quand il ne reste, pour des milliers de personnes affligées, que la rue pour démasquer l'hypocrisie d'un gouvernement qui se devrait pourtant d'être le leur.

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