CHRONIQUE

Des tueurs et des coeurs

Les nouveaux locaux de Moisson Mauricie/Centre-du-Québec.... (Stéphane Lessard)

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Les nouveaux locaux de Moisson Mauricie/Centre-du-Québec.

Stéphane Lessard

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) À la même heure où en France tombaient sous les balles trois tueurs djihadistes, on coupait chez Moisson Mauricie un ruban pour inaugurer les nouveaux entrepôts de la centrale d'aide alimentaire de la Mauricie et du Centre-du-Québec.

On n'y aurait normalement vu aucun rapport entre l'ouverture d'un nouveau centre de redistribution de denrées alimentaires pour les personnes dans le besoin et les organismes qui les soutiennent et des extrémistes fanatisés qui se glorifient d'apporter la mort à d'innocentes victimes. Il ne devrait d'ailleurs pas y en avoir.

Mais il demeurait difficile dans les circonstances de ne pas faire de rapprochement entre les deux événements. Autant le coeur des uns est vide et asséché, autant ces hautes étagères chargées de produits de Moisson Mauricie illustraient la générosité et la grandeur d'âme des autres. 

Et si justement, dans cet entrepôt modernisé grâce aux dons des gens et au désintéressement de dizaines d'entrepreneurs, professionnels, gens de métier qui ont contribué à sa mise à niveau et à une armée de bénévoles, résidait une réplique à tous ces exaltés sans âme qui s'inventent une guerre sainte pour justifier leurs carnages. 

Cet entrepôt où la sensibilité, la compassion, l'humanisme ou simplement le coeur sur la main remplissent les tablettes qui permettront de rendre la vie agréable à ces gens plus démunis qui nous entourent n'est-il pas une réponse à la barbarie de ceux qui ne trouvent grâce que dans le sang des autres, le sang qui coule sous leurs balles. On peut en effet voir dans cette oeuvre humanitaire ce qui fait la différence entre nos sociétés et celle que voudraient instaurer avec le tranchant de leurs couteaux égorgeurs les hérétiques de l'État islamique. Ici, les couteaux sont maniés par des bénévoles et servent à retirer dans les fruits et les légumes qui leur sont acheminés, ce qu'il y a d'avarié pour en garder le bon. 

Quand on vide un camion rempli de denrées, qu'on empile les caisses, qu'on place dans la chambre froide ce qu'il faut garder réfrigéré, qu'on s'affaire derrière une table de tri, avec une douce sérénité et sans rien attendre d'autre que d'éprouver ce sentiment d'aider son prochain parce qu'on l'aime et qu'on veut qu'il vive bien, on ne pense pas à poser des bombes pour déchiqueter des corps, à faire siffler rageusement des balles ou à trancher des gorges pour en exhiber les têtes comme des trophées.

Oui, cette inauguration toute simple du nouvel entrepôt de Moisson Mauricie, sur la rue Laviolette à Trois-Rivières, est une réplique éloquente, comme des milliers d'autres de même nature et du même esprit élevé, à cette société des ténèbres que veulent imposer au monde ces sanguinaires désincarnés.

C'est un bel entrepôt que possède maintenant Moisson Mauricie, aménagé grâce au dévouement de dizaines et de dizaines de bénévoles et de généreux donateurs. Un entrepôt qui fait la fierté de son président, Jean-Guy Doucet, et toute son équipe, parce qu'il permettra avant tout de mieux remplir la mission de l'organisme. On pourra recevoir, entreposer, traiter, réduire les pertes et redistribuer beaucoup plus ou beaucoup plus efficacement les produits alimentaires qui y transitent chaque année. 

Car en même temps, ces capacités accrues devenues nécessaires témoignent d'une situation de plus en plus difficile chez les gens plus démunis. En même temps que les volumes de nourriture reçus et remis par Moisson Mauricie montent, les besoins grimpent aussi en flèche. On observe un accroissement accéléré depuis quelques années des gens qui ont besoin de cet apport alimentaire. La réalité économique frappe dure dans plusieurs pans de notre société. En valeur marchande, c'est plus de 8,5 millions $ de produits qui ont été distribués en 2014 à près de 16 000 personnes, chaque mois, par le biais de la soixantaine d'organismes qui lui sont accrédités. Le tiers de ces ventres creux... sont des enfants. 

Il y a des gens qui n'auraient jamais pensé devoir recevoir de l'aide alimentaire parce que leur vie allait bien. Des gens qui, vendredi encore, tenaient peut-être la louche qui versait le repas dans l'assiette d'une bouche affamée et qui se retrouvent aujourd'hui par la force des choses le nez plongé dans la soupière qu'on leur remplit. Qui sont passés sans le vouloir, sans le prévoir, de l'autre côté de la table.

«Par nos valeurs, nos convictions, nous plaçons la personne au coeur de nos actions», s'explique-t-on. Ils pourraient crier: «Moisson akbar!»

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