CHRONIQUE

C'est «all aboard»... depuis 40 ans

Après 40 ans de discussions, TGV, c'est peut-être... (Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Après 40 ans de discussions, TGV, c'est peut-être plus TGR, Trop grand rêve.

Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Trois-Rivières à une trentaine de minutes de Québec et Montréal, à moins d'une heure, de centre-ville à centre-ville. On parle bien sûr d'un Train à grande vitesse, comme en France. De cette liaison ferroviaire qui relierait Québec à Montréal et à Windsor, en Ontario, en passant par Trois-Rivières.

Sauf que cela fait tellement longtemps que ce projet est dans l'air qu'il serait plus juste de parler d'un TGR, Train du grand rêve, que d'un TGV.

Déjà, en 1976, dans son bureau du Manoir de Niverville, le directeur général de l'époque à la Chambre de commerce de Trois-Rivières, Mario Côté, se plaisait à exhiber la hauteur du dossier que son organisme avait constitué en faveur d'une liaison ferroviaire Québec-Montréal-Windsor, avec un arrêt à Trois-Rivières. La pile des documents qu'il avait accumulés était déjà plus haute que son bureau de travail. On n'était qu'au début des représentations pour tenter de convaincre les gouvernements provinciaux et d'Ottawa d'embarquer un tel projet d'avenir.

Il faut dire que le gouvernement fédéral avait constitué Via Rail pour moderniser et développer le transport des passagers par train à travers le Canada, ce qui avait stimulé de grands appétits en ce sens. D'autant qu'en plus, pour bien illustrer cette volonté de favoriser ce mode de transport, Via Rail avait fait retaper à beaucoup de frais ses vieilles gares, dont celle de Trois-Rivières, plutôt chic et bien réussie comme la gare du Palais, à Québec, un bijou de réfection. Mais alors même qu'on inaugurait ces nouvelles belles gares, la liaison Québec-Trois-Rivières-Montréal était abandonnée, à la faveur d'un pont effondré à Sainte-Anne-de-la-Pérade qu'on oublia de faire rebâtir.

Tous les maires de Trois-Rivières, de Gilles Beaudoin en passant par Guy LeBlanc jusqu'à Yves Lévesque, ont appuyé l'idée d'un TGV et fait alliance là-dessus avec tous leurs homologues qui se sont succédé à la mairie de Québec, qui ont toujours exprimé haut et fort leur intérêt pour une telle liaison. Le dernier en lice, Régis Labeaume, avait même placé le TGV au haut de ses priorités dans sa liste d'épicerie aux dernières élections fédérales. On ne l'entend curieusement plus là-dessus. Comme tous les autres avant lui, en dépit de toute l'influence qu'il peut s'accorder, il s'est cassé les dents avec ce projet. Il est vrai que Stephen Harper n'avait pas inscrit une telle infrastructure dans ses engagements électoraux et qu'il ne l'a jamais remise sur la sellette depuis.

Labeaume, qui avait pourtant de lui-même commandé une étude à la Société nationale des chemins de fer de France, n'en a jamais dévoilé les résultats, mais surtout, ne laisse pas comprendre, en cette année pourtant d'élections fédérales, qu'il va achaler Harper avec ça. Quant à Yves Lévesque, auquel on prête des intentions politiques avec les conservateurs, il répond par une moue d'incrédulité, invoquant la trop faible densité de population dans le corridor Québec-Trois-Rivières-Montréal pour espérer rentabiliser une telle ligne. Pour faire du chemin électoral, advenant qu'il fasse le saut, il va se contenter de la pyrrhotite et des promesses qu'avec lui, dans un gouvernement au pouvoir, Trois-Rivières va être entendue.

Il est vrai qu'aux dernières mises à jour, la construction d'une ligne de TGV dans l'axe Québec-Toronto coûterait 20 milliards $. Par contre, un train à haute vitesse, qui pourrait emprunter les actuelles voies ferrées des chemins de fer Québec-Gatineau, coûterait moins du tiers, mais doublerait le temps de ralliement entre les villes. Ce qui resterait raisonnable.

Dans la mesure où il y aurait une escale à Trois-Rivières, dans un cas comme dans l'autre, ce serait très avantageux pour la ville, qui deviendrait en temps de déplacement, l'équivalent d'une banlieue de Québec et de Montréal. Mais une banlieue urbaine et organisée, une vraie ville, pas un dortoir banlieusard. Une étude assez récente de l'INRS avait d'ailleurs établi que Trois-Rivières serait particulièrement favorisée, notamment sur le plan de l'emploi, par une liaison TGV.

Cela apporterait un souffle nouveau à Trois-Rivières et à toute la région. Mais après 40 ans de discussions, TGV, c'est peut-être plus TGR, Trop grand rêve.

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