La danse du PKP

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Il nous arriverait le poing en l'air en affirmant que le Parti québécois va désormais s'appeler Parti Kébec Péladeau, PKP pour les intimes, qu'on ne s'en étonnerait plus tant que ça. Ce ne serait qu'une façon d'associer son nom vendeur sur le bulletin de vote à celui d'un parti qui n'existe que par lui, un peu comme l'avait fait Mario Dumont avec l'ADQ.

Peut-être réserve-t-il cette fulgurante révélation pour le soir de son couronnement comme chef de l'actuel Parti québécois, après avoir pulvérisé ses pauvres adversaires qui faisaient d'ailleurs plus figure de kamikazes que d'aspirants réels, à l'issue d'une course à la chefferie où ces derniers donnaient l'impression de progresser au rythme de pèlerins de Compostelle.

Il ne se passe pas une semaine sans que le nouveau député de Saint-Jérôme ne fasse une déclaration qui surprend tout le monde en heurtant chaque fois un bon lot de susceptibilités... sans que cela n'entame sa perception favorable dans l'opinion publique, bien au contraire, et encore moins sa popularité au sein des troupes péquistes.

De n'importe quel autre politicien, on dirait qu'il aurait intérêt à se tourner la langue au moins sept fois avant de parler, qu'il lui aurait mieux valu se mettre un pied dans la bouche, quitte à s'asphyxier un peu, qu'il parle vraiment avant de réfléchir et pourtant, l'opinion ne lui en tient pas rigueur. Rien ne lui colle à la peau.

Vendredi, à de jeunes militants de sa circonscription, Péladeau leur affirma que le Bloc québécois n'a servi strictement à rien à Ottawa, si ce n'est à «justifier le fédéralisme».

Il est loin d'être le premier et surtout pas le seul à s'être interrogé sur la pertinence, pour la cause sécessionniste, d'un parti souverainiste au sein de la Chambre des communes, aussi déterminé puisse-t-il avoir été à y exprimer les sensibilités québécoises et aussi brillant a-t-il pu être dans ce parlementarisme canadien. La question se pose plus que jamais aujourd'hui après la quasi-extermination bloquiste des dernières élections et les cruelles perspectives d'une éradication finale aux prochaines, en emportant le dernier résistant, Louis Plamondon. En quoi un abandon consommé par les Québécois du Bloc à Ottawa pourrait bien servir la cause souverainiste?L'accumulation des humiliations souverainistes n'est d'aucune utilité.

On pouvait se dire que Péladeau n'a décidément pas tendance à la complaisance dans son analyse politique des intérêts souverainistes supérieurs, et que justement, parce qu'il peut se permettre une telle indépendance d'esprit, il peut tenir ce discours politique franc et rafraîchissant qui le propulse en ce moment au niveau des leaders que le monde est prêt à suivre.

Sondage après sondage, il apparaît tout à fait seul dans la course à la direction du Parti québécois. Mais en plus, un sondage Léger-Le Devoir nous apprenait il y a une semaine que s'il était à la tête de son parti et que des élections avaient lieu aujourd'hui, le PQ déclasserait les libéraux et formerait un gouvernement, probablement majoritaire.

Mais sans lui, l'humeur des Québécois reste branchée sur les libéraux de Philippe Couillard, en dépit de ses bruits de tronçonneuse qu'il fait impitoyablement rugir dans toutes les régions du Québec. Péladeau écumerait les rangs de la Coalition avenir Québec, qui porte à droite et éclaircirait ceux de Québec Solidaire, qui tire à gauche. Un phare...

On peut comprendre qu'avec de tels résultats, quoi qu'il dise ou se dédise, et quoi qu'il fasse, les péquistes le voient comme leur Moïse qui leur fera traverser leur désert politique actuel pour les conduire à la terre promise. Il se présente comme le last call souverainiste.

Trois ex-ministres péquistes de la région, Guy Julien, Yves Duhaime et Jean-Pierre Jolivet ont confié à mon collègue Louis Cloutier, de TVA, qu'ils trippent sur lui au coton.

Dans les circonstances, on lui pardonne tout. Après avoir constaté l'indisposition de bloquistes, dont celle de Gilles Duceppe, l'aspirant Péladeau changea d'idée sur le Bloc, le jugeant maintenant d'utilité à Ottawa.

Un pas à gauche, un pas à droite. Un pas en avant, un pas en arrière. Ça ressemble au dernier gouvernement péquiste. Sauf que dans son cas, le zigzag n'affecte pas sa popularité. Un chroniqueur a parlé de son habile «strip-tease». Comme une bonne effeuilleuse, il en montre un bout, puis sous les cris, enthousiastes comme indignés, le cache. Puis on en montre un autre bout, pour voir les réactions. C'est la danse du PKP, coin! coin! coin!

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