À moins que présence égale compétence...

Le conseil municipal de Trois-Rivières.... (Photo: Émilie O'Connor, Le Nouvelliste)

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Le conseil municipal de Trois-Rivières.

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

Il faut reconnaître, à la lumière du bulletin de présences des élus municipaux de Trois-Rivières aux réunions du conseil, au comité exécutif et aux différents groupes de travail dressé par ma collègue Paule Vermot-Desroches, publié dans l'édition de mercredi, que ceux-ci ont fait preuve jusqu'à présent, pour la grande majorité d'entre eux, d'une assiduité exemplaire.

On n'en attendait pas moins de ceux-ci, après moins d'un an de leur élection ou réélection. Ils l'ont tellement voulu la tâche que la moindre des choses est de la remplir, même avec zèle. Après tout, personne ne leur a mis un poignard dans le dos pour qu'ils se présentent aux élections municipales.

Ils ont consacré des semaines entières du dernier automne à aller à la rencontre de leurs concitoyens, à cogner à leurs portes, à se montrer dans des rassemblements de quartier pour les convaincre qu'ils allaient être les meilleurs pour les représenter, s'occuper du secteur et faire progresser la ville dans le bon sens.

Si on y est arrivé, qu'on assume.

C'est ce taux moyen d'assiduité très élevé qui en a peut-être fait mal paraître quelques-uns, dont le conseiller du district des Forges, Jeannot Lemieux, puisqu'il a raté une réunion sur quatre du conseil municipal et la moitié des réunions en groupes de travail, lui qui ne siège déjà pas sur beaucoup d'entre eux. En fait, c'est celui qui en occupe le moins, à sa demande probablement.

Le conseiller s'en est expliqué en disant qu'il s'absentait deux mois et une semaine par année, durant l'hiver, pour se réfugier à son condominium de Floride... pendant qu'ici, on gèle ou on sue à pelleter son entrée, qu'on trébuche sur les trottoirs mal déneigés ou pas déneigés du tout, qu'on enfonce les bordages en raison de chaussées glacées ou qu'on s'enlise en tentant de les sauter.

De savoir que pendant qu'on grelotte et qu'on s'échine, son conseiller municipal se prélasse sur le sable brûlant des plages de Floride et qu'il en a les moyens, ça peut justifier quelques frustrations chez certains.

On a pu le constater dans le vox pop sur les absences du conseiller diffusé mercredi matin à l'émission matinale de Richard Courchesne au FM 106,9. On peut dire qu'il s'agissait là de réactions plutôt primaires, Sans nuances et sans appel. Ces propos expéditifs, qui ressemblaient à ceux qu'on peut lire dans les médias sociaux, ne constituaient quand même pas une grande surprise. Ils illustraient, si c'est nécessaire, l'ampleur du cynisme des citoyens à l'endroit de la classe politique.

Le conseiller s'est quand même fortement défendu d'avoir pour autant négligé ses concitoyens auxquels il retournait systématiquement les appels et réglait avec diligence, même à distance, les problèmes qui lui étaient soumis. C'est tout à fait possible. Les technologies modernes permettent cela. C'est une pratique largement répandue parmi les gens d'affaires qui peuvent suivre de très près leurs entreprises et prendre les décisions appropriées sans être sur place. Le conseiller aura l'automne pour améliorer son score de présences.

En même temps, on peut comprendre les difficultés d'un conseiller comme François Bélisle, du district de Pointe-du-Lac, qui a raté le tiers des réunions des comités sur lesquels il siège, parce qu'il ne parvenait pas à concilier tout le temps jeune famille, travail professionnel et charges publiques, en raison de conflits d'horaires.

Il faut par contre admettre que le taux de présence aux différentes instances municipales n'est pas le seul critère à considérer dans l'évaluation d'un élu municipal. La valeur de leur contribution ne se calcule pas qu'à cela. On peut bien assister à toutes les réunions possibles, mais si c'est comme une plante verte, ça ne vaut pas grand-chose. Le problème, c'est que cela se mesure plus difficilement.

On s'attend quand même à ce que nos élus fassent preuve d'une grande disponibilité pour leurs citoyens et pour remplir les obligations de leurs fonctions publiques. Et on ne peut s'attendre d'autre part à ce que les citoyens réduisent leurs attentes à cet égard.

Mais si on insiste pour obtenir de ceux-ci une disponibilité physique de 24 heures par jour, sept jours par semaine, 52 semaines par année, il faudra peut-être penser à revoir leur rémunération. Car à 28 000 $ par année, il faudra au moins abaisser les critères de compétence et s'interroger sur l'intérêt réel de ceux qui seraient encore prêts à mettre leur face sur les poteaux pour obtenir le job.

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