CHRONIQUE

La Mauricie fait figure de zone sinistrée par rapport aux autres régions

La population de la Mauricie est «nettement plus... (Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste)

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La population de la Mauricie est «nettement plus âgée que celle de l'ensemble du Québec», constate le Bulletin statistique régional publié lundi par l'Institut de la statistique du Québec. De plus, la Mauricie occupe l'avant-dernier rang parmi les régions administratives du Québec pour ce qui est du revenu disponible par habitant. Un écart qui tend à s'accentuer.

Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Avec un poids démographique par rapport à l'ensemble du Québec qui se marginalise, une population devenue parmi les plus vieilles du Québec, un revenu médian qui souffre de comparaison avec tout le monde et évidemment un revenu net gênant qui nous place à l'avant-dernier rang des 17 régions du Québec, juste devant la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine, la Mauricie fait figure de zone sinistrée dans le Bulletin statistique régional publié lundi par l'Institut de la statistique du Québec.

Rien pour remonter le moral quand on sait que dans certains tableaux, les données de 2013 n'ont pas encore été compilées et qu'avec l'allure qu'ont prises les choses en 2014, avec les fermetures d'entreprises industrielles ou commerciales déjà annoncées, l'état de la situation dans les mois à venir ne pourra que se détériorer encore un peu plus.

Il est difficile d'admettre qu'une région comme la Mauricie, bien dotée à plusieurs égards, située au centre du principal couloir économique du Québec, entre Québec et Montréal, puisse afficher des chiffres si désolants. D'autant inquiétants pour la suite des choses. Des données qui devraient suffire à faire comprendre aux gouvernements supérieurs, puisqu'on a l'impression que les appels à l'aide des élus régionaux ne sont que distraitement entendus, qu'il y a une réalité qui s'installe en Mauricie qui n'a aucun sens.

Il ne s'agit pas de sombrer dans un défaitisme démobilisant, mais il devient bien évident que la région ne retire pas l'équivalent de ses contributions passées et même actuelles au Québec tel qu'il est devenu et qu'on ne peut la tenir indéfiniment seule responsable du déclin social et économique vers lequel elle glisse.

La population de la Mauricie, constate le rapport, est «nettement plus âgée que celle de l'ensemble du Québec». L'âge médian, celui qui sépare la population en deux, était de 47,9 ans en 2013, par rapport à 41,6 ans dans l'ensemble du Québec. C'est un écart élevé. Dans les faits, aucune des six MRC de la Mauricie n'affiche un âge médian inférieur à celui de la moyenne québécoise.

Les 65 ans et plus représentent 21,5 % de la population contre 18,2 % pour les moins de 20 ans. Une différence appelée à se creuser qui prévient que le remplacement de la population, pourtant essentiel à la vitalité d'une région, est très mal engagé.

Depuis 2011, le marché du travail est en baisse dans la région et tous les emplois qui sont tombés depuis, étaient à temps plein. Ce n'est pas ce qui peut constituer un facteur d'attrait pour la relève ou de rétention auprès des jeunes issus de la région. Entre 2009 et 2013, la Mauricie a accusé à cet égard le plus important recul de toutes les régions du Québec. Ce n'est pas 2014, pour ce qu'on en connaît déjà, qui sera de nature à inverser ce mauvais cours des choses.

D'autant qu'en plus, ce ne sont pas les salaires et les revenus, bruts ou nets, par ménage ou par habitant, qui sont fabuleux. Le revenu disponible par habitant (après impôts) de 23 262 $ fait glisser la Mauricie au 16e rang des régions administratives. C'est un peu plus de 3000 $ de moins que dans l'ensemble du Québec. Compte tenu que la Mauricie compte 260 000 habitants, il y a là un manque à gagner de près de 800 millions $ par année. Or, les bons emplois, loin de se recréer, sont ceux qui, au premier rang, continuent de tomber.

On l'a vu avec Gentilly-2, Rio Tinto Alcan et maintenant la Laurentide. Mais les compressions gouvernementales en cours ou à venir, qui vont affecter les effectifs d'état, vont aussi peser lourdement dans le tableau de l'emploi et de la rémunération.

Les salaires sont déjà moins élevés qu'ailleurs, mais par contre, faut-il s'en surprendre, compte tenu de la structure de la population et du tissu social qu'elle a généré, la dépendance à l'État est devenue plus élevée qu'ailleurs. La Mauricie reçoit 1244 $ de plus par habitant en transferts sociaux, soit en aide sociale, prestations d'assurance-emploi, rentes de retraite, crédits d'impôt remboursables... Ce n'est pas le meilleur endroit où se distinguer, mais c'est inévitable avec les milliers d'emplois perdus en quelques années seulement, en plus d'une population en vieillissement galopant.

Il faut fouiller fort dans le bulletin régional de l'Institut de la statistique pour y dénicher quelques points de consolation. Ainsi en est-il des intentions d'investissements pour l'année en cours, qui devraient atteindre 1,7 milliard $. Cela laisserait espérer une croissance plus rapide que dans l'ensemble du Québec. Le problème, c'est que ça reste à être validé. Entre les intentions et la concrétisation des projets, surtout dans le contexte actuel, il y a souvent une marge qui ne sera pas franchie.

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