Quand les filles prennent d'assaut la radio parlée

Barbara Leroux, animatrice à Ici Radio-Canada Première.... (Stéphane Lessard)

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Barbara Leroux, animatrice à Ici Radio-Canada Première.

Stéphane Lessard

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Kim Alarie
Kim Alarie
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Dans les deux dernières années, deux voix féminines ont pris le contrôle de l'émission du matin sur les ondes de deux stations de radio parlée de la région. Les femmes ne sont pas légion dans le domaine. Catherine Gaudreault et Barbara Leroux se réjouissent de faire tomber les barrières ou, du moins, ce qu'il en reste encore en 2017. Rencontre avec deux femmes aux parcours singuliers et aux personnalités totalement différentes.

Catherine Gaudreault, animatrice au 106,9.... (François Gervais) - image 1.0

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Catherine Gaudreault, animatrice au 106,9.

François Gervais

Catherine Gaudreault est à la barre de l'émission Que la Mauricie se lève sur les ondes du 106,9 depuis deux ans. Elle avoue qu'au début, elle a senti que sa place n'était pas gagnée d'avance. «Sans dire que ça déplaisait, il y a des gens qui ont été assez honnêtes pour me dire qu'ils n'étaient pas certains d'une femme à la barre de l'émission. Ils me disaient: "On a eu besoin de t'écouter et finalement, oui, on aime ça."» Loin de l'intimider, ce genre de remarques l'a plutôt poussée à convaincre ceux qui soulevaient des doutes. «J'aime qu'on me dise les vraies affaires. Tu doutes? Watch-moi bien par exemple. Je vais te convaincre que j'ai ma place», expose la femme de 41 ans qui souligne que tout a commencé par une chance qu'on lui a donnée.

«J'ai un patron qui a cru en moi. Daniel (Brouillette, directeur général du 106,9 FM), me l'a dit, il a pris un risque. C'est un risque encore en 2017! C'est ce qui est triste. En quoi j'étais plus un risque qu'un animateur masculin? Mais c'est ça la réalité», lance-t-elle avec le franc-parler qu'on lui connaît.

Un peu plus loin, sur la rue des Forges, Barbara Leroux terminera bientôt sa première année à la barre de l'émission Facteur matinal sur les ondes de Radio-Canada. De son point de vue, l'embauche d'animatrices radio n'est pas un choix audacieux. «En tant que femme, je pense, si on y va dans les généralités, qu'on a souvent le syndrome de l'imposteur. L'être humain est ainsi fait, de forces et de faiblesses. Femme ou homme en 2017, dans bien des métiers, on est sur un même pied d'égalité et souvent c'est dans notre tête et dans les perceptions que ça se passe. Quand j'ai pris la barre de l'émission, moi aussi je me suis dit que les auditeurs étaient habitués à la présence d'un homme, mon prédécesseur qui était très différent de moi avait été là longtemps... Je pense que les auditeurs avaient plusieurs choses à découvrir de moi et à accepter ou pas. Ce qui est bien correct aussi. On a eu beaucoup de commentaires mais il y en a eu aucun sur le fait que j'étais une femme. Je pense que ça reflète notre réalité.»

Barbara Leroux n'a pas senti de réticences sexistes si elle prend la mesure des commentaires qui ont suivi son entrée en ondes. «Honnêtement, je n'ai jamais eu encore un intervenant qui m'a fait sentir que j'étais une femme ou qui a fait un commentaire, mais j'ai une très jeune carrière. Ça se passe plus dans mon approche à moi, j'ai beaucoup de compassion et d'empathie et peut-être que ce sont des qualités qui sont plus féminines, si je peux me permettre. Ça fait des entrevues différentes. Je n'ai pas la hargne en moi. Je suis ce que je suis. Ce ne sont pas toutes les femmes qui sont comme moi. C'est sûr que ça s'entend mais ça ne m'empêche pas de poser une question qui m'apparaît être une évidence même si ça peut être choquant à recevoir pour un intervenant.»

Pour sa part, Catherine Gaudreault admet être «chialeuse» et convient que ce genre de personnalité peut attirer des commentaires peu délicats. «Une femme ça peut déranger. Je suis critique, je le dis souvent dans mon émission. Quand je fais ce genre de sortie, je reçois des commentaires du genre: «Es-tu menstruée?» On reçoit ça en tant que femme. Alors qu'un homme qui met son poing sur la table, lui il est hot», témoigne-t-elle. «Je reçois des commentaires que les hommes ne recevront jamais! Comme: «Cou'donc, t'es mal baisée!» Surtout dans l'émission avec le Doc (Mailloux) j'en recevais énormément. J'ai tout reçu. Ça peut aller très loin. Parce que je suis une femme et qui n'a pas peur d'affronter le Doc Mailloux. Il y en a pour qui le Doc, c'est Dieu. J'apprends à doser, à prendre un pas de recul.»

