Le jeu doit rester un jeu

Même si c'est rendu «in» d'aller aux courses... (Photo: François Gervais)

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Même si c'est rendu «in» d'aller aux courses à l'hippodrome, ça ne veut pas dire que tous en repartiront riches...

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François Houde
François Houde
Le Nouvelliste

Pour résumer l'expérience, disons que j'ai rarement eu autant de plaisir à perdre de l'argent et mon amour propre, ce qui n'est pas, au départ, mon hobby préféré. Le jeu doit rester un jeu.

Mon historique à l'hippodrome trifluvien est assez succinct. J'y suis allé une fois, il y a une quinzaine d'années et je pense que les chevaux s'en souviennent encore parce qu'on n'y a pas souvent vu quelqu'un d'aussi nul s'enrichir de la sorte. J'ai dû parier sur deux ou trois courses et j'ai gagné une trifecta qui m'avait rapporté quelque chose comme 629 $ pour une mise de 2 $. Plus verni que ça, tu es le plancher de la salle de bal du Ritz Carlton ou les ongles de Lady Gaga. C'est tout juste si je n'ai pas adopté légalement les trois chevaux pour les remercier.

La chance du débutant, c'est comme la chance de créer une bonne première impression: ça ne se reproduit pas à moins d'avoir affaire à un amnésique. J'ai attendu toutes ces années avant d'y retourner de crainte d'être aspiré dans l'infernale spirale du jeu compulsif et d'y perdre mon emploi, ma maison et mon abonnement à Muscles and Fitness. Le jeu doit rester un jeu.

Et comme c'est redevenu in d'aller aux courses, l'heure du retour avait sonné. Dès mon premier pari, mardi dernier, j'ai cartonné. J'avais mis 5 $ sur Offson gagnant dans la troisième, une évidence. Surtout avec Yves Filion aux commandes, n'est-ce pas? Offson m'a rapporté les 5 $ de ma mise plus... Ta-Dam!: 0,25 $! Oui, oui: 25 cents. C'est pas avec ça que je vais m'acheter un vignoble en Toscane, mettons. Même pour une mise de fonds, c'est un peu chenu. Le jeu doit rester un jeu.

Ça a quand même été le haut fait pécuniaire de ma soirée. Ça donne une idée du reste: le pire cauchemar de mon conseiller financier. Les finances publiques de la Grèce, c'est l'opulence à côté de ma dégringolade. Qu'y a-t-il en-dessous du fond du baril? Je ne sais pas mais j'y ai touché. Quelques heures de plus et il ne me restait plus qu'à aller vivre dans une boîte en carton dans une ruelle. Le jeu doit rester un jeu.

Ce qui s'est passé? Délirante m'a fait dans les mains dans la quatrième, Yong Lady m'a cocufié dans la suivante, Davignon m'a donné envie d'aller me jeter en bas du pont dans la sixième parce que je lui ai préféré Tango Coucou dont j'aimais le nom. Et pourtant, j'ai snobbé Let's go to Cancun, vainqueur dans la neuvième, sous prétexte qu'il ne faisait pas sérieux. Le classique parcours de la déchéance, en somme. Le jeu doit rester un jeu.

Cela dit, j'ai une excuse: il avait plu toute la journée, les chevaux pataugeaient aussi profondément dans la boue que moi dans ma bêtise. À la fin de chaque course, les jockeys avaient l'air de s'être trompés et d'avoir participé à la course au cochon graissé à Sainte-Perpétue. Ça leur aurait pris des sulkys avec pare-brise et essuie-glaces de puissance industrielle pour bien faire. Crottés, vous dites? Leurs habits mis à laver mardi soir sont encore dans le cycle «Voulez-vous rire de moi?» de la machine à laver. On cherche toujours le bon détersif: infiniment plus puissant que l'eau de Javel sans être trop radio-actif.

J'ai ma part de blâme à porter. Le prof Daniel Delisle, une sommité qui offre ses savantes suggestions dans le programme officiel, a prédit six gagnants sur dix courses. Un score honnête à l'abri de la ruine. J'ai voulu faire mon fin finaud, galoper de mes propres sabots et voilà une belle et dispendieuse leçon d'humilité.

Je dois pourtant admettre que j'ai passé une excellente soirée, excitante et tout. Allez, je vous quitte, je dois me rendre à ma réunion de masochistes anonymes.

P.S. Le jeu doit rester un jeu.

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