Quand la tête lui vagabonde (chronique de J.-M. Beaudoin)

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Une dose normale de ritalin serait sans aucun effet sur lui.

Bien sûr, le crâne est un peu plus dégarni et il y a une montée de gris dans la couronne de cheveux qui le ceinture. Mais l'homme reste en agitation constante, le geste est large et nerveux et sa parole, syncopée, confirment un être dont la passion intérieure ne saurait s'éteindre. Il a la forme. Du moins, il apparaît ainsi.

On pourrait croire que près de quinze ans après son élection à la mairie de la nouvelle ville de Trois-Rivières, Yves Lévesque se serait assagi et qu'il parlerait des dossiers de sa ville avec calme, peut-être même avec une certaine lassitude. Mais ce n'est pas le cas. On en est même loin.

Il a d'évidence gagné en maturité et même s'il ne rechignera jamais devant l'adversité, il sait cependant maintenant contenir un peu mieux ses pulsions agressives qui le faisaient bondir à propos de tout et de rien à la moindre perception négative à son endroit. «Avec l'âge, j'ai appris à choisir mes batailles», répétera-t-il, sans convaincre totalement. Car dès qu'on lui parle de son avenir politique qui pourrait passer par Ottawa, sous les couleurs conservatrices, il s'enflamme. Yves Lévesque décrit aussitôt quel genre de député il ferait, avec un tempérament fougueux, capable d'argumentaire, qui ne se laisserait pas tasser dans le coin et qui saurait rapidement à qui s'adresser dans ceux qui exercent le vrai pouvoir, à qui s'allier...

En ce début d'année, on ne saurait dire si les Trifluviens auront encore un Yves Lévesque à la mairie de leur ville à la fin de l'année. Mais pour cela, il faudrait d'abord qu'il accepte l'investiture conservatrice qui lui est proposée. Il lui faudrait bien sûr remporter son élection dans Trois-Rivières. Et pour faire partie du pouvoir auquel il aspire, que les Conservateurs reforment le prochain gouvernement. Cela fait beaucoup de si, mais on devine que la perspective de faire ce saut au fédéral le ronge. Il insistera qu'il lui faudrait détenir au préalable des engagements fermes que son futur gouvernement fédéral va s'impliquer dans le dossier de la pyrrhotite. Un préacquis sur lequel il pourrait surfer durant la campagne. On soupçonne qu'il dissimule d'autres exigences.

«Je n'irai pas là comme une minoune», prévient-il. La formule est imagée. Elle laisse surtout comprendre qu'il ne voudrait pas faire simplement partie d'un gouvernement au pouvoir, mais d'être ce pouvoir. C'est-à-dire au moins ministre, ou pas loin, tout en entrevoyant le sommet. C'est comme ça depuis un bon bout de temps. Depuis que Jean Chrétien l'avait fait sans façon monter dans sa voiture de premier ministre. Depuis, constatant la simplicité de l'homme et son ton populiste dans lesquels il se reconnaît, Yves Lévesque ne cessera de répéter que «si un Chrétien peut être premier ministre, un Lévesque pourrait tout autant le devenir». C'est dit à la blague... mais avec trop de conviction pour que cela ne trahisse pas une telle idée en tête.

Le maire de Trois-Rivières peut d'autant laisser ses idées vagabonder, qu'après plus de treize ans à la tête de la ville, il n'y a plus beaucoup de nuages au-dessus de sa tête. Il ne fait certes pas l'unanimité, mais depuis la dernière campagne municipale et les résultats décevants de ses adversaires, il y a eu comme une résignation de la part de ses multiples anciens opposants. À part quelques soubresauts ponctuels, en fonction de certains dossiers controversés comme le fluor dans l'eau de consommation, Yves Lévesque est moins pris comme cible de défoulement. Il a le chemin libre. Mais curieusement, au lieu de gonfler ses pectoraux et d'abuser de sa position de force, il s'est fait plus conciliant, plus à l'écoute des citoyens et des autres élus, autour de la table du conseil. Il a mis du vernis sur sa personnalité facilement explosive. Attention! On n'en est qu'à la première couche et elle n'est pas forcément encore sèche.

Le vieux fond primesautier et belliqueux pourrait facilement réapparaître. Sauf que les prétextes manquent.

Tous les grands projets qu'il a initiés sont réalisés, ou en voie de l'être comme l'amphithéâtre de Trois-Rivières sur Saint-Laurent, ou sur le point d'aboutir, comme le colisée. Et il n'y a pas d'autres dossiers majeurs dans les cartons de la ville. D'autant que dans les années qui viennent, la tendance ne sera justement plus aux grands projets, mais à une gestion plus qu'ultra-serrée des dépenses publiques.

Ça peut manquer de charme. Alors on peut comprendre qu'avec ce sentiment du devoir accompli, Yves Lévesque ait un peu la tête ailleurs, alors même qu'il a la maîtrise totale du jeu dans sa ville.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer