CHRONIQUE

Le «face-saver» du maire Angers

Le maire de Shawinigan, Michel Angers.... (Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste)

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Le maire de Shawinigan, Michel Angers.

Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

C'est ce qu'on appelle en langage de relations de travail, un «face-saver». Quand les différentes parties sont dans les faits proches d'une entente, mais que la charge émotive mise au combat reste trop élevée pour y arriver, c'est là qu'il faut trouver la formule de compromis qui permettra à chaque camp de sortir la tête haute de l'affrontement, sans laisser l'impression d'avoir cédé sur l'essentiel.

Il s'agit simplement de reformuler les choses afin de permettre de les réinterpréter d'une façon positive, même si dans le fond, tout est à peu près resté inchangé. C'est là tout l'art de la conciliation.

C'est ce qui s'est passé cette semaine dans le dossier des 20 millions $ que réclamait Shawinigan pour constituer un fonds de relance économique d'urgence qui serait géré par le milieu économique local, sans chapeautage administratif gouvernemental, bienveillant ou pas.

Gonflé samedi par la manifestation de 2000 personnes dans les rues de sa ville, poing en l'air et pouce relevé en signe de victoire, le maire Michel Angers se sentait les muscles pour exiger, au nom des siens, ces 20 millions $. Lundi, plus convaincu que jamais de la légitimité de sa demande, il prévenait qu'il allait «venter fort» et qu'il était plus que disposé à «brasser le pommier».

Le lendemain, c'est le critique économique du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau, dont on avait appris entre-temps qu'il s'était présenté «discrètement» samedi à Shawinigan pour assister à la marche avec, on présume des longues-vues, puisqu'il n'a étrangement pas mis les pieds dans la rue, qui défendait à l'Assemblée nationale la requête de Shawinigan en abreuvant le ministre régional Jean-Denis Girard de reproches.

Que s'est-il passé? Alors que tous les signes avant-coureurs d'une violente tempête politique prenaient place, il a suffi d'une rencontre, jeudi, avec le ministre Girard pour que le vent tombe. Michel Angers, arborant toujours son petit coeur de Shawinigan, clame maintenant sa satisfaction d'avoir accès à une enveloppe d'une trentaine de millions $ provenant du Fonds de diversification économique compensatoire pour la fermeture de Gentilly-2.

Une offre d'accès facilité au fonds qui avait d'abord été proposée par le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque et reprise par le ministre Girard, avant même la marche du samedi.

On revient donc à la case départ. On peut croire que le maire Angers a reçu l'assurance que les dossiers qu'il avait déjà soumis au Groupe tactique d'Investissement Québec seraient analysés plus que d'un bon oeil et que ceux qui suivront seront appréciés avec une très grande souplesse.

La «victoire» de Shawinigan réside dans cette ouverture privilégiée qui lui sera consentie. Mais il faut savoir que ce fonds de 30 millions $ restera aussi ouvert à l'ensemble de la Mauricie et du Centre-du-Québec, à l'exception de Trois-Rivières et de Bécancour, qui ont une réserve de 150 millions $.

Il faut aussi comprendre qu'il s'agira moins de subventions, mais plutôt pour l'essentiel de prêts avantageux ou de prises de participation dans des entreprises. On est loin des 20 millions $ à distribuer localement au gré des consentements locaux.

Par contre, cette «ouverture» permet au maire Angers de se sortir sans perdre la face des ornières dans lesquelles il ne pouvait que s'enliser en se dégageant des promesses émotives qu'il multipliait de casser le gouvernement.

Même s'il était pleinement légitimé de demander ces 20 millions $, il était impensable que le gouvernement y consente. Ç'aurait été de créer un précédent trop dangereux. Chaque fois qu'une usine aurait fermé ailleurs, on aurait invoqué le cas de Shawinigan pour en obtenir l'équivalent.

Il y avait aussi des limites à la force politique que lui avait apportée son appui populaire. S'il y avait eu 5000 ou même 10 000 personnes dans la rue, comme on en avait rêvé, ç'aurait pu être autre chose. Mais à 2000 marcheurs, quand on enlève les employés de la Laurentide et leurs proches, tous les représentants d'organismes qui dépendent de l'aide de la Ville et qui devaient moralement, si ce n'est impérieusement, s'y faire voir, ça reste moins éloquent.

Certes, il y a eu une forte représentation politique, même si certains y sont allés avec un petit poignard dans le dos. Quant à l'appui de PKP, c'était un couteau à deux tranchants. La proximité qu'avait Shawinigan avec l'ancien gouvernement péquiste avait du sens. Mais de la redécouvrir sous un gouvernement libéral au pouvoir pour encore quatre ans, c'était risqué de se faire mettre au régime maigre pour longtemps. Il fallait un échappatoire.

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