Benoît Gouin: là où le coeur est

Benoît Gouin... (Olivier Croteau)

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Benoît Gouin

Olivier Croteau

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Kim Alarie
Kim Alarie
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Dans une autre vie, Benoît Gouin aurait décortiqué ce titre en expliquant le positionnement précis de cet organe vital dans la cage thoracique. Pourtant, s'il lit ce titre aujourd'hui, il sourira peut-être, car, parfois, la science, aussi exacte soit-elle, n'a que bien peu à y voir.

Même si l'homme, originaire de Pointe-du-Lac, raconte de façon très posée avoir quitté une prometteuse carrière de médecin afin de poursuivre sa passion pour l'art dramatique, il y a une part du récit qui échappe au carcan rationnel.

«Viscéralement, je n'étais pas capable de faire taire ça», admet-il en racontant la ferveur qu'il s'est découverte au début de ses études en médecine.

«La première année, à l'occasion d'un spectacle regroupant les étudiants en science de la santé, on a fait un sketch avec une gang de Trois-Rivières et ç'a vraiment marché. Pour moi, ça été un déclencheur. La deuxième année, j'étais dans tout ce qui était culturel et la troisième année, je commençais à sécher des cours de pathologie pour faire de l'impro», se souvient-il.

Il a complété trois années d'études en médecine avant de faire un changement de cap drastique. Trois années où, graduellement, son coeur n'était plus qu'un élément d'anatomie mais une voie à suivre.

«Mon père était médecin. Ça s'est orienté naturellement vers la médecine et j'amais ça. J'aime les sciences et encore aujourd'hui je m'intéresse à plein de choses au niveau de la science. Mais quand tu arrives dans un contexte comme à l'université où tu n'as pas la famille qui est là et que tu n'as plus tes cadres d'autrefois, là, tu imposes ton propre cadre. En fait, il vient tout seul. Tu découvres des côtés que tu n'as jamais exploités.»

Pourtant, bien malin est celui qui aurait pu prévoir tel revirement dans son cheminement quasi tracé d'avance.

«Quand je suis tombé là-dedans, ç'a été une explosion incroyable», décrit-il en parlant des différents projets culturels auxquels il a participé.

«Dans la vie, il y a des moments où il faut que tu passes à autre chose. Les gens me disaient que j'étais courageux. Que je passais de l'échelon le plus élevé à l'échelon le plus bas. "Tu vas faire quoi? Ça mange quoi en hiver ça?" Il n'y avait pas eu l'avènement des grandes téléséries. Le cinéma ce n'était pas reconnu comme quelque chose qui pouvait faire vivre. Encore aujourd'hui, d'ailleurs. Tout ce que je trouvais à répondre, c'était: «Ça ne me demande pas du courage. Ça me demande juste de l'abandon à ce qui est là», raconte-t-il en se pointant l'abdomen.

Les réactions ont été nombreuses, mais pour ce membre fondateur de la Ligue universitaire d'improvisation, le premier bébé de la LNI, la décision était inébranlable.

«Dans ma famille, je suis le dernier de 10. Quand je suis arrivé avec ça, mes parents ont dit: "Bon bien cou'donc". Si j'avais été le deuxième ou le troisième , ils m'auraient peut-être dit de laisser tomber la comédie, mais j'avais 21 ans, j'avais mon bac en médecine. Mon père m'a dit: "Pourquoi tu ne fais pas du théâtre en sideline?" Pour moi, c'était une évidence, je suis beaucoup trop entier pour ça, je ne ferai pas ça à moitié», raconte-t-il en sachant très bien que dans l'esprit de son père, il reviendrait à la médecine éventuellement.

Il a suivi son coeur et n'a jamais regardé en arrière. Aucun regret. Si ce n'est qu'une éparse pensée pour savoir quel genre de médecin il aurait pu être.

À une porte du bonheur

Les parents de Benoît Gouin ne lui ont jamais mis de bâtons dans les roues, ils l'ont toujours soutenu. «Ils venaient voir mes spectacles, bien qu'ils n'aient jamais compris parfaitement mon choix. C'était trop étranger à eux. Ils voyaient que ça marchait. Mon père était très fier. Il était toujours debout, le premier à dire bravo et ma mère aussi. Mais je pense qu'ils ont eu une inquiétude très longtemps», confie-t-il en ajoutant que même s'ils n'avaient pas accepté, il serait parti et fait son chemin sans leur approbation.

«Souvent, pour prendre une décision, on veut voir les fenêtres et les portes qui sont là, prêtes à s'ouvrir pour nous. Ta décision, c'est comme une porte et l'autre côté, c'est un corridor avec une série de portes battantes. Il faut que tu prennes ta décision avant de pouvoir ouvrir la porte et constater les portes qui , à cause du courant d'air, battent au vent. Tant et aussi longtemps que ta décision n'est pas prise, n'est pas concrète, tu ne peux pas savoir où tu t'en vas complètement et c'est ça qui est extraordinaire.»

Plus de trois décennies après avoir pris cette décision, Benoît Gouin en parle encore avec passion.

«C'est magique, ça transporte... c'est indescriptible, le sentiment d'accomplissement que tu ressens après, quand tu te rends compte que ton choix, qui était viscéral, instinctif, s'est concrétisé dans quelque chose d'extraordinaire.»

«Quelle serait ma vie si je n'avais pas fait ce choix-là? Je serais peut-être médecin. Heureux aussi, je ne le sais pas.»

«Dans la vie, il faut faire ce qu'on aime!»

«Dans la vie, il faut faire ce qu'on aime!»

Un message qu'il ne se gêne pas pour transmettre aux gens qu'il côtoie notamment quand il revient dans la région.

