Chrétien: une belle-mère inespérée

Des centaines d'employés du centre fiscal sont venus... (Photo: Olivier Croteau, Le Nouvelliste)

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Des centaines d'employés du centre fiscal sont venus entendre Jean Chrétien appuyer le candidat libéral du comté, François-Philippe Champagne.

Photo: Olivier Croteau, Le Nouvelliste

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Jean-Marc Beaudoin
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Du coup, on s'est pris à le regretter. Peu importe qu'on partage ses opinions politiques, de voir un Jean Chrétien en forme superbe débarquer sur les gazons du Centre de données fiscales, à Shawinigan, avait quelque chose de rafraîchissant.

L'homme n'a jamais manqué de sens de la répartie ni de couleurs et il le démontrait hier matin avec un plaisir évident.

«J'en avais la nostalgie», suggérera-t-il pour expliquer son importante implication dans la présente campagne électorale. Il a diffusé dans les journaux une lettre incendiaire contre le gouvernement conservateur et il a multiplié depuis les apparitions publiques dans plusieurs régions du Canada. Au cours des campagnes passées, l'ex-premier ministre s'était plutôt réfugié sur un devoir de réserve pour rester à l'écart des affrontements électoraux. Même dans son ancienne circonscription de Saint-Maurice-Champlain, il était demeuré chaque fois d'une grande discrétion, rappelant qu'il était un libéral, mais sans plus.

Il admettra à un journaliste jouer à la «belle-mère», si on veut le voir ainsi, ce qu'il avait réfuté quelques instants plus tôt en invoquant qu'après douze ans de retraite, il n'avait pas abusé de son droit de la chose.

Outre le fait que c'est Pierre Elliott Trudeau, le père de l'actuel chef libéral, qui lui a fait confiance jusqu'à le nommer premier francophone ministre des Finances du Canada, c'est peut-être son premier aveu qui explique le mieux les raisons qui l'ont incité à sauter dans la campagne. «J'étais anxieux», a-t-il laissé tomber, dès le départ. Une anxiété qui s'est cependant en grande partie dissipée avec le dernier sondage quotidien de Nanos qui plaçait hier matin les libéraux de Justin Trudeau en avance de cinq points sur les conservateurs, sur le plan national et maintenant presque au coude-à-coude au Québec avec le NPD.

Le couple Chrétien vient toujours passer le premier week-end d'octobre à sa résidence du lac des Piles pour y admirer les couleurs automnales de la forêt mauricienne. Sauf qu'il lui a bien fallu constater que les arbres prennent leur temps cette année pour se mettre en feu. «Les feuilles vont devenir rouge le 19 octobre», a-t-il fait image, avec un large sourire, pour décrire l'évolution de l'actuelle campagne fédérale. Le rouge est tardif mais il commence à apparaître dans les sondages électoraux, ce qui peut maintenant laisser entrevoir une possible victoire libérale dans deux semaines.

Il serait sans doute très hasardeux d'associer la remontée libérale à l'entrée en scène du «p'tit gars de Shawinigan», mais c'est un facteur qu'il ne faudra peut-être pas écarter dans les analyses futures. Le baromètre des sondeurs a tout de même commencé à changer de couleur après ses premières apparitions. Disons qu'il a pu contribuer à introduire quelques remords dans la tête de vieux militants devenus un peu mêlés, avec la quasi marginalisation du PLC depuis son départ.

Si les autres sorties de Jean Chrétien ont eu un certain caractère sérieux, celle d'hier était plutôt dans le ton bonhomme, pour ne pas dire familial. L'homme était parfaitement à l'aise sur le parterre du Centre de données fiscales. Il a multiplié les bonnes blagues, les boutades et ses coups de gueule qui font à la fois rire et justifier des décisions qui apparaissent autrement complexes. Il a décidément le sens inné du clip et de la formule colorée. Il apporte une simplicité qui résonne de bon sens dans un discours politique devenu trop empesé.

Par exemple, le niqab. «En avez-vous vu icitte à matin? Vous en croisez souvent à Shawinigan? Nous, on avait eu le problème avec un policier sikh. Ça créait un malaise. On est allé devant les tribunaux et ils ont dit qu'il était dans son droit. On a respecté la loi. J'en n'ai pas vu un au lac des Piles.»

Ils ont été des centaines d'employés du centre fiscal à profiter de leur pause matinale pour venir l'entendre appuyer le candidat libéral du comté, François-Philippe Champagne qui promet de préserver les 1500 emplois de l'établissement, mais en plus de procéder à une mise à niveau de l'édifice, ce qui pourrait nécessiter des investissements d'une cinquantaine de millions de dollars.

La présence de Jean Chrétien apportait beaucoup de crédibilité à l'engagement du candidat. Non seulement celui-ci a-t-il promis de travailler avec lui pour que le dossier se confirme, parce qu'il connaît «encore quelques gars là-bas», mais personne ne pouvait ignorer que c'est Jean Chrétien qui a été à l'origine de cette implantation, qui a constitué un apport majeur à l'économie de Shawinigan et de la région. Il plane un peu d'incertitude en ce moment sur le maintien futur de ces activités de traitement fiscal à Shawinigan. La tendance au gouvernement est à la recentralisation administrative.

Il faut aussi savoir que Jean Chrétien a été au nombre des personnes à conseiller à Justin Trudeau de relancer un programme d'infrastructures dans lequel la réfection du Centre de données fiscales de Shawinigan pourrait s'intégrer.

L'ex-premier ministre n'a pas eu à courir après les employés pour faire belle figure. Ils ont été nombreux à vouloir lui serrer la main et à se faire photographier à ses côtés.

Est-ce que c'était vraiment l'anxiété qu'il ressentait à l'idée de la réélection du gouvernement conservateur de Stephen Harper qui l'a fait sauter dans la campagne électorale? À le voir aller hier matin et à constater le plaisir qu'il en affichait, c'était finalement probablement plus la nostalgie.

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