Citoyens, à vos rues?

Tout le monde à la rue ce printemps?... (Photo: François Gervais, Le Nouvelliste)

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Tout le monde à la rue ce printemps?

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

L'hiver de la nouvelle année, que l'on découvre glacial, pourrait-il n'être qu'annonciateur d'un printemps ultra-chaud? Quand la glace va fondre, ça ferait des inondations jusque dans les rues de nos villes.

La question se pose car c'est ce que nous prédisent, dans leurs souhaits de bonne année, les chefs syndicaux des deux plus grandes centrales syndicales du Québec, Daniel Boyer, de la FTQ et Jacques Létourneau, de la CSN.

S'il faut les croire, ce sera tout le monde à la rue ce printemps et ça va chauffer, décrets ou pas décrets. Le président de la FTQ laisse même déjà comprendre qu'il pourrait aller jusqu'à se laisser menotter et se résigner à prendre le chemin de la prison en osant défier au besoin les lois spéciales, si on en adoptait. Ce serait un appel au sacrifice que lui lanceraient déjà, semble-t-il, plusieurs de ses membres, qui entendent eux défier la loi si on leur impose leurs conditions de travail. Ce qui, à ce moment-ci, apparaît fort inévitable.

On ne voit pas très bien où, entre les premières offres gouvernementales à l'endroit des employés de l'État, qualifiées de méprisantes par les chefs syndicaux, et les demandes syndicales, traitées d'une autre époque par les porte-parole gouvernementaux, pourrait bien se situer le point de compromis aux deux parties, qui leur permettrait de signer les nouvelles conventions collectives «dans l'honneur et l'enthousiasme».

Si en martyrs de la cause, les chefs syndicaux devaient jusqu'à se retrouver derrière les barreaux, ce serait comme un printemps 1972 remastérisé. Les trois chefs des principales centrales syndicales représentant les employés de l'État, Louis Laberge, Marcel Pépin et Yvon Charbonneau, avaient dû manger leur pain noir en prison pour avoir incité leurs membres à la désobéissance civile en leur suggérant de ne pas respecter les injonctions de retour au travail qui pesaient contre eux. La suite? Les chefs syndicaux, pas vraiment amaigris, avaient été libérés moins de trois semaines plus tard pour signer les conventions collectives qui prévoyaient que dans trois ans le salaire des fonctionnaires serait à au moins 100 $ par semaine. Ils durent y revenir par la suite pour compléter leur sentence.

Ce qui ne gênera pas Charbonneau de se faire élire douze ans plus tard député dans un gouvernement libéral de Robert Bourassa, celui-là même qui l'avait fait emprisonner.

L'emprisonnement des chefs syndicaux, malgré une époque assez effervescente au Québec, avait bien soulevé une bonne dose d'indignation, mais on n'avait pas assisté à des débordements significatifs. Le bon peuple était resté pantouflard dans ses chaumières et les syndiqués, à l'abri des amendes.

On nous promet aujourd'hui un nouveau printemps éclaté. Certes, les organisations syndicales sont efficaces à mobiliser une bonne partie de leurs membres et à monter des manifestations. On nous assure que la mobilisation syndicale, si elle se révèle nécessaire, ce dont on ne peut douter, sera élargie à la société civile. D'autres groupes, dont les étudiants, ont promis de descendre dans la rue à leurs côtés. Ils en piafferaient même d'impatience.

Les syndicats sont bons pour organiser une manif, une journée précise. Mais pour un printemps disons «érable», comme en 2012, où ça pétait soir après soir, principalement dans les rues de Montréal, c'est autre chose. Il leur faudrait l'expertise étudiante. Peut-être vont-ils réserver, à titre conseil, les services de Gabriel Nadeau-Dubois et recruter, puisqu'ils sont redevenus libres, Léo Bureau-Blouin et Martine Desjardins.

Pour maintenir la couleur syndicale et apporter un peu de muscles à ce trio, il suffira d'aller quérir chez lui à Port-Cartier, car il n'aura probablement pas de permis de conduire, Bernard Rambo Gauthier.

Difficile malgré tout d'affirmer en ce moment que le printemps sera aussi chaud et mouvementé que ne laissent comprendre les chefs syndicaux. Les coupes gouvernementales, passées et à venir, ont certes alimenté, entre la dinde, les atocas et les bouteilles de vin, les conversations des fêtes autour des tables familiales. Plus que les succès du Canadien.

Mais si ça maugréait un peu partout sur «l'austérité» à subir, un mot désormais banni du vocabulaire du gouvernement Couillard, on ne sentait pas pour autant que germaient les graines de la grande révolte civile en fomentation. Dans la région, en 2012, on ne peut pas dire que le printemps avait fait couler beaucoup de son eau brouillée dans les rues de nos villes. Faudra voir.

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