«Je trouve ça important de revenir dans mon patelin et de reconnaître l'apport des gens qui ont fait de moi l'homme que je suis devenu jusqu'à 18 ans. Ensuite, je me suis forgé au fil des expériences diverses, loin de chez moi, mais je portais en moi une partie de ce que j'ai appris ici à Trois-Rivières par rapport à la vie.»

Une vie qu'il s'est construite, non sans effort, et qui est reconnue par certaines alma mater dont le Séminaire de Trois-Rivières où il a été intronisé comme Ancien émérite. «Je trouve ça merveilleux parce que ça propose un modèle pour les jeunes. Avec l'expérience que j'ai vécue, d'embrasser une voie et de changer. Je vais souvent aborder ce sujet quand je parle aux jeunes, je trouve ça important de transmettre mon expérience à ce niveau-là. Je l'ai vécu de l'intérieur, je suis parti de gauche à droite. Je n'ai jamais reculé. Quand on est en accord avec notre instinct, ça ne peut pas mentir.»

«On est dans une société où on est attiré par la gloire et la fortune très rapidement. Souvent les gens ont tendance à faire des choix qui ne sont pas sur les bonnes valeurs qui peuvent facilement s'effriter dans la vie. J'essaie de dire aux jeunes que la vie est belle à partir du moment où tu es fier de toi et que tu as l'impression que tu es dans ton cours naturel à toi.»

Benoît Gouin interprète Phileas Fogg dans la pièce... (Olivier Croteau) - image 2.0

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Benoît Gouin interprète Phileas Fogg dans la pièce Le tour du monde en 80 jours qui sera de passage à la salle J.-A.-Thompson le 11 avril.

Olivier Croteau

L'art quasi scientifique

Benoît Gouin renoue quelque peu avec son passé scientifique avec la pièce Le tour du monde en 80  ours, adaptée et mise en scène par Hugo Bélanger.

«Quand j'ai vu les spectacles d'Hugo Bélanger (Le Baron de Münchhausen, La Princesse Turandot), j'ai compris que ce qu'il faisait, c'est quelque chose que j'ai fait dans mes premières années et c'est quelque chose que j'ai toujours voulu cultiver, la rigueur et la précision. Quand j'ai vu ses spectacles, j'ai tout de suite eu envie de travailler avec lui. J'avais l'impression de retrouver l'énergie de mes premières années et c'est ce que j'ai retrouvé, cette énergie-là que j'avais à l'époque de nos premières créations collectives au Théâtre Niveau parking (compagnie de théâtre qu'il a fondée à Québec au début de sa carrière, mais dont il ne fait plus partie). On y a fait des prestations dans ce style-là, un peu chorégraphié. Une belle rencontre.»

Le récit de Jules Verne raconte le périple de Phileas Fogg (Benoît Gouin) qui est convaincu qu'il est possible de faire le tour du monde en 80 jours.

«Pour lui, ce n'est pas fou. Tout le monde lui dit que c'est impossible, qu'il y aura des imprévus. Il leur répond, qu'il n'y a pas d'imprévus dans la vie et que tout se prévoit. Il y a toujours des plans B», raconte Benoît Gouin, qui est entouré de Stéphane Breton, Carl Béchard, Tania Kontoyanni et d'une équipe de quatre autres comédiens qui font tous les univers, tous les pays.

Fogg n'en vivra pas moins de péripéties durant le périple qui lui fera découvrir plusieurs cultures.

«On peut y associer la performance de cirque, ç'a toujours été des spectacles où la mécanique, parfaitement huilée, participait au spectacle. Alors c'est certain que de cet angle, ça relève un peu de la performance. Tu ne peux pas seulement faire l'échange de dialogues. On se distingue du cirque parce que pour nous la trame narrative est extrêmement importante et le rapport psychologique entre les personnages est là.»

«À partir du moment où tu rates un pas dans une danse, ça se voit. Le secret, c'est de ne pas perdre contenance, d'oublier ça et de passer à l'autre pas, mais je te dirais qu'on n'a pas vraiment eu de problèmes à ce niveau-là. Tout le monde est assez habile et a assez le spectacle dans le corps maintenant pour être capable de jongler et de jazzer un peu avec cette échappée.»

Prouesses techniques... pour apporter

«Souvent quand on va faire un spectacle dans la salle de création, on va penser à une mouture une peu plus petite du décor pour pouvoir le déplacer dans différentes régions. C'est tellement lié à la magie de ce spectacle, tout le phénomène des décors, des éclairages, des costumes, des sorties, des machineries que c'était impossible pour le metteur en scène de ne pas avoir 100% du spectacle», explique-t-il en mentionnant que 99% du spectacle est l'original.

«Ça démontre à quel point le metteur en scène tenait à ce que ça conserve l'impact de la création parce que ça repose sur... pas de la performance, mais de la magie.»

Même si la pièce roule depuis deux ans déjà, l'équipe éprouve toujours un réel plaisir à la présenter.

«J'ai toujours dit à Hugo [Bélanger] qu'on devrait aller jouer ça dans chaque pays que nos personnages traversent. Je trouvais que c'était un spectacle qui aurait pu voyager au même rythme que nos personnages. On aurait pu faire une tournée internationale en 80 jours. Pourquoi pas?», rêve-t-il en ajoutant toutefois que rien n'est prévu après la tournée québécoise. «Je crois que c'est un spectacle qui pourrait être vu par beaucoup plus de monde.»

Néanmois, si l'aventure venait qu'à prendre fin, Benoît Gouin considère qu'elle lui aura permis de faire un voyage extraordinaire qui  fera escale à la salle Thompson le 11 avril, un événement présenté en partenariat avec Culture Shawinigan.




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