CHRONIQUE

Banalisation des manifs?

Les syndiqués CSN du secteur public ont manifesté,... (Photo: François Gervais, Le Nouvelliste)

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Les syndiqués CSN du secteur public ont manifesté, vendredi dernier, dans le centre-ville de Trois-Rivières, pour dénoncer ce qu'ils appellent la mise à mort des services publics de qualité.

Photo: François Gervais, Le Nouvelliste

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Il peut arriver qu'un non-événement devienne un événement.

Il n'y a pas eu de marche de protestation hier dans les rues de Trois-Rivières ou de la région contre une mesure gouvernementale annoncée ou présumée.

Jeudi dernier, c'était des représentants d'une centaine d'organismes communautaires en défense collective des droits venant des quatre coins du Québec qui s'étaient donnés rendez-vous à Trois-Rivières pour dénoncer le sous-financement dont ils se sentent victimes et réclamer un rehaussement de leurs subventions.

Qui s'en est ému?

Vendredi, c'était la Centrale des syndicats nationaux qui organisait un genre de marche funèbre sur la rue des Forges jusqu'au bureau du député-ministre Jean-Denis Girard pour s'opposer à ce que les syndiqués présents qualifiaient «d'enterrement de première classe des services publics» par le gouvernement Couillard.

Malgré toute la couleur qu'on avait voulu donner à l'événement, avec cercueil transportant une tête à l'effigie du premier ministre, des costumés,des lampions, des oraisons cyniques, ils n'ont été que quelques dizaines à former le «convoi funéraire».

Dimanche matin, des travailleuses et travailleurs de centres de la petite enfance, mais aussi un certain nombre de parents dont les enfants fréquentent ces centres, sont à leur tour descendus dans la rue pour s'opposer cette fois à l'idée qu'entretient en ce moment le gouvernement de hausser les frais de garderie des CPE en les ventilant en fonction des revenus familiaux. Plus on gagne cher, plus on paierait cher. Une apparente justice économique qui se résume cependant à une vérité très courte: tout le monde paiera plus. Il y a eu des marches semblables à celle de Trois-Rivières dans une dizaine d'autres villes du Québec.

Et en soirée dimanche, des employés municipaux en bon nombre de Shawinigan ont marché à leur tour dans les rues de leur centre-ville, mais ont surtout envahi le Centre Gervais Auto pour un match des Cataractes. Il s'agissait de se faire voir et de distribuer des tracts qui dénoncent le projet de loi 3 que veut adopter le gouvernement concernant les fonds de pension des employés municipaux. On ne sait pas quel message au juste les joueurs des Cats ont compris de cette présence et s'ils ont interprété les coups de trompette venant d'eux comme des encouragements, mais ils ont été déchaînés sur la glace.

On a beau chercher, mais hier il n'y en avait pas de manifs dans la région. Par contre, il y en a eu dans d'autres villes du Québec et bien sûr à Québec, devant le parlement, où par les temps qui courent, un groupe de protestataires n'attend pas l'autre. Il faudra peut-être bientôt faire des réservations et négocier pour avoir son espace-temps de mécontentement.

On est loin des troubles nocturnes quotidiens du printemps érable de Montréal où chaque soir, on s'adonnait au cassage de vitrines et aux insultes policières. Mais on nage quand même dans une certaine abondance de contestations organisées, pour les groupes qui le peuvent. Car ce n'est pas tout le monde qui n'est pas content qui parvient à se former une «gang de rue» pour exprimer sa frustration.

L'ennui, c'est qu'on est peut-être en train de glisser dans une banalisation des manifs. Le gouvernement frappe tellement tous azimuts, ou prévient qu'il va le faire sur grande échelle et que personne ne sera épargné par sa tronçonneuse, que plus personne ne se préoccupe des problèmes de l'autre pour se concentrer sur les siens, ou ceux dont il présume qu'il sera affligé.

On assiste peut-être à un triste mouvement de désolidarisation sociale, ce qui n'annonce jamais le meilleur d'une société. Mais on voit bien que la crainte qui s'est installée un peu partout, au lieu de provoquer un resserrement collectif, ne serait-ce que strictement défensif, génère plutôt de l'indifférence. La sensibilisation et la compréhension recherchées par les marches et les pancartes qu'on agite ne se produisent pas. Les problèmes de l'un ne sont que les problèmes de l'autre. On vit une grande impression du chacun pour soi.

La montée de cette société individualiste qu'on nous disait prendre forme, le gouvernement Couillard est peut-être en train de l'illustrer et de la concrétiser.

On laisse toujours à chacun le droit de s'exprimer et il ne se trouve pas de manifestants qui rapportent s'être fait insulter ou quoi que ce soit. C'est bien pire. On ne lit même plus ce qui est écrit sur les pancartes.

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