CHRONIQUE

La faille de Trois-Rivières?

À croire que Trois-Rivières n'est pas au coeur... (Photo d'archives: François Gervais, Le Nouvelliste)

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À croire que Trois-Rivières n'est pas au coeur du Québec économique, comme on le pense, mais au-dessus d'une faille où s'entrechoquent les deux plaques tactoniques économiques que sont Montréal et Québec.

Photo d'archives: François Gervais, Le Nouvelliste

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Il y a des questions qu'on se pose parfois, pour ne pas dire souvent, dont la réponse parait évidente, mais qui ne se confirme pas dans les faits.

On a toujours prétendu que la position géographique de Trois-Rivières, au coeur du pôle économique québécois, entre Québec et Montréal, était exceptionnelle et que cela lui vaudrait bien un jour de connaître une expansion formidable.

Loin de l'explosion qui de décennies en décennies se fait attendre, on connaît plutôt des implosions à répétition.

La situation géographique que l'on dit privilégiée de Trois-Rivières, à proximité relative des deux plus grands centres urbains du Québec, devrait en avoir fait depuis longtemps une plaque tournante, au moins pour la grande distribution.

Pourtant, après avoir acquis il y a quelques mois Marcotte Alimentation, le groupe Colabor, un chef de file québécois en distribution alimentaire et produits connexes va transférer le gros de son entreposage à Lévis, où il possède de grosses installations.

L'homme d'affaires et restaurateur Claude Villemure a bien tenté de stimuler une mobilisation de restaurateurs pour faire pression afin de maintenir dans la région les activités de Marcotte Alimentation. Mais à l'issue d'une rencontre avant-hier avec le pdg de l'entreprise mauricienne vendue, Jean-Guy Ladrière, tout le monde a dû se résigner à accepter que la cause était entendue.

Lors de l'annonce de la transaction, en septembre, on assurait pourtant qu'il n'y aurait rien de changé et que les 90 emplois de Marcotte Alimentation seraient maintenus. On pouvait même secrètement espérer qu'avec cette acquisition, les dirigeants de Colabor seraient en mesure de réaliser comment la situation névralgique de leur nouvel entrepôt de Trois-Rivières pourrait les servir dans l'approvisionnement efficace et plus économique de leurs clients québécois. Avec la croisée autoroutière de la 40 et de la 55, c'est presque tout le Québec urbain qui se trouve à moins de deux heures de transport. Le «spot des spots» pour ce type d'entreprise, l'endroit privilégié où s'installer.

L'analyse d'intégration allait faire éclater cette grande vérité. Pas un an, mais quatre mois plus tard, on apprend qu'il ne restera finalement qu'une vingtaine d'employés à Trois-Rivières.

C'est quand même un peu mieux que la Coop Fédérée, où il ne restera plus rien des 250 employés qui y travaillaient. Le grand centre de distribution de produits de quincaillerie de la Coop, pourtant en opération à Trois-Rivières depuis plusieurs années pour les centres BMR et Unimat, sera rapatrié à Boucherville, où on disposait justement de grands entrepôts. Celui de Trois-Rivières avait pris de l'âge et il aurait fallu y investir plusieurs millions de dollars pour le remettre à niveau. Autant dire qu'on l'a laissé vieillir et que c'est ailleurs qu'on a consenti les investissements d'entreposage.

La tendance lourde, pour les grands distributeurs, n'est semble-t-il plus de s'installer à un carrefour stratégique pour couvrir le maximum du territoire à desservir, mais de se coller serrés aux grands marchés urbains.

Pourtant, pendant qu'ici on se préparait à fermer ces deux centres de distribution, Canac annonçait en grande pompe à Drummondville des investissements totalisant 37 millions $ pour la construction d'un entrepôt de 350 000 pieds carrés. Il est vrai qu'en dehors de Québec, le groupe possède beaucoup plus de succursales sur la rive sud que sur la rive nord.

N'empêche que dans une perspective de développement à moyen terme, la population québécoise est plus concentrée sur la rive nord que sur la rive sud. C'est donc de ce côté, en principe, que proviendra l'expansion future de Canac, qui dispose déjà de deux succursales à Trois-Rivières. Ce qui aurait pu faire de Trois-Rivières un endroit de prédilection pour son nouveau centre.

D'autant que, la visibilité étant importante pour un groupe engagé dans le commerce au détail, Trois-Rivières dispose d'un parc industriel de premier plan, à la jonction de la 40 et de la 55, qui aurait pu mettre en évidence ce centre de distribution.

À croire que Trois-Rivières n'est pas au coeur du Québec économique, comme on le pense, mais au-dessus d'une faille où s'entrechoquent les deux plaques tactoniques économiques que sont Montréal et Québec.

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