Le Cyclotron: un plaisir intelligent et sophistiqué ***

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Dans Le Cyclotron, Simone (Lucille Fluet), une scientifique alliée, doit retrouver un physicien allemand soupçonné de détenir le secret de la bombe atomique et l'éliminer au besoin.

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Le NouvellisteFrançois Houde 3/5

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Curieuse et fascinante bibite que ce nouveau long métrage du Québécois Olivier Asselin. Ce Cyclotron constitue un hybride unique empruntant à la fantaisie autant qu'à la rigueur scientifique, à l'histoire comme à la science-fiction pour créer un suspense joliment ficelé dans un emballage excessivement sophistiqué.

Asselin nous plonge d'emblée dans la Seconde Guerre mondiale, ce qui n'est déjà pas si fréquent pour un film québécois. Utilisant, pour ce faire, des images d'archives et d'autres, nouvelles, dans un noir et blanc artificiellement contrasté et une pellicule patinée. On pense à un film américain des années 50. Initialement, on flotte donc entre le documentaire et la fiction.

Celle-ci prend rapidement le dessus. Une femme, précédemment identifiée comme une physicienne de réputation mondiale spécialisée dans la physique quantique, est engagée pour une mission périlleuse: prendre contact avec un ami physicien allemand en fuite dans le train qui le transporte de Berlin à Paris. Simone (Lucille Fluet) doit en profiter pour prendre connaissance de l'avancée de ses travaux sur la bombe atomique sur laquelle il planche pour le Reich. Si elle constate qu'il est près de la résolution, elle doit liquider Emil (Mark-Anthony Krupa). 

Sur le train, elle découvre qu'Emil est pourchassé par des militaires allemands menés par König (Paul Ahmarani), un scientifique dont l'admiration envers Emil n'est supplantée que par son sens du devoir qui l'oblige à obtenir par tous les moyens les résultats des travaux du physicien pour les nazis. L'espace dans lequel ce suspense se déroule se limite pendant presque tout le film à l'intérieur du train en marche créant un huis clos fort efficace. Toute la narration sera alimentée par une esthétique lourde et singulière empruntant simultanément à l'expressionniste allemand et au film noir américain. Le mariage peut sembler étonnant mais il est réussi puisqu'après les premières minutes de surprise, on est convaincu par l'homogénéité et la rigueur du traitement. Olivier Asselin nous plonge dans un univers qui lui est propre. La sophistication de la direction artistique et du traitement confine certes à l'exercice de style mais en bout de ligne, il faut convenir qu'elle sert un suspense bien mené et captivant.

Cette efficacité tient sans doute à un énorme travail effectué dans la conception. Non seulement le scénario est intelligent et cohérent, mais la mise en scène est rigoureuse. Dans un récit aussi dense, le moindre relâchement ou une quelconque incongruité risquait de larguer le spectateur. Il n'en est rien.

Asselin et Fluet basent leur scénario sur une complexe théorie scientifique avec laquelle ils prennent des libertés que certains pourraient leur reprocher, non sans raison. Il faut pourtant leur accorder cette latitude pour profiter pleinement de la proposition. Oui, les scénaristes nous entraînent loin dans leurs extrapolations, mais au bout de la ligne, c'est pour notre plaisir de spectateurs.

Les fréquents sauts dans le temps, dûment identifiés, n'aident pas à ce qu'on s'y retrouve aisément mais dire qu'ils brisent le fil de la narration serait exagéré. Seulement, ils sont la marque d'une histoire complexe qui n'a pas pour seul but le divertissement peinard du spectateur. Asselin invite le spectateur à une réflexion: ce serait navrant de lui reprocher de nous faire ainsi confiance.

Quand on prend conscience que ce film a été réalisé avec un rachitique budget de 1,8 millions de dollars canadiens, on ne peut qu'être renversé par le travail de l'équipe technique. Des miracles ont été produits à chaque étape de la conception de ce film.

La plongée dans un autre temps est telle qu'on s'étonne de reconnaître des comédiens québécois comme Olivier Barette ou Benoît Mauffette dans les rôles de soldats nazis, par exemple. Paul Ahmarani campe un König d'autant plus crédible qu'on a fait appel au doublage pour ses dialogues en allemand. Tous les personnages principaux jouent avec une affectation étudiée qui nous plonge dans le cinéma mélodramatique d'un autre temps. Asselin a poussé la facétie jusqu'à essayer de recréer son histoire comme elle aurait été racontée par le cinéma hollywoodien des années 50. On ne sent pourtant pas le pastiche mais bien l'adaptation. Bravo.

Cyclotron est un divertissement pour public averti. Il faut probablement une culture générale au-dessus de la moyenne pour l'apprécier à sa juste valeur mais on ne peut nier la qualité du divertissement.




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