«J'espère que ces deux soldats ne sont pas morts pour rien»

L'ancien combattant Pierre Bruneau.... (Photo: François Gervais, Le Nouvelliste)

Agrandir

L'ancien combattant Pierre Bruneau.

Photo: François Gervais, Le Nouvelliste

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

«On va être là, le 9 novembre, au Cénotaphe de Trois-Rivières, avec nos uniformes et nos médailles.» Il espère qu'il y aura beaucoup de monde à cette cérémonie qui commémore chaque année l'implication de nos militaires dans les guerres et les missions de paix auxquelles ils ont participé, y laissant parfois leur vie, pour défendre la démocratie et les valeurs qui font notre société.

Une large participation citoyenne, ce serait, selon lui, une façon éloquente de répondre à ceux qui nous attaquent et une grande démonstration de solidarité à l'endroit de nos soldats. «Il ne faut pas que nos deux soldats tués cette semaine soient morts en vain.»

Lieutenant-colonel à la retraite, Pierre Bruneau n'entend pas céder à la peur qu'ont voulu engendrer au nom d'Allah les deux Québécois impliqués dans les événements dramatiques qui ont marqué tristement cette semaine l'actualité canadienne. «Je veux honorer la mort de nos deux derniers disparus», a-t-il d'emblée mentionné pour expliquer pourquoi il acceptait de commenter ces événements.

Pierre Bruneau a fait une longue carrière dans l'armée canadienne. Il a été pendant 27 ans membre du Royal 22e Régiment avant d'être rattaché, pendant dix ans, au 12e Régiment blindé de Trois-Rivières. Il a rempli, en deux occasions, d'importantes missions de paix qui ont duré trois ans et quatre ans en Europe pour le compte de l'OTAN, mais il est aussi allé à Chypre pour l'ONU et a même représenté pendant deux ans en Inde, les Forces canadiennes.

Il avoue qu'il a été «estomaqué, comme tout le monde, qu'on s'en prenne chez nous à nos représentants de nos droits et de notre liberté», que sont nos militaires. «J'espère que ces deux soldats ne sont pas morts pour rien et qu'on va se réveiller comme société. On est attaqué», dit-il, réprimant à peine les accès de colère que cela a provoqués chez lui.

Pour lui, même si le Canada est engagé dans une mission offensive, cela reste fondamentalement une mission de paix, ou, si l'on veut, une mission pour ramener la paix.

«Pour une mission de paix comme celles auxquelles le Canada a participé dans le passé, il fallait qu'il existe une volonté de paix de la part des opposants. Dans ce cas-ci, ce n'est pas le cas. C'est pourquoi il faut imposer cette paix, avec les moyens requis, à des belligérants qui n'en veulent pas. Mais au bout, c'est la paix qui est recherchée.»

Selon le lieutenant-colonel à la retraite, on a tort de chercher à jeter le blâme de ce qui s'est produit ici sur l'actuel gouvernement Harper, parce qu'il a accepté d'envoyer des avions de chasse et des troupes pour combattre les dhihadistes en Irak et éventuellement en Syrie.

«Dans cette histoire, il ne faut pas jouer à l'autruche. Ce sont deux Québécois qui ont tué nos soldats et ils ont agi par pur égoïsme, pour accéder facilement, prétendument au ciel, et parce qu'on leur promet à leur arrivée des vierges. Ce n'est pas pour de telles considérations personnelles que nos soldats risquent leur vie, mais pour préserver les droits et les valeurs qui font notre société.»

Il constate qu'effectivement, l'ONU n'arrive plus à imposer la paix avec ses moyens traditionnels d'intervention. Ce qui justifie la formation de coalitions de plusieurs pays, comme celle assemblée présentement par les États-Unis et à laquelle le Canada participe, pour compenser l'incapacité de l'ONU à faire sur le terrain un travail qui normalement lui reviendrait de faire.

Du coup, Pierre Bruneau s'inquiète de la montée de l'Islam et de l'interprétation qui est donnée par plusieurs groupes fanatiques de certains passages du Coran.

«Je ne suis pas ben, ben religieux. Mais je reste croyant. Et je ne connais pas le Coran. Je ne l'ai jamais lu. Mais quand on le cite et qu'on y prône l'assassinat de ceux qui ne sont pas musulmans, je pense qu'il nous faut réagir comme société.» Il va même jusqu'à suggérer qu'on déclare l'Islam illégale. «Il faut réaffirmer notre foi dans nos valeurs et ne pas les prendre pour acquises.»

Il croit tout de même que ce qui s'est produit cette semaine à Saint-Jean et à Ottawa va rester des cas isolés. «Notre société n'est pas remplie de dérangés comme ces deux-là.»

Il regrette la décision qui a été prise d'interdire aux soldats canadiens de porter leurs uniformes en dehors de leur travail. «Par contre, je peux comprendre. J'ai été commandant de troupe. On a la responsabilité de protéger ceux qui sont sous nos ordres. Mais il ne faut pas que ça dure. Il faut que nos militaires puissent porter de nouveau, et le plus rapidement possible, leurs uniformes en public.» Comme il le fera, avec fierté et une pointe de défi, avec d'autres vétérans le Jour du souvenir.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer