Lévesque-Aubin: grimaces en suspens (chronique)

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Le député fédéral de Trois-Rivières, Robert Aubin, regardait, comme s'il en avait une fixation, l'orateur enflammé qui venait de lui succéder à la tribune.

Il serait cependant difficile de penser qu'il buvait ses paroles comme du bon vin pour s'en enivrer. On serait plutôt porté de croire qu'il en analysait simplement le genre verbal pour s'ajuster à d'éventuels débats avec lui, comme un boxeur scrute dans les yeux son adversaire lors de la pesée, à la veille d'un combat, pour y déceler les premières faiblesses.

C'était mardi midi le déjeuner annuel des autorités du club Richelieu de Trois-Rivières, un événement de longue tradition, et celui qui parlait à la suite du député avec tant de volubilité n'était nul autre que le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque... un potentiel candidat pour le Parti conservateur aux prochaines élections fédérales, toujours prévues pour le 19 octobre.

Les deux hommes ne se sont pas ignorés. À leur arrivée, sans chercher à s'éviter, ils se sont salués d'une correcte poignée de main, mais sans allonger la conversation. Le hasard a cependant fait qu'à la table d'honneur, ils se sont retrouvés l'un à côté de l'autre. Ils auraient pu être séparés par Mgr Luc Bouchard, l'évêque de Trois-Rivières, qui était aussi présent.

Dans ce club Richelieu où l'on a l'humour abondant et le sarcasme facile, une telle disposition aurait probablement fait dire qu'on avait là comme le Christ entre deux larrons. À chacun de définir quel est le bon ou le méchant. Mais ce n'était pas nécessaire d'établir une distance de précaution. Du moins, pas encore. Dans le grand monde, on sait camoufler ses sentiments et composer de beaux faux sourires de convenance.

N'empêche qu'il était difficile de ne pas chercher à les observer un peu et de ne pas se dire que s'ils devenaient adversaires, quel superbe affrontement s'offrirait alors aux électeurs de Trois-Rivières.

Robert Aubin a certes été élu en 2011 à la faveur d'un raz-de-marée néo-démocrate au Québec qui a propulsé le parti au rang de première opposition à la Chambre des communes. Mais avec plus de 50 % des suffrages exprimés, le député de Trois-Rivières peut revendiquer une contribution personnelle à sa victoire. Il s'est d'ailleurs rapidement imposé comme un pilier du NPD, dont il a été élu à trois reprises par ses collègues, président du caucus québécois.

La vague orange de 2011 s'annonce toutefois un peu moins déferlante en prévision des prochaines élections. Le NPD, selon ce qu'en annoncent les sondages, devra composer au Québec avec une poussée libérale qui lui grugera beaucoup de votes. Mais ces mêmes sondages placent quand même le NPD en première position dans les préférences des électeurs québécois, ce qui, normalement, pourrait être suffisant, compte tenu de sa bonne tenue comme député et du respect qu'il a acquis dans le milieu, pour permettre la réélection de Robert Aubin. Sans compter qu'il y a maintenant au NPD-Trois-Rivières des militants actifs, donc une base d'organisation électorale.

Dans ce contexte, en plus de leur impopularité chronique au Québec, les conservateurs ne devraient même pas constituer le début de l'ombre d'une menace. À moins d'une candidature comme Yves Lévesque. Les pressions se font fortes sur lui du côté du PC, mais aussi dans le milieu, dans la mesure où l'on se convainc que les conservateurs vont reformer le prochain gouvernement et qu'un député comme Yves Lévesque dans leurs rangs, donc «du bon bord», ferait débloquer les dossiers fédéraux.

Certains imaginent même que la manne fédérale pourrait alors pleuvoir sur la région, d'autant que le PC, réaliste, ne cible qu'un certain nombre de circonscriptions au Québec et que sa récolte ne pourrait guère dépasser la dizaine de comtés. Il faut se rappeler qu'en 2006, le PC avait quand même fini deuxième dans Trois-Rivières, avec presque 32 % des voix. Il y a un discret fond bleu qui peut toujours se manifester si on lui en donne l'occasion. Mais la question encore sans réponse, c'est Yves Lévesque sera-t-il vraiment candidat?

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