Ouvrir de nouveaux horizons

La directrice du Centre d'exposition Raymond-Lasnier de Trois-Rivières,... (Stéphane Lessard)

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La directrice du Centre d'exposition Raymond-Lasnier de Trois-Rivières, Marie-Andrée Levasseur, souhaite vivement que la présentation de la prestigieuse exposition La question de l'abstraction en provenance du Musée d'art contemporain de Montréal attire de nouveaux spectateurs à la Maison de la culture.

Stéphane Lessard

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Si la vie s'était mieux comportée, elle aurait fait en sorte que les conditions favorables à la présentation de l'exposition La question de l'abstraction soient réunies en 2018, année du 50e anniversaire du Centre d'exposition Raymond-Lasnier. La vie, on ne le sait que trop, ne se comporte pas toujours correctement et l'exposition sera présentée en 2017, du 26 février au 21 mai. Ce n'en sera pas moins un événement majeur.

L'exposition vient du Musée d'art contemporain de Montréal. Il s'agit d'une toute première collaboration avec le centre trifluvien. Le MAC a créé cette exposition itinérante en sélectionnant 104 oeuvres de 56 artistes dans son ancienne exposition permanente. Au Québec, la nouvelle mouture n'a été présentée qu'à Amos et maintenant à Trois-Rivières sa dernière escale. 

Marie-Andrée Levasseur, directrice du CER-L, a vu le catalogue de l'exposition lors d'un congrès de la Société des Musées du Québec il y a deux ans et demie. «Je l'admirais en me disant que ça aurait été fantastique si j'avais pu présenter une expo aussi prestigieuse que ça chez nous. Pour moi, c'était tout simplement inaccessible. Puis, une collègue m'a dit: pourquoi tu ne la présenterais pas?»

De recherches de subventions en aménagements de calendrier, l'impossible a pris forme. «On ne pouvait pas la présenter selon la durée habituelle de 4, 5 ou même 6 semaines. Elle sera donc là pour douze semaines, une première pour nous. Quand on pense aux chefs-d'oeuvre qui sont dans cette exposition, c'est vraiment quelque chose d'exceptionnel; il y a de véritables trésors nationaux là-dedans. Pourtant, l'entrée va être gratuite pour les visiteurs comme elle l'est toujours.» 

Bien sûr, il a fallu réaménager l'exposition pour qu'elle convienne aux dimensions de la salle trifluvienne. La version que le public pourra admirer comptera 35 oeuvres de 30 artistes.

Faire oeuvre didactique

L'excitation que Marie-Andrée Levasseur ne tente même pas de camoufler tient à beaucoup de choses. Il y a une dimension personnelle puisqu'elle a une passion pour l'art actuel. Une passion telle qu'elle a choisi l'UQÀM pour y faire ses études en histoire de l'art précisément pour y trouver un regard québécois sur l'art actuel.

Il reste que dans le choix de La question de l'abstraction, c'est la directrice du CER-L qui a primé: elle a regardé les avantages pour son centre. Le prestige de présenter une expo de cette envergure, notamment. «C'est certain que ça met le CER-L sur la map et ce n'est pas négligeable. Aussi, l'exposition a été conçue avec l'objectif de démocratiser l'art et d'expliquer l'abstraction. Ça épouse parfaitement le rôle que nous nous sommes toujours donnés.»

L'exposition a été conçue dès l'origine avec une préoccupation didactique qui fait notamment qu'elle se décline en différents thèmes quasiment fidèles à une ligne chronologique permettant de comprendre l'évolution du phénomène. «De notre côté, les gens auront la possibilité d'utiliser des audio-guides mais nous suggérons fortement d'aborder l'exposition dans le cadre d'une visite guidée gratuite. Nos guides sont bien formés et parfaitement prêts à répondre à toutes les questions. Nous sommes bien conscients que l'abstraction n'est pas ce qu'il y a de plus facile à aborder. Il importe de mettre les choses en contexte, de comprendre les motivations des artistes, leur parcours pour apprécier les oeuvres à leur juste valeur.»

L'expérience de travailler en collaboration avec un musée d'état est une première qui enrichit toute l'équipe. «C'est un gros défi. On doit répondre à des critères extrêmement stricts dans toutes sortes d'aspects qui échappent aux spectateurs. Il nous a fallu changer notre éclairage parce qu'il ne répondait pas aux normes du MAC. La manipulation des oeuvres est aussi extrêmement délicates. Il y a là des chefs-d'oeuvre d'une valeur inestimable qu'on n'aura plus jamais la chance d'admirer dans la région.»

À ce titre, Marie-Andrée Levasseur estime que la présentation d'une exposition aussi prestigieuse est une fierté qui appartient à toute la région. «Le fait de présenter une exposition de cette envergure ici est unique et c'est certainement un honneur. Avoir ça en Mauricie, il y a de quoi être fier.»

