Billy Talent: pas de musique sans conscience

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Le chanteur de Billy Talent, Benjamin Kowalewicz, est toujours une bête de scène sans pareille et selon son bassiste, Jon Gallant, il n'a jamais été meilleur que sur le dernier album de la formation punk rock torontoise.

Le Soleil

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Punk rock et parfois irrévérencieux tant que vous voudrez, les gars du groupe Billy Talent sont aussi des professionnels consommés qui assument l'aspect promotionnel de leur travail autant que l'aspect artistique. Et ce n'est pas parce que lui et son groupe étaient en congé pendant quelques jours que le bassiste Jonathan Gallant n'allait pas prendre le temps de jaser avec Le Nouvelliste en prévision du spectacle que le groupe donnera le 2 juillet dans le cadre du FestiVoix.

En pause parce que le calendrier du groupe est assez fou, merci. Depuis la sortie de leur dernier album Afraid of Heights à la toute fin du mois de juillet 2016, Billy Talent n'a pas arrêté. Tournée mondiale, tournée canadienne, tournée de promotion de l'album. «Ç'a été comme un tourbillon depuis huit mois, convient Jon. Ça a fait du bien de s'arrêter un peu, juste pour prendre le temps de se reposer, récupérer, mais aussi jeter un regard sur ce qu'on a accompli. C'est important de faire ça dans le cours d'une carrière.»

Il ne faut pas oublier non plus que le groupe existe depuis plus de vingt ans et que les jeunots torontois, d'abord réunis dans un groupe sous le nom de Pezz à l'école secondaire avant de changer ce nom pour Billy Talent, ont désormais la quarantaine avec conjointe et enfants.

«C'est sûr qu'on n'a pas la même énergie qu'avant, admet le bassiste, mais ça ne paraît assurément pas sur la scène! Le truc, c'est justement qu'on conserve notre énergie pour les spectacles. La différence, c'est qu'en sortant de scène, on s'effondre totalement! Heureusement, on a les moyens d'avoir des autobus de tournée et des avions plus confortables.»

Afraid of Heights

L'âge qui avance n'a pas que de mauvais côtés. C'est aussi de l'expérience qui s'accumule, de la sagesse pour nourrir la créativité des artistes. À preuve: le dernier album du groupe punk rock, très bien reçu par de nombreux critiques et mieux encore par les fans. «À mon avis, Afraid of Heights est notre meilleur album en carrière, affirme le musicien. On l'a réalisé dans notre propre studio. Je trouve qu'on y manifeste une évidente maîtrise de notre art: l'album est bien fait à tous les niveaux. La voix de Ben (Kowalewicz) n'a jamais été meilleure. Les chansons sont excellentes et les paroles ont un contenu dont nous sommes fiers.»

Déjà, l'actualité donnait amplement de matière aux gars de Billy Talent pour exprimer leur vision du monde et leurs préoccupations sociales. Depuis la sortie de l'album, Donald Trump a été élu à la tête des États-Unis d'Amérique; inutile de préciser que ça donne plus d'acuité encore aux inquiétudes du groupe. «Nous ne nous considérons pas comme un groupe à saveur politique, précise Jon Gallant. Nos chansons sont écrites dans une perspective de conversation, je dirais. Pensez à des amis qui se retrouvent au bar et qui discutent de la vie, d'amour, de politique. Il reste que pendant que nous écrivions les chansons, l'humanité vivait des temps sombres et effrayants et ça s'est forcément reflété sur nous. Personne n'est complètement indépendant de son environnement. Le public a accroché à nos propos, sans doute parce qu'ils y reconnaissaient leur propre réalité.»

Est-il lui-même inquiet du monde dans lequel nous vivons? «En fait, je dirais qu'il faut avoir peur de la nature humaine. C'est fou, mais dernièrement, je revoyais la comédie loufoque Airplane 2 qui date d'une bonne trentaine d'années et on y voit une scène avec des Arabes qui passent aux barrières de sécurité d'un aéroport en portant plein d'armes. Ça m'a frappé parce que ça démontre que ça fait plus d'une trentaine d'années qu'on nous fait un lavage de cerveau en associant des gens du Moyen-Orient à des terroristes. Depuis, les gens nourrissent le préjugé tant et si bien qu'il s'ancre forcément dans notre esprit. Ça, ça me fait peur.»

