Julie Boulet: l'agneau à sacrifier? (chronique)

Julie Boulet... (Photo: Sylvain Mayer Le Nouvelliste)

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Julie Boulet

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Il ne faut semble-t-il pas conclure que c'est parce qu'on vous signifie au préalable qu'un blâme pourrait être porté contre vous qu'il y en aura un. Mais d'un autre côté, on peut se demander quel serait l'intérêt de porter un tel préavis si on n'avait pas vraiment l'intention d'en formuler un.

Julie Boulet a donc été prévenue qu'elle fera l'objet d'une telle attention de la part de la commission Charbonneau qui devrait faire une généreuse distribution de blâmes vers le mois d'avril. Ce qui laisse bien entendre qu'on lui fera des reproches. C'est l'ex-ministre Nathalie Normandeau qui l'a révélé à son émission radiophonique en confiant qu'elle en avait elle-même reçu un.

On peut déjà se demander sur quelle base. Certes, la députée de Laviolette n'a guère impressionné lors de son témoignage devant la Commission, dont l'essentiel a consisté à nier pendant deux jours être au courant qu'on attendait de chaque ministre qu'il rapporte au moins 100 000 $ par année dans les caisses du parti, et à plus forte raison peut-être quand on est aux Transports, un ministère à l'époque très courtisé par les entrepreneurs et les firmes d'ingénieurs.

Mais si l'ex-ministre a dû inlassablement répéter la même chose, au plan que ça devenait oiseux, c'est que la procureure Sonia Lebel, bien soutenue par la présidente Charbonneau, au non-verbal éloquent, n'a cessé pendant deux jours de lui reposer ad nauseam sous toutes les formes inimaginables, mais surtout affirmatives, la même question. À se demander si à défaut de pouvoir établir une magouille quelconque ou de faire un lien entre les dons politiques et les contrats accordés par le ministère des Transports, la Commission ne s'était résignée à vouloir démontrer au moins une contradiction dans le témoignage de Julie Boulet.

Si la Commission détenait des indications que l'ex-ministre ne leur disait pas toute la vérité, il lui appartenait d'en faire la preuve. Dans une société de droit comme la nôtre, il n'est pas autorisé de condamner quelqu'un sur la base d'allégations non corroborées, de présomptions ou même d'intimes convictions et pas davantage sous prétexte qu'il s'agit d'une commission d'enquête publique. On ne reviendra pas au temps de l'Inquisition.Des ministres ont déclaré être au courant des objectifs de financement fixé par le parti, d'autres pas. Certains les ont parfois atteints, d'autres pas ou ne s'en sont pas préoccupés et cela n'a rien changé dans le cabinet. Que Julie Boulet l'ait su ou pas n'a pas été d'une grande importance.

On verra, mais les blâmes personnels s'il y en a, et il semble qu'il va y en avoir, que pourrait adresser la commission Charbonneau devront reposer sur ce qui a été mis en preuve à ses audiences, pour que le public puisse juger de leur pertinence en fonction de ce qu'il a lui-même pu observer.

Le vrai problème de la députée de Laviolette, c'est que dans les témoins politiques qui ont comparu devant la Commission, elle soit la seule encore en fonction. Il pourrait donc être tentant de la donner en pâture à une opinion publique qui est jusqu'ici restée sur sa faim. Il faut nourrir la bête. Il se trouve qu'elle est la seule à qui on pourrait en ce moment faire payer un prix politique.

Or, c'est déjà commencé car son chef Philippe Couillard l'a éloignée, sans aucune raison apparente et sans aucune explication, du cabinet, même si c'est Julie Boulet qui a défriché pour les libéraux toute la Mauricie. Ce qui ne l'a que fragilisée davantage, car en plus, il l'avait défendue plus que mollement lors de son témoignage laborieux devant la commission Charbonneau. D'ailleurs, outre le ministre Pierre Moreau, que Julie Boulet avait appuyé dans la course à la direction du Parti libéral, personne d'autre dans son parti n'était vraiment venu à sa rescousse.

Il ne faudrait peut-être pas de gros reproches de la part de Charbonneau pour qu'au gouvernement libéral on saute sur l'occasion pour prendre davantage de distances avec leur ex-ministre, déjà isolée dans le parti.

Malgré toutes ces petites mesquineries et manigances, il reste que s'il y avait des élections demain dans Laviolette, et que Julie Boulet était candidate, elle serait encore facilement réélue.

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