CERAS: les mouches du milieu universitaire

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Sans l'appui, et l'on pourrait suggérer un appui enthousiaste, de sa communauté universitaire, il deviendra insoutenable de la part de la haute direction et du conseil d'administration de l'UQTR de persister dans leur projet d'un Centre d'excellence régional académique et sportif.

La lettre d'extrême réserve envoyée au conseil d'administration, signée par les présidents de tous les syndicats de l'UQTR et du président de l'Association générale des étudiants, est venue en sceller le sort. À travers cette unanimité des instances syndicales, le message qui était signifié était que c'est toute la communauté universitaire qui redoute la construction d'un colisée de 5000 places sur le campus de l'université.

Il faut dire que depuis que la haute direction de l'UQTR a fait connaître sa volonté de réaliser le projet, on s'est appliqué à le plomber de toutes parts. Les coups sont beaucoup venus d'anciens artisans de l'université qui ont exprimé leurs craintes que les finances devenues fragiles de l'université ne puissent résister à un tel investissement. D'autres ont fait valoir d'éventuels problèmes présumés sévères de stationnement, sur un campus qui a déjà atteint ses limites à cet égard, advenant qu'un club de la LHJMQ s'y installe et qu'il connaisse du succès. La nécessaire coupe d'arbres a fait éclater les sensibilités vertes. Malgré des analyses qui tendaient à démontrer que la question du stationnement ne constituait pas un obstacle et qu'il y aurait autant d'arbres replantés qu'il n'y en aurait d'abattus, le projet du CERAS n'a jamais suscité autre chose sur le campus que de la froideur, mais surtout des craintes viscérales sur la santé financière future de l'université.

Beaucoup ont dit, pour diverses raisons, qu'ils ne reconnaissaient plus leur université. On peut à l'inverse se demander si la communauté universitaire n'est pas devenue elle-même méconnaissable. C'est à coups d'audace, d'originalité et de vision que l'UQTR s'est hissée, malgré qu'elle soit en région, au rang des grandes universités québécoises avec cette année 14 000 étudiants qui la fréquentent.

Le CERAS, tout en cherchant à développer, à travers son sport universitaire, un sentiment d'appartenance de ses étudiants et de son personnel, comme on le voit dans plusieurs grandes universités, aurait dû soulever, avec le volet académique qui y était rattaché, un engouement collectif. Avec le CERAS, c'était aussi des chaires de recherche, des laboratoires, un enseignement spécialisé. De quoi apporter de nouvelles perspectives d'avenir à l'université dans un environnement difficile prévisible où les universités québécoises vont devoir se battre entre elles pour simplement maintenir à leur niveau actuel leurs effectifs étudiants.

Le CERAS a bien sûr servi de prétexte de contestation aux opposants à la direction nouvelle qui a pris place à l'université, non sans bousculer bien des gens et briser une certaine culture d'entreprise. Mais c'est avant tout les inquiétudes sur la capacité financière de l'UQTR à supporter un tel développement qui a été le plus souvent évoquée. C'est d'ailleurs le point principal soulevé dans la lettre de l'intersyndical des personnels de l'UQTR. Le contexte de compressions budgétaires pèse lourd dans l'appréciation du projet de colisée sur le campus. Quand des emplois et des conditions de travail sont menacés, qu'on attend de tout le monde des sacrifices, l'insécurité devient généralisée et l'esprit n'est pas à l'expansion.

Même si l'université a toujours expliqué que le budget d'immobilisation et celui fonctionnement ne sont pas communicants. Le CERAS, en raison de la subvention de 26,8 millions $ de Québec transférée par la ville de Trois-Rivières, le don de 6 millions $ promis par la Fondation de l'UQTR, les ententes de location des futures glaces et les partages d'équipement avec d'autres institutions d'enseignement permettaient de croire que ça serait à coût nul sur le budget courant. La frilosité est quand même demeurée totale au sein de la communauté universitaire.

On peut croire que le maire Yves Lévesque, qui s'est d'abord allié à la commission scolaire pour son colisée, pour se jeter au cou de l'UQTR par la suite, avant de fondre dans les bras du Groupe Robin et de son District 55, ne peut que se frotter les mains de satisfaction. Si l'UQTR en arrive à se tasser du dossier, il ne restera plus dans le coup que le District 55. Mais sans projet concurrent, sa position de force avec le Groupe Robin s'en trouvera affaiblie. Sans compter que Québec, avide d'argent, n'attend qu'une petite occasion pour se désister de son engagement.

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