CHRONIQUE

Un Québec devenu (trop?) distinct

Le ministre des Finances, Carlos Leitao.... (Photo Paul Chiasson, PC)

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Le ministre des Finances, Carlos Leitao.

Photo Paul Chiasson, PC

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

En écoutant mercredi le ministre fédéral des Finances, Joe Oliver, faire sa mise à jour économique de l'automne, il était frappant comme le Québec est assurément devenue une société distincte.

Il n'y a en effet plus aucune ressemblance entre l'économie du Québec et celle du reste du Canada.

Le gouvernement Harper prévoit boucler l'année en cours avec un déficit de 2,9 milliards $, mais c'est parce qu'il s'est constitué une réserve de 3 milliards $ qu'il affectera à la dette à la fin de l'exercice fiscal. Il pourra dès l'an prochain consentir des baisses d'impôt d'un peu plus de 4 milliards $ aux familles par sa prestation améliorée aux enfants et en autorisant la fragmentation des revenus dans les ménages.

Si les finances d'Ottawa sont devenues si saines, c'est bien sûr parce que le gouvernement conservateur a réduit ses dépenses, et parfois, certains services à la population. Dans la région, il y aura principalement cette fermeture du bureau de Santé Canada, qui fera perdre une trentaine d'emplois à Shawinigan.

Mais dans l'ensemble, la réduction des dépenses fédérales s'est faite sans douleur pour les contribuables et surtout pas sur leur dos. Ce qui peut surprendre, c'est que ses prévisions tiennent la route, car la baisse récente du prix du pétrole causera un manque à gagner de 500 millions $ et si elle se poursuit, de 2,5 milliards $ l'an prochain.

Par contre, les revenus de TPS sont à la hausse et les impôts à la source aussi, parce qu'il s'est créé 200 000 emplois au Canada depuis un an.

On se demande pourquoi tout semble si rose à Ottawa alors que c'est le tunnel sans lumière à l'autre bout au Québec.

Le ministre québécois des Finances, Carlos Leitão a assuré mercredi, mais avec un large sourire, qu'il n'est pas question que Québec s'approprie la baisse des impôts aux particuliers que consentira le fédéral... comme on l'avait fait lors de la baisse de la TPS.

On peut le souhaiter, mais en douter. Québec s'était rué sur la réduction fédérale comme un chien affamé sur un os, même maigre. C'est ce qui fait qu'aujourd'hui, la TPS est à 5 % et la TVQ à 9,5 %. Et Québec n'arrive toujours pas dans ses finances.

La baisse des impôts du fédéral signifiera plus d'un milliard $ dans les poches des Québécois. Qu'on l'avoue ou pas, le gouvernement québécois ne peut que saliver à la perspective d'aller chercher cet argent, lui qui songe maintenant à taxer les boissons sucrées et la vapeur des vapoteurs.

Taxer les liqueurs, c'est taxer avant tout les plus pauvres de notre société, puisqu'ils en sont les plus grands consommateurs. Quant à l'idée de taxer les amateurs de cigarette électronique, c'est peut-être pour qu'ils redeviennent de vrais fumeurs, vouloir les relancer dans le tabac, si lucratif sur le plan fiscal. On sait déjà que les tarifs dans les garderies vont être haussés et qu'Hydro-Québec, pour préserver les revenus du gouvernement, va faire exploser les siens.

Si le fédéral rencontre tous ses objectifs, même avant le temps, c'est que le reste de l'économie canadienne doit fonctionner sans bon sens, puisque ce n'est certainement pas l'économie du Québec qui remplit en ce moment les coffres d'Ottawa. Et pourtant, les finances fédérales tiennent admirablement bien le coup.

S'il s'est créé 200 000 emplois permanents dans l'ensemble du Canada depuis un an, alors qu'il s'en est perdus 100 000 au Québec (82 000 depuis l'arrivée des libéraux au pouvoir), c'est qu'en réalité, il s'en est ajoutés 300 000 dans le reste du Canada. Si les revenus fiscaux sont en hausse au Canada alors qu'on les soupçonne en forte baisse au Québec, c'est encore là qu'on doit être en présence de deux économies très différentes... très distinctes.

Le ministre Leitão doit à son tour faire dans trois semaines sa mise à jour économique. S'il affiche un sourire, c'est que ce sera un rictus de crispation. Car il n'y a plus rien de drôle dans son affaire, rien de drôle en ce moment au Québec.

À l'allure que prend l'économie du Québec avec sa destruction massive d'emplois, il faut peut-être déjà prévoir qu'il ratera sa cible de l'équilibre budgétaire claironnée pour le printemps tout comme il a raté sa cible de création de 50 000 emplois cette année, un objectif selon lui, mais un engagement électoral très affirmé de son chef Philippe Couillard durant la campagne électorale.

L'hiver risque d'être long au Québec et le réveil printanier, brutal.

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