Néanmoins, Catherine Gaudreault admet, malgré sa forte personnalité, que ces commentaires tranchants la dérangent. «Oui, ça m'affecte. Les gens qui disent que ça ne les affecte pas, honnêtement, je pense qu'ils mentent. Oui, tu les lis et oui, ça t'atteint. C'est dur, parce que ce que tu entends en ondes, c'est moi, bien que plus dosée à certains niveaux. Ce sont parfois des attaques personnelles, l'animatrice est capable d'en prendre, mais la femme elle...»

Pourtant, elle ne voit pas comment elle pourrait faire de la radio autrement. Elle s'avance même à dire que si elle n'a pas peur de brasser la cage d'un intervenant, elle remarque que les entrevues qu'elle mène sont moins agressives sans être moins efficaces que celles de ses collègues masculins. «C'est vrai que les femmes le font moins. Je te donne un exemple, car ça m'est arrivé avec le Doc Mailloux, le Dr Barette ou Philippe Couillard, parce que t'es une femme, ils vont faire plus attention à ce qu'ils vont te répondre. Je pense qu'à une question posée par moi ou par Paul Arcand - je ne me compare pas à lui ce n'est pas ça que je veux dire - mais à une question challengeante posée par une femme qui demande une réponse claire, ils vont faire plus attention. Je pense qu'ils ne répondent pas de la même façon. Même avec le Doc Mailloux, le fait que je sois une femme, même challengeante, il y a toujours un ton qui je pense pourrait être plus agressif avec un homme, qu'avec une femme.»

Carrière, famille et changement de cap

Après avoir été comptable agréé pendant cinq années, Barbara Leroux a tout lâché pour écouter sa voix intérieure «J'avais toujours rêvé d'être animatrice et de travailler dans les  médias. J'ai renoncé à un bon salaire pour aller travailler à 9 $/l'heure et parfois, même pas rémunérée. J'ai suivi une formation à l'école de radio et télévision, Promédia. Je me suis retrouvée à faire mes débuts en télévision à Macamic en Abitibi. J'ai monté les échelons un à la fois et tranquillement», raconte la maman de trois jeunes enfants. La stabilité de son horaire lui permet de poursuivre cette carrière dont elle a rêvé tout en étant présente pour sa marmaille. «Il y a une conciliation travail famille qui est possible, parce que je finis tôt donc j'accueille mon enfant quand il revient de l'école et j'espère être là aussi pour les deux autres. Non, je ne suis pas là le matin mais contrairement à bien des gens, je peux faire des commissions et si mes enfants sont malades, je suis là quand même tôt.»

De son côté, Catherine Gaudreault n'a pas encore fermé la porte à fonder une famille. «Je le vois de moins en moins, du fait que j'ai 41 ans. La conciliation est possible dans l'optique où ton conjoint a un horaire stable qui permet ça. Étant célibataire, j'ai regardé la possibilité d'avoir un enfant seule, mais justement, seule avec cet horaire... Animer un show du matin et avoir un enfant seule, honnêtement, je salue les gens qui font ça. En couple, par exemple, ça ne m'empêcherait pas», confie cette qui a gradué du programme Art et technologie des médias du Cégep de Jonquière.

Des propos qui dérangent

Dernièrement, sur les ondes du FM93 l'animateur Gilles Parent a déclaré «Le problème c'est que, la plupart du temps, dans les émissions d'affaires publiques, quand j'écoute des filles, pour moi, c'est un turn off presque partout, alors je me dis: "Christie! J'ai-tu besoin d'avoir une fille juste pour une fille? Une opinion de fille?" Je ne sais pas. Je ne peux pas l'expliquer. Ça n'a rien à voir avec du sexisme.» Un commentaire qui a fait beaucoup réagir.

«J'ai été déçue. C'est un gars que j'écoute beaucoup. C'est quelqu'un que je trouve bon. Il est dans le paysage radiophonique depuis des années et ce n'est pas pour rien, il a des qualités immenses. Ma déception est à ce niveau-là. Je ne pensais jamais que cet homme-là allait dire ça. Je ne le connais pas alors ce n'est pas personnel», affirme Catherine Gaudreault.

«Je pense que j'ai été étonnée que quelqu'un tienne ces propos-là en 2017. Au-delà du fait, j'ai été attristée. Je suis une féministe à la base et je n'ai pas peur de le dire. Dans mon milieu de travail, je ne ressens pas ça et je sais que ce n'est pas non plus une majorité des hommes qui penseraient comme cet animateur ou qui auraient le même propos. Il y a aussi les goûts personnels qui entrent en ligne de compte et je pense que ça venait de son goût personnel et de son propre passé», mentionne Barbara Leroux.




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