BAPE: il faut que Barack le sache

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Chronique) Il faut d'urgence faire parvenir au président américain Barack Obama le rapport du BAPE sur l'exploitation du gaz de schiste, et par ricochet, du pétrole de schiste et idéalement, pour être sûr que le message soit bien reçu et compris, envoyer copie à tous ses sénateurs et congressistes.

L'Amérique doit être alertée. Elle ne le sait pas, mais nous au Québec, le savons. Avec leur million de puits en exploitation de gaz et de pétrole de fracturation, ils font peser les pires dangers sur le continent nord-américain. Leur air va devenir irrespirable, leurs eaux potables vont être contaminées c'est sûr, la sécheresse va s'installer partout et la plus grande catastrophe économique de tous les temps se prépare à leur tomber dessus.

Il faut les sortir de leur inconscience. Parce que nous au Québec, la terre bénie et protégée, ne pourrons pas accueillir leurs 300 millions de citoyens qui voudront, ce n'est plus qu'une question de temps, se réfugier sur le seul îlot continental encore capable d'assurer leur survie. Car l'ouest canadien, qui exploite aussi le gaz de schiste, en plus du pétrole des sables bitumineux, est tout autant condamné qu'eux, comme les Maritimes, à cause de Terre-Neuve qui sort du pétrole off-shore.

Bien sûr, les Américains non seulement sont devenus auto-suffisants avec l'exploitation de leur gaz et pétrole de schiste, mais aussi des exportateurs. Ce qui force en ce moment les pays de la péninsule arabique à baisser le prix de leur baril de pétrole pour regagner du marché. Ça nous procure un avantage à la pompe, même s'il est toujours plus lent à apparaître au Québec. Il est vrai qu'en plus, en raison de cette exploitation à grande échelle, ils ne paient plus qu'à peine quatre cents le kilowattheure, notre électricité d'Hydro-Québec, moins cher que nous, qui devons compenser ce manque à gagner et préserver les profits du gouvernement. Qu'une entreprise comme Olin, dans le parc de Bécancour, relocalise en raison de cela aux États-Unis, une partie de sa production, n'a pas à freiner nos ardeurs vertes.

Dans une analyse savante, le BAPE vient de nous le dire. Peut-être que l'industrie pourrait causer des dommages environnementaux à l'eau et à l'air. Quand on dit peut-être au Québec, ça veut dire que ça va arriver. Ici, on parle en visionnaire, à moins que ça ne soit en prophète. Il y aurait même plus de circulation et de bruit sur nos routes. C'est un puissant argument. L'idée sous-entendue en est évidemment que l'idéal, pour une belle quiétude collective, est de réduire les activités économiques. Là-dessus, on peut dire qu'on est sur la bonne voie. Tout ferme.

Selon le BAPE, ce ne serait pas rentable car il faudrait investir dans des infrastructures pour assumer ce surplus d'activités et régler tous les problèmes en amont car, les puits vont fuir de partout et vont être abandonnés par la suite par leurs exploitants. On n'aurait pas construit la Baie James avec cette mentalité. Mais aujourd'hui au Québec, si on fait quelque chose à caractère économique, il faut que ça soit à l'image de ce qui se fait de pire dans le monde. On ne serait plus que des cancres en puissance. On ne veut même pas que l'industrie réalise un projet-pilote pour nous démontrer le contraire.

La chose est dite, ce ne serait pas rentable. On se demande bien pourquoi l'Alberta est si riche. D'ailleurs, pour être moralement honnête, on devrait retourner au Québec toute la partie des 9,5 milliards $ que l'on reçoit en péréquation qui est générée ailleurs au Canada par le sale pétrole bitumineux et l'innommable gaz de schiste. Si ça représente 4 milliards $ de moins, que Couillard, Coîteux et Leitão retournent l'argent et coupent l'équivalent dans les dépenses gouvernementales, sans que quiconque en soit affecté, sans réduire le panier de services et sans taxer davantage. Sur la terre promise, il doit bien y avoir une cour des miracles.

D'ailleurs, même si on a besoin de 10 milliards $ de pétrole et de 2 milliards $ de gaz naturel par année, la libération est proche. À cause des baleines, pas de port pétrolier dans le Saint-Laurent. Pas plus de gazoduc ou d'oléoduc, il va y avoir un joint d'étanchéité qui va un jour lâcher. Le train? Ça sera bientôt Lac-Mégantic partout.

Dans la région, la centrale nucléaire (qui ne polluait pas) est en démolition. La centrale thermique est arrêtée. Et il n'y aura pas de gaz de schiste.

Qu'à cela ne tienne. On va développer les énergies alternatives. Mais en attendant d'avoir de l'argent pour cela, dans la région la plus pauvre de la province la plus pauvre, on fait quoi pour survivre? On commence à avoir une bonne expertise dans les tablées populaires. C'est communautaire, puis convivial. Le bonheur social pour tous.

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