CHRONIQUE

Le Canada n'est pas en guerre virtuelle

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Si nous l'avions oublié, ou si nous en doutions, le Canada est en guerre.

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Si nous l'avions oublié, ou si nous en doutions, le Canada est en guerre. Officiellement en guerre depuis trois semaines contre cet État islamique que les djihadistes tentent d'installer pour l'instant en Irak et en Syrie dans l'espoir de l'étendre par la suite à l'ensemble du Proche-Orient.

Si nous l'avions oublié, les événements de mercredi à Ottawa, qui ont fait suite à ceux de lundi, à Saint-Jean-sur-Richelieu, sont venus nous le rappeler brutalement.

Une guerre, ce n'est jamais à sens unique. Les images foudroyantes, saisies par un reporter du Globe and Mail, dans le couloir principal de la Chambre des communes, nous l'ont fait savoir, presque en direct. Cela se passait bien chez nous, pas dans les terres lointaines du Proche-Orient. Les balles qui sifflaient et qui résonnaient si fort, c'était celles que s'échangeaient les gardiens de sécurité du parlement avec le terroriste.

On s'était peut-être senti confortable dans le simple envoi de même pas dix avions de chasse et de soutien, mais aussi d'un contingent de 600 soldats, sous prétexte qu'ils ne participeraient pas à des combats au sol. Une guerre facile, de jeu vidéo, qui apparaîtrait plus virtuelle que réelle dans nos esprits et dans la sécurité de nos salons. On découvre qu'on s'était trompé.

On venait, il est vrai, de traverser dix ans d'engagement armé dans une guerre en Afghanistan sans qu'on en subisse de représailles à l'intérieur de nos frontières. Sans qu'on s'en aperçoive vraiment, encore moins qu'elle nous bouleverse, à peine touché à l'occasion par les images des rapatriements sporadiques de nos boys abattus au combat.

Mais il fallait bien cette fois-ci répliquer aux égorgements gratuits que ces barbares s'appliquaient à diffuser sur nos écrans de télévision par le biais d'Internet. Une horreur lointaine mais sanguinaire, devenue visible, contre laquelle il devenait un devoir moral de sévir.

Il a fallu qu'un Québécois d'origine transformé dans sa tête, même folle, en djihadiste fanatisé, pour qu'on réalise que des répliques pourraient peut-être avoir lieu dans nos rues. Mais ce Martin Couture-Rouleau, qui se faisait appeler Ahmad sur son Facebook, converti à l'Islam en réponse à son inadaptation à une société qui semblait lui tourner le dos, pouvait n'être qu'un cas isolé. Un fou d'Allah autoproclamé. Une erreur humaine égarée.

On dira bien sûr que c'est une tête brûlée. Ce qui ne fait pas de doute. C'est quand même un acte de guerre qu'il a commis, puisqu'il a bien ciblé deux soldats pour leur foncer dessus avec sa voiture et parvenir à en tuer un. C'est aussi ce qui s'est reproduit hier. Le djihadiste a abattu un soldat, en uniforme bien sûr, qui montait une garde symbolique de parade, devant le cénotaphe, ce monument commémoratif de la guerre, à proximité du parlement.

Les deux premières victimes de notre engagement militaire contre l'État islamique sont des soldats canadiens et deux djihadistes... canadiens. On sait que Couture-Rouleau s'était fait retirer son passeport parce qu'il avait l'intention d'aller rejoindre ses compagnons, probablement en Syrie, pour faire la guerre à leurs côtés. On a également appris que l'homme qui a été abattu hier dans les couloirs du parlement avait lui aussi été privé de son passeport.

Les autorités policières canadiennes ont parlé de surprise hier. On ne croyait pas que de tels actes suicidaires pourraient se produire. C'est dire à quel point on peut être inconscient. Nos CF-18 ont décollé mardi de leur base de Cold Lake pour aller rejoindre au Koweït la coalition internationale assemblée par les États-Unis... dans l'insouciance générale, faut-il comprendre. Sans compter qu'on s'est mis en guerre bien officiellement, en provocateur, en se bombant le torse en plus.

On sait qu'une centaine de présumés sympathisants djihadistes sont sous surveillance au Canada et que bon nombre d'entre eux sont potentiellement prêts à se sacrifier en commettant des actes terroristes. On doit maintenant se demander s'il n'aurait pas été plus simple et plus sécuritaire de les laisser partir, en souhaitant qu'ils n'en reviennent pas, pulvérisés sous l'explosion des missiles de notre aviation.

À constater la psychose provoquée par les événements de mercredi, après ceux de lundi, c'est à se demander si les Canadiens étaient prêts à aller en guerre. Ou s'ils le réalisaient.

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