La seule présentation de l'exposition est un succès auquel les chiffres de fréquentation ne changeront que peu de choses. «Bien sur, on espère que beaucoup de gens viendront la visiter, soutient évidemment Marie-André Levasseur, Et surtout, si on peut amener des gens qui n'ont jamais franchi le seuil du centre d'exposition ce sera une belle victoire. On sait bien que l'accès au Centre n'est pas évident parce qu'on n'est pas très visible de l'extérieur, qu'on n'a pas vitrine sur la rue. Mais si l'événement amène de nouveaux visiteurs, ils vont constater toute l'ouverture dont nous faisons preuve pour bien les accueillir et qu'ils se sentent bien chez-nous.»

Une des oeuvres majeures de La question de... (Richard-Max Tremblay) - image 2.0

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Une des oeuvres majeures de La question de l'abstraction. C'est Malapeque II, de Rita Letendre, datant de 1973. Acrylique sur toile. 152,5 X 203,2 cm. Don anonyme / Collection du Musée d'art contemporain de Montréal. © Rita Letendre.

Richard-Max Tremblay

Le défi de l'abstraction

Présenter La question de l'abstraction est certainement une grande fierté, mais personne ne sait mieux que les gens du Centre d'exposition Raymond-Lasnier que cela constitue aussi un défi. Celui d'attirer le grand public et de lui faire apprécier une forme d'art très souvent perçue comme rébarbative.

«Les gens peuvent très bien dire qu'ils n'aiment pas ça et on n'a aucun problème avec ça, dit Marie-André Levasseur. C'est parfaitement légitime. C'est comme la bouffe: tout le monde a droit d'aimer ce qu'ils aiment, ça ne se discute pas. Cependant, si on peut amener les gens à pousser la réflexion jusqu'à dire pourquoi ils n'aiment pas ça, ce sera un succès. Ça voudra dire qu'on a suscité une réflexion saine et pertinente.»

«On va faire en sorte d'enrichir cette réflexion. Je pense que c'est intéressant pour le spectateur de prendre conscience de la réflexion qui préside au travail des créateurs. Les techniques de travail aussi sont impressionnantes parce que des oeuvres qui peuvent paraître simplistes sont le fruit d'énormément de travail technique et intellectuel que le spectateur ne peut souvent pas voir par lui-même.»

Il n'est pas non plus superflu de regarder l'art abstrait en étant conscient que c'est là le mode d'expression que ces grands artistes ont choisi. C'est celui qu'ils estimaient être le plus susceptible de communiquer leur vision du monde. 

«Les gens disent parfois que de simples lignes, ou des carrés de couleur, c'est facile à faire et qu'ils auraient très bien pu les réaliser eux-mêmes, poursuit Marie-Andrée Levasseur. Ce n'est pas faux, mais ces gens auraient-ils seulement pensé à le faire? Plus encore à l'époque où ç'a été fait puisque certaines oeuvres ont été réalisées au milieu du XXe siècle à une époque où il était loin d'être évident de se démarquer de la sorte.»

«Nous, on regarde les oeuvres avec les yeux d'aujourd'hui, forcément. Quand on les replace dans le contexte de leur époque, la perspective est complètement différente. Les artistes ont brisé des tabous, des codes et des valeurs qui étaient extrêmement lourds à l'époque. Ils ont ouvert des perspectives nouvelles, des façons novatrices de regarder le monde et de le comprendre. Nos valeurs d'aujourd'hui se sont construites à travers ces ruptures qui ont ouvert les esprits.»

«C'est vrai à toutes les époques d'ailleurs: les impressionnistes étaient des révolutionnaires qui ont choqué les spectateurs de leur temps en brisant les codes de la société dans laquelle ils vivaient. Ils ont décidé de ne plus représenter le plus fidèlement possible la réalité comme c'était la norme, mais de l'interpréter. Ils ont eu l'audace d'aller là où personne n'était allé avant eux et de changer certaines perceptions. Aujourd'hui, rien de ce qu'ils ont fait ne choque ou ne dérange, bien au contraire.» 

Ainsi peut-on ou devrait-on voir l'abstraction pour l'apprécier. «Au Centre d'exposition, on va offrir des clés de lecture pour permettre aux gens d'apprécier les oeuvres. On ne leur demande pas de les aimer, mais de se montrer ouverts à un langage non conventionnel susceptible de les atteindre, de leur parler intimement. On va leur expliquer qui sont les artistes représentés, quel était leur but, ce qu'ils cherchaient à exprimer, pourquoi c'était le mode d'expression qui leur apparaissait le meilleur.»  

Pour favoriser cette démarche, l'équipe a conçu un petit guide tout simple illustré par une dessinatrice d'ici, Amélie Dubois, pour aider à aborder l'abstraction, en favoriser la compréhension. Le guide, du reste, demeurera disponible pour les expositions à venir comme une référence. Un petit outil en apparence banal qui pourrait être une clé pour ouvrir les coffres d'émotions et de propos signifiants que peuvent être les oeuvres d'art.

Et preuve que l'abstraction est loin d'être aussi difficile d'accès qu'on le pense souvent, des activités familiales seront organisées pendant la durée de l'exposition et visant particulièrement les tout petits. On ne prépare jamais trop tôt la relève.




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