Espère-t-il éveiller des consciences à travers des chansons comme Big Red Gun qui condamne la prolifération des armes de poing? «On exprime simplement notre point de vue. Je pense qu'il y a deux sortes de gens qui écoutent la musique: ceux qui s'intéressent aux paroles et ceux qui se laissent simplement emporter par la musique. Nos chansons ont plus de profondeur que celles de certains autres artistes mais nous n'avons pas de pouvoir sur ceux qui écoutent. L'important, c'est d'être fidèles à nos convictions et on souhaite que les gens s'y arrêtent et aient une réflexion. On ne leur demande pas d'être d'accord, simplement qu'ils y réfléchissent.»

Il reste que Jonathan Gallant est heureux de vivre au Canada et d'y élever son fils Xavier, dans une société qui fait preuve d'ouverture. «Bien sûr, rien n'est parfait mais je trouve que le Canada est un bon endroit où vivre. Je pense au documentaire de Michael Moore dans lequel il visite le monde pour emprunter à divers pays ce qu'ils font mieux que nous. J'aime l'idée. On devrait apprendre des autres et s'inspirer de ce que les autres font de mieux. Par ailleurs, je me dis que s'il y a une avenue vers un monde meilleur, elle implique probablement que chacun se concentre sur son propre voisinage, son village pour faire modestement sa part à son échelle.»

Punk rock et parfois irrévérencieux tant que vous voulez, ça ne veut pas dire que les gars de Billy Talent sont cyniques ou bêtes.

Le groupe canadien Billy Talent sera sur la... (Dustin Rabin) - image 2.0

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Le groupe canadien Billy Talent sera sur la scène du FestiVoix dimanche soir.

Dustin Rabin

Inspirés par Aaron

La veille du spectacle trifluvien, Billy Talent sera sur les Plaines d'Abraham, à Québec dans le cadre du grand spectacle de la fête du Canada. Et par la suite, le groupe s'envolera vers l'Europe pour une grosse tournée européenne de vingt-cinq spectacles en trente-cinq jours. Décidément, le groupe canadien roule encore la pédale au plancher.

«Je n'irais pas jusqu'à dire que nous n'avons jamais marché aussi fort, mais c'est certainement intense, comment Jonathan Gallant. En même temps, c'est du pur plaisir. On adore jouer en spectacle et c'est ce que nous faisons tous le mieux dans la vie. Nous sommes chanceux d'avoir des fans aussi fidèles un peu partout. C'est particulièrement vrai au Québec et franchement, je ne sais pas trop comment l'expliquer.»

«Les Québécois aiment rocker et puis, Ben, notre chanteur, est natif de Pierrefonds, alors, il a une connexion avec la culture québécoise. Il se débrouille d'ailleurs mieux qu'il ne le prétend en français et il lance volontiers quelques phrases au public francophone en spectacle: les gens aiment ça. Nous avons toujours de bons spectacles chez vous et je peux vous dire que certains des meilleurs shows que nous avons donnés dans notre carrière l'ont été au Québec. Je pense notamment à celui sur les Plaines d'Abraham avec Alexis on Fire au Festival d'été de Québec en 2007 devant 100 000 personnes. Aucun doute que c'est un de nos trois meilleurs spectacles à vie!»

La présente tournée a quelque chose de spécial pour les musiciens. C'est la première qu'ils font sans leur batteur Aaron Solowoniuk. Celui-ci travaille à se remettre d'une récidive de la sclérose en plaques qui l'accable depuis plusieurs années et l'empêche présentement de jouer au niveau qu'exige la musique de Billy Talent. Il est remplacé par Jordan Hastings, également batteur de Alexis on Fire. «C'est sûr que ça donne une sensation étrange de ne pas être avec Aaron, confie Gallant. Il a été notre batteur depuis plus de vingt ans. Ce n'est pas que Jordan ne fait pas du bon travail, au contraire: on n'aurait pas pu trouver un meilleur batteur. Il est extraordinaire. Nous avons assez joué avec lui pour qu'on soit tous en totale harmonie.»

«Il reste qu'Aaron est une inspiration constante pour nous tous. C'est non seulement un batteur incroyable mais un être humain plus extraordinaire encore. Le public ne se doute même pas des choses invraisemblables qu'il a dû faire depuis dix ans pour continuer à jouer au niveau où il l'a fait. Heureusement, aujourd'hui, il se porte bien. Il travaille excessivement fort à sa réhabilitation et expérimente de nouvelles approches thérapeutiques qu'il ne connaissait avant. Il ressent une certaine frustration parce que les choses n'avancent pas au rythme qu'il le souhaiterait, mais il va de mieux en mieux. On a même joué quelques chansons avec lui récemment. C'est un type incroyable.




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