CHRONIQUE

Pas des crétins mais pas loin

Le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, a... (Photo: Le Soleil)

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Le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, a critiqué vertement mercredi les dirigeants des villes qui veulent hausser les taxes municipales en évoquant le pacte fiscal.

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Il y a tout lieu de croire que les maires des principales villes de la région ne se feront pas traiter de «crétins» par le ministre des Affaires municipales, Pierre Moreau, ou à tout le moins que leurs contribuables ne seront pas, selon lui, considérés comme tels par ces mêmes maires.

Malgré la douloureuse ponction de 300 millions $ qu'il a imposée tardivement cet automne aux municipalités du Québec, selon les échos qu'on en a jusqu'à présent, il y aura bien sûr des augmentations de taxes, mais elles devraient rester dans l'ordre de l'inflation.

Pour que le ministre pète sa coche et se lance dans les insultes comme il l'a fait cette semaine à propos des villes de Longueuil et de Laval, il faudrait aller au-delà de 3 % de hausse de taxes.

Depuis le printemps, l'indice des prix à la consommation se tient légèrement au-dessus des 2 %. Ce qui ne veut pas dire qu'on n'y ajoutera pas quelques dixièmes, ne serait-ce que pour faire sentir qu'il y a dans le compte de taxe de l'année 2015, un peu de la «taxe Moreau».

En demeurant dans cet ordre de grandeur, l'amère pilule annuelle qu'il nous faut avaler chaque année sera beaucoup plus facile à faire passer. Sans bien sûr le rechercher, le ministre Moreau a rendu la vie facile aux maires du Québec en leur permettant de se péter les bretelles sur leur bonne gestion. Car ils pourront à peu près tous prétendre que sans les compressions, la hausse du taux de taxation aurait été beaucoup moins forte et peut-être même qu'il n'y en aurait pas eue. On n'ira pas jusqu'à demander aux contribuables de les en remercier à genoux, mais on ne sera pas loin de le suggérer.

La vérité en est qu'on paiera encore un peu plus de taxes municipales cette année alors qu'on risque d'en obtenir en retour qu'un peu moins de services.

Le maire de Nicolet, Alain Drouin prévient qu'il n'empruntera plus une cenne pour investir dans ses infrastructures alors qu'à la Ville de Trois-Rivières, on fait depuis un an rouler les têtes pour réduire les dépenses. Il s'en est guillotiné 23 à ce jour et pas toujours des petites têtes. À Shawinigan, La Tuque, Bécancour, on s'arrache la tête en repoussant des projets qu'on jugeait pourtant prioritaires.

Il faut espérer, et ce n'est pas parti pour cela, que l'hiver ne soit pas trop rigoureux et surtout, qu'il ne nous tombe pas trop de neige dessus. Nos budgets municipaux ne résisteraient pas à une tempête comme Buffalo en a vécu une. Déjà qu'on a plutôt tendance, à Trois-Rivières en tout cas, à se plaindre du déblaiement et de l'enlèvement de la neige. On ne parle même plus des trottoirs. Leur entretien serait comme devenu un luxe.

Le ministre Moreau a une approche simpliste quand il conçoit que les «surplus» des villes, qui seraient pour lui comme des espèces de trésors gagnés en détroussant les contribuables et gardés jalousement dans les coffres municipaux, lui appartiennent. Les villes du Québec n'auraient qu'à piger dedans pour compenser les 300 millions $ qu'il leur a retirés. Même s'il ne l'aime pas et qu'il menace de la déplumer un peu plus, le maire de Laval a raison de lui rappeler que ces «surplus» appartiennent avant tout aux contribuables qui ont versé cet argent pour en obtenir des services municipaux et non pour aider le gouvernement à atteindre son équilibre budgétaire.

Il serait plus juste de parler dans ce cas de réserves financières que de surplus. Si ce prudent coussin, qui se constitue en général à partir de revenus difficilement prévisibles, comme la taxe sur la mutation immobilière - la mal dite «de bienvenue» -, peut être saisi par Québec, il n'y aura plus d'encouragement à faire de la saine gestion. Car au bout, c'est encore dans les poches des contribuables que le gouvernement va chercher son argent, même si le ministre cherche à démoniser les villes pour sa manoeuvre.

Le ministre Moreau invoque le pacte fiscal pour menacer les villes qui oseront hausser un peu trop les taxes en le tenant responsable de la situation. C'est vrai qu'il y a un pacte fiscal, mais est-il crédible? Un pacte fiscal qui a été signé la mort dans l'âme par deux fédérations municipales qui s'étaient faites enfoncer le couteau gouvernemental dans le corps et deux maires jovialistes dans les circonstances, Régis Labeaume et Denis Coderre, en récompense pour la Loi 3 qui réglait leurs problèmes de fonds de retraite.

Peut-être faudra-t-il, comme dans le bon vieux temps, rouler la neige cet hiver plutôt que de la ramasser. Ça pourrait nous amuser, les crétins.

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