CHRONIQUE

On va la déplumer, pas la tuer

Le taux de participation aux élections scolaires a... (Photo Pascal Ratthé, Le Soleil)

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Le taux de participation aux élections scolaires a été famélique.

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

S'il y a une surprise depuis que les résultats des élections scolaires sont connus, c'est qu'il puisse se trouver des gens qui se disent surpris de la faible participation à ces élections.

C'est rare, mais cette fois, au lieu d'exhorter les électeurs à accomplir leur devoir de bon citoyen en usant de ce droit sacré de la démocratie qui est d'aller voter, il ne s'est trouvé aucun parti politique à Québec pour parler dans ce sens.

On n'a pas vraiment entendu le Parti québécois là-dessus, pas plus que Québec solidaire. La Coalition Avenir Québec de François Legault est restée cohérente avec sa proposition d'abolir les commissions scolaires en se frottant les mains à l'avance sur le recul prévisible du vote scolaire.

Mais surtout, le gouvernement libéral, qui avait toujours laissé l'impression, jusqu'à son retour au pouvoir, d'être plutôt favorable au maintien des commissions scolaires, a décrété des élections scolaires en promettant de déplumer celles-ci et peut-être même d'aller jusqu'à leur tordre le cou advenant une participation faible au scrutin.

En invitant donc le monde qui souhaite l'abandon de cette structure, mais aussi ceux qu'elle laisse indifférent ou sans opinion, ce qui est la grande majorité des citoyens, à rester à la maison, le gouvernement avait ouvert la trappe. On ne l'avait pas formellement dit ainsi, mais personne au Québec n'a compris que le ministre de l'Éducation, Yves Bolduc, pouvait penser le contraire.

Pour «stimuler» la participation au vote dans 72 commissions scolaires, on n'avait consenti en promotion que 700 000 $.

Le ministre n'a d'ailleurs pas été long à analyser que la faible participation au scrutin commandait une «révision» du statut des commissions scolaires, que «le statu quo» n'était plus possible. Il aurait rédigé ses commentaires la semaine dernière que personne ne s'en étonnerait... et ne s'en offusquerait. Il promet déjà des «changements significatifs».

Les plumes vont revoler, mais il ne tuera pas la poule. Dans sa fine analyse du vote, Yves Bolduc conclut que le message reçu de la population n'est pas de faire disparaître les commissions scolaires, mais plutôt de réviser le modèle en profondeur.

C'est que le gouvernement a intérêt à préserver les commissions scolaires pour qu'elles demeurent au moins les percepteurs de la taxe scolaire. S'il les abolissait, il lui faudrait taxer lui-même les citoyens, donc augmenter les taxes et les impôts, pour compenser cet important manque de revenus. Une option qu'il refuse d'envisager.

Au contraire, comme elle l'a déjà fait avec les commissions scolaires et maintenant avec les municipalités, la médecine gouvernementale consiste à réduire son aide en forçant ces institutions à taxer davantage leurs contribuables pour maintenir les services.

Les maires du Québec nous préviennent déjà qu'ils vont devoir augmenter dès 2015 les comptes de taxes.

Il est donc impensable d'abolir les commissions scolaires pour cette seule raison politique. Le gouvernement ne ramassera pas l'odieux d'avoir à taxer davantage lui-même les contribuables. Dans notre système, le pouvoir de taxation implique qu'il est appliqué par une structure formée d'élus au suffrage universel.

L'idée est que ceux qui lèvent des taxes et des impôts soient imputables auprès de ceux qui doivent obligatoirement les acquitter. Et que ces derniers puissent exprimer à leur égard leur approbation ou leur mécontentement lors d'élections.

Le ministre peut cependant dépouiller les commissions scolaires de beaucoup de leurs responsabilités pour les redistribuer aux directions d'école ou aux municipalités, qui ne sont pas en désaccord sur certains aspects, dans la mesure cependant où le financement suivrait. Ce qui est dans le contexte actuel loin d'être acquis.

Disons aussi que le gouvernement serait mal avisé de faire disparaître rapidement les commissions scolaires après avoir dû investir 20 millions $ pour la tenue d'un scrutin.

Si elles doivent continuer d'exister, il faudra quand même en arriver à faire en sorte que plus de citoyens se rendent aux urnes. C'est sûr qu'outre le débat sur leur maintien ou leur abolition, il n'y a pas grande lutte idéologique dans les commissions scolaires pour mobiliser les électeurs.

N'empêche que lorsqu'on y met la forme, on peut faire déplacer un peu plus de monde. Dans la circonscription no 3, par exemple, à la Commission scolaire du Chemin-du-Roy, qui a élu Patrick Charlebois, des candidats avaient posé des pancartes, comme dans une vraie élection. Et ça a marché.

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