CHRONIQUE

On a crié, il faut hurler

Coop fédérée, Marcotte Alimentation, Target, Saputo, Olin, pour... (Photo: Ariane Samson, Le Nouvelliste)

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Coop fédérée, Marcotte Alimentation, Target, Saputo, Olin, pour les plus connus, en plus des coupes gouvernementales, cela fait bien un millier d'emplois détruits ou qui le seront, en quelques mois seulement. Trois-Rivières en avait déjà perdus 1400 l'an dernier. Cela ressemble bien à ce qu'on a déjà appelé une «zone sinistrée».

Photo: Ariane Samson, Le Nouvelliste

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Dans un communiqué courroucé émis jeudi, le président de la Chambre de commerce et d'industrie du Coeur-du-Québec, Jean-Guy Doucet, exprimait son exaspération de constater que depuis la fermeture de Gentilly-2, la région est «toujours en attente». «Aucune annonce formelle, déplorait-il, ou investissement tangible de la part d'Hydro-Québec ou du gouvernement du Québec en développement économique régional», n'est arrivée, qualifiant la situation de «déloyale».

C'est vrai que Bécancour s'est fait passer sous le nez le Centre de transfert de données d'Hydro-Québec qui a atterri à Drummondville et que malgré toutes les promesses de compensation pour la fermeture de la centrale nucléaire, ils sont peu nombreux les dossiers de la rive sud, dans sa partie riveraine du Saint-Laurent, qui ont profité du Fonds spécial de diversification économique.

Il y a certes quelques projets industriels d'importance dans les cartons pour le parc industriel et portuaire de Bécancour, comme IFFCO, Quest Minerai ou Stolt LN Gaz. Sauf qu'en ce moment, il faut presque faire un grand acte de foi pour se convaincre qu'ils vont se réaliser. On comprend donc le président Doucet de réclamer pour son territoire, comme incitatif pour les entreprises en projet ou pour consolider les entreprises déjà en opération, un tarif d'électricité préférentiel. Cela aurait évité entre autres qu'Olin délocalise vers les États-Unis une partie de ses opérations plutôt que de les reprendre, à la suite d'une explosion qui avait détruit une partie de ses installations.

La CCICQ appuie aussi l'idée du député Donald Martel, de Nicolet-Bécancour, qui demande d'implanter un centre de recherche qui permettrait de garder dans la région l'expertise de tous ces ingénieurs dont Hydro-Québec ne sait plus quoi faire.

«Le territoire, tonne-t-il, est orphelin...» On présume qu'il veut dire orphelin politiquement car Nicolet-Bécancour, comme une bonne partie de la rive sud, est représentée par un député caquiste. Il pourrait y voir une forme de représailles politiques, ou à tout le moins de grande indifférence, parce qu'on n'aurait pas voté sur le bon bord. Mais le président Doucet n'a qu'à traverser le pont pour constater qu'on éprouve le même ressentiment à Trois-Rivières et dans une grande partie de la Mauricie.

Michel Angers, le maire de Shawinigan, a certes baissé le ton depuis qu'on est venu lui faire la grande surprise de l'implantation d'un Centre d'excellence de CGI, qui pourrait créer quelques centaines d'emploi dans les prochaines années. Après cependant et justement parce qu'il avait hurlé son désarroi devant l'effondrement industriel qui frappait sa communauté. Mais à Trois-Rivières, le maire Yves Lévesque commence lui aussi à s'impatienter et ne cesse de rappeler que sa ville, comme tout le reste de la Mauricie, a voté libéral aux dernières élections. Les cinq circonscriptions de la Mauricie ont effectivement «voté du bon bord» et on n'en voit pas pour autant de retour d'ascenseur.

Or, les pertes d'emplois ont été douloureuses en 2014 et rien ne laisse prévoir que les choses vont se corriger en 2015. Il n'y a pas de SWAT économique, cette fameuse escouade d'intervention tactique, formée de spécialistes d'Investissement Québec, qui ait annoncé son débarquement prochain à Trois-Rivières, comme on l'a fait à Shawinigan et plus récemment, à la Malbaie, parce qu'on y avait perdu 270 emplois.

C'est pourtant, à l'exception de la fermeture de Gentilly-2, le pire début d'année que Trois-Rivières a pu connaître sur le plan économique. La froideur gouvernementale nous apparaît aussi grande que celle ressentie à l'extérieur depuis le début de l'année. Personne ne s'émeut à Québec. Cela commence à ressembler aux années 1990, quand les fermetures étaient devenues si nombreuses qu'on les regroupait pour n'en faire qu'une nouvelle.

Coop fédérée, Marcotte Alimentation, Target, Saputo, Olin, pour les plus connus, en plus des coupes gouvernementales, cela fait bien un millier d'emplois détruits ou qui le seront, en quelques mois seulement. Trois-Rivières en avait déjà perdus 1400 l'an dernier. Cela ressemble bien à ce qu'on a déjà appelé une «zone sinistrée». Where is Charlie?

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