CHRONIQUE

Quand on fusionne pour fusionner

On estime à une centaine de millions $... (Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste)

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On estime à une centaine de millions $ les coûts de fusion qu'avait entraînés, en 1998, la réduction de 156 à 72 du nombre des commissions scolaires au Québec.

Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Avec la proposition sur la redéfinition des territoires des commissions scolaires du Chemin-du-Roy et de l'Énergie, on mesure toute l'improvisation, à moins que ça ne soit la grossière incompétence, qui a présidé au redessinage projeté des commissions scolaires au Québec.

Cela donne une bonne idée du niveau d'absurdité qu'on pourrait atteindre s'il advenait qu'on abolisse la structure administrative régionale que constituent les commissions scolaires pour tout centraliser à Québec, quitte à laisser, pour faire bien intentionné, quelques miettes de responsabilités additionnelles aux directions d'école.

Sans aucun sens de la réalité du terrain, sans aucune sensibilité aussi, on propose de transférer 1009 élèves de la Commission scolaire de l'Énergie vers celle du Chemin-du-Roy alors que 1052 feraient le chemin inverse.

La «profonde» réflexion qui a conduit à cette idée s'est résumée à rattacher les élèves et les écoles de la MRC des Chenaux à la Commission scolaire de l'Énergie et tous ceux de la MRC de Maskinongé à Chemin-du-Roy.

On ne fait qu'équilibrer les comptes en terme de nombre d'élèves, en imposant bien sûr à plusieurs d'entre eux de devoir changer d'école et d'allonger de beaucoup, dans plusieurs des cas, leur stimulant temps d'autobus scolaire.

On ne voit pas très bien où pourraient résider les économies espérées avec cette reconfiguration, où, d'évidence, le bien de l'élève, non seulement n'apparaît pas, mais n'a surtout pas été considéré.

Bien au contraire, la taille des deux commissions scolaires restant la même, on ne peut espérer aucune réduction de coûts, donc aucun avantage pour le contribuable. Par contre, on peut à coup sûr prévoir que le travail de réorganisation que cela impliquera entraînera des frais additionnels.

Il y a un illogisme invraisemblable dans cette proposition et on comprend que le caucus des députés libéraux de la Mauricie ait rencontré cette semaine le ministre de l'Éducation Yves Bolduc pour le lui expliquer. Comprendre pour le ramener à la raison. Le ministre, a-t-on rapporté, s'est montré «ouvert».

Le bon sens serait de s'en tenir au statu quo, ce qui n'est plus écarté. Autrement, on devra se poser de sérieuses questions sur la qualité des conseillers du ministre. Peut-être leur demander d'exhiber leurs diplômes et même les faire valider.

L'objectif du ministre est de réduire de 72 à 46 le nombre des commissions scolaires. Sans aucune analyse connue, sur la seule base de son impression que si les commissions scolaires sont plus grosses, ça coûtera forcément moins cher, il évalue les économies d'échelle entre 500 000 $ et 1 million $ par regroupement. C'est loin d'être évident.

La fusion des municipalités, au début des années 2000, n'a entraîné aucune diminution des frais d'administration. Ce fut même le contraire. L'harmonisation de la rémunération s'est faite en fonction des salaires les plus élevés des anciennes villes.

On estime même à une centaine de millions $ les coûts de fusion qu'avait entraînés, en 1998, la réduction de 156 à 72 du nombre des commissions scolaires au Québec. Et si cela a pu générer par la suite des économies, personne n'a jamais été en mesure de l'établir. On se doute même que c'est plutôt le contraire qui s'est produit. Dans ce cas-ci, on se risque à avancer que s'il y en a, ce ne sera pas avant cinq ans. C'est un exercice futile dans la recherche du déficit zéro.

Du côté de la rive sud, la Commission scolaire la Riveraine va disparaître. Les élèves de la MRC de Nicolet vont relever de Drummondville et ceux de la MRC de Bécancour, de Victoriaville... de l'autre bord de la 20. Quant aux commissaires fraîchement élus, leur carrière aura été éphémère.

Le bon dans cette abolition, pour peu qu'il y en ait, c'est que dans la partie riveraine du sud, au moins à Bécancour, on se demande encore un peu plus s'il ne serait pas temps de se détacher du Centre-du-Québec pour rejoindre la Mauricie. Au moins, plus concrètement, à l'espace économique de Trois-Rivières.

Le maire Jean-Guy Dubois, qui cherche un nom neutre mais rassembleur pour définir cet espace, en a de nouveau évoqué l'idée. Un clin d'oeil de rapprochement régional qu'a aussi fait, il y a peu, le président de la Chambre de commerce du Coeur-du-Québec, Jean-Guy Doucet. Autrefois, la Mauricie se définissait justement comme le Coeur-du-Québec. Est-ce que la région pourrait retrouver son coeur?

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