CHRONIQUE

Je suis, nous sommes Charlie

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

C'est le sang de la liberté qui a coulé mercredi à Paris, dans les bureaux de Charlie Hebdo.

Car cet hebdomadaire satirique, né en réplique au bâillon politique qu'on avait imposé à Hara-Kiri pour son irrévérence lors du décès de Charles de Gaulle, symbolisait plus que tout autre média, cette liberté d'expression si fondamentale dans nos sociétés démocratiques.

Il n'y aurait pas de démocratie sans cette précieuse liberté de presse dont Charlie Hebdo, par le biais de ses caricatures mordantes mais inspirées, testait constamment les limites pour les repousser un peu plus loin. C'est un journal engagé, politiquement, mais pas derrière un parti politique. Simplement pour la plus grande liberté d'expression, celle qui ne veut pas connaître de frontières.

Les caricaturistes tombés au combat de Charlie Hebdo s'exprimaient sur tout avec beaucoup d'humour, de sarcasme, avec des pointes de cynisme parfois et plus ils étaient décapants et caustiques, plus on pouvait mesurer avec eux l'étendue de nos libertés individuelles qui sont les fondements de nos sociétés. Charlie est souvent allé loin, mais jamais trop, car pour provocateur qu'il pouvait paraître à certains, le journal n'était pas pour autant malhonnête, mesquin dans son esprit ou outrancier.

On aurait tort de croire qu'en utilisant des caricatures du prophète Mahomet pour dénoncer les excès de comportement et les exactions commises par des extrémistes islamiques au nom d'Allah, en dépit des nombreuses menaces de représailles qui pesaient sur lui, l'hebdomadaire satirique se condamnait de lui-même à des répliques violentes. Qu'il s'attirait comme un paratonnerre les foudres islamiques. Il serait plus juste de parler des fous d'Allah.

Répondre au crayon par des kalachnikovs, c'est la plus basse des lâchetés. Avec la tuerie d'aveuglement meurtrier de mercredi matin, c'était descendre au niveau de la barbarie.

Ce n'est pas de Mahomet dont Charlie Hebdo se moquait dans ses illustrations, mais à travers lui, de ses intégristes hérétiques qui déclenchent des guerres «saintes» ou proclament en son nom des charias pour justifier leurs actes criminels les plus gratuits et les plus lâches. Les terroristes de mercredi n'ont d'aucune façon vengé leur prophète comme ils le hurlaient en faisant pleuvoir les balles de leurs armes semi-automatiques contre des innocents. Ils auraient beau avoir agi en pions de l'État islamique, ce n'est d'aucune façon un acte de guerre religieuse qui a été commis. On ne pourra jamais considérer comme une stratégie de défense l'assassinat des caricaturistes et de membres du personnel de Charlie Hebdo ou des deux policiers abattus sur le trottoir. Allah est peut-être akbar, mais ce n'est pas en son nom ou en celui de quelque prophète que ce soit qu'ils ont agi. Ils ont tué par vengeance personnelle, parce que c'est eux et leurs semblables, et pas leur Dieu, ni leur religion et pas davantage leur cause discutable, qui ont été visés par les publications satiriques de Charlie Hebdo. C'est leur égo hypertrophié qui s'est senti lacéré et c'est de cette humiliation ressentie dont ils ont voulu se venger. Non, il n'y aura pas de vierges à leur offrir s'ils sont abattus dans leur fuite.

Ils ont voulu arracher ce qui fait la grandeur de nos sociétés, ce qu'ils ne s'autorisent et ne peuvent permettre à qui que ce soit, le droit à la différence, la liberté d'opinion, la liberté d'expression, la liberté de pensée, le droit et la liberté d'être.

L'ignominieuse tuerie du Charlie Hebdo n'ajoutera rien à leur djihad. Au contraire, il en est résulté un grand haut-le-coeur international et un rappel à la nécessaire solidarité, reconnue par tous, de combattre ensemble ce terrorisme brutal, aveugle et sans avenue pour le monde. La vie n'a rien à voir avec l'islam assassin auquel ils se réfèrent. Le grand danger serait justement d'élargir à toute la communauté musulmane à travers le monde, et surtout à celle que nous côtoyons dans notre quotidien, la culpabilité odieuse de ces terroristes.

La tentation est forte dans la lutte qu'on doit leur mener, de suspendre, dans l'espoir d'y arriver, les contours de nos sociétés de droit, de passer de la présomption d'innocence à la présomption de culpabilité, de confondre doute et certitude, d'abuser, au nom de la sécurité, du préventif.

Il faut éviter les dérives qui nous feraient... leur ressembler. Il faut préserver ce qui fait notre hauteur et leur laisser leur petitesse. Car autrement, ils auront gagné, contre nous, les Charlie.

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