Olivier Asselin: petit budgets, grosses ambitions

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Olivier Asselin sur le plateau de tournage du film Le Cyclotron.

La Presse

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) La filmographie du cinéaste Olivier Asselin est tout à fait singulière et son plus récent long métrage, Le Cyclotron, s'inscrit de façon spectaculaire dans cette lignée.

Pour parler du monde dans lequel nous vivons, il a choisi un grand détour dans le temps et l'espace en nous plongeant en Europe dans la Seconde Guerre mondiale qui est peut-être, finalement, moins loin de nous qu'il n'y paraît. «Je me dis que c'est un moyen d'arriver à une certaine vérité, confie le cinéaste. Tellement de films en ont traité mais ce qu'on redécouvre constamment, c'est à quel point les enjeux de cette période de l'histoire étaient nombreux, complexes et pratiquement intemporels.»

«Avec Lucille (Fluet, la coscénariste) on voulait écrire un suspense qui reposait sur des concepts scientifiques qui nous fascinaient et qui présentait des enjeux historiques intéressants. Après beaucoup de lectures, le contexte de la Deuxième Guerre mondiale apparaissait extrêmement pertinent. L'idée d'explorer l'étrange théorie de la physique quantique avec son concept de l'incertitude fondamentale est venue faire écho à une situation politique incertaine. En faisant évoluer des personnages intéressants au milieu de ça, on tenait une solide base de scénario.»

Pour réaliser ce projet extrêmement ambitieux où se mêlent une esthétique très sophistiquée qui emprunte à différents genres cinématographique et un suspense tissé serré, le réalisateur ne disposait que d'un très maigre budget de 1,8 million de dollars. Une misère qui ne se manifeste pourtant jamais à l'écran. «Le secret, c'est un immense travail de préparation. Je suis fier parce que malgré le petit budget je me suis notamment assuré que tout le monde sur l'équipe a été payé plutôt que d'avoir recours à un paiement différé. On n'a eu que 20 jours de tournage alors, il a fallu maximiser le temps qui nous était imparti.»

Une des astuces se retrouve dans le scénario même puisqu'en faisant se dérouler l'action dans un train, le réalisateur obtenait des huis clos très efficaces pour créer une tension dramatique tout en limitant les plateaux de tournage. «J'ai créé un story-board extrêmement précis qui nous a empêchés d'improviser au moment du tournage. Aussi, en filmant à l'épaule, on a pu obtenir une grande mobilité de la caméra qui nous a permis de filmer plusieurs angles pour chaque scène. Je suis particulièrement satisfait du résultat et de l'unité esthétique que nous sommes arrivés à conserver malgré nos contraintes budgétaires.»

Les défis n'ont pas été limités au travail de réalisation puisque les interprètes ont aussi eu leur lot de difficultés. Paul Ahmarani, par exemple, qui interprète un scientifique nazi, a dû apprendre phonétiquement ses dialogues dans la langue de Goethe. «J'ai beaucoup travaillé pour me mettre les dialogues en bouche même si j'allais être doublé dans les dialogues pour des impératifs de vraisemblance, raconte-t-il. Il reste qu'il fallait que mes mouvements de lèvres correspondent très précisément au dialogue doublé alors, le travail était nécessaire. Curieusement, le fait de travailler les dialogues en allemand m'a beaucoup aidé à bien reproduire l'accent allemand dans la portion des dialogues de mon personnage qui étaient en français.»

L'acteur n'allait certainement pas refuser cette occasion rarissime d'incarner un nazi de la Seconde Guerre mondiale. «C'est arrivé comme une très belle surprise parce qu'un acteur québécois n'imagine jamais qu'il puisse être appelé à jouer dans un film québécois sur la Deuxième Guerre mondiale et en même temps, c'est un régal! On a tous rêvé de jouer dans un film sur cette guerre: on l'a tellement vue au cinéma. J'ai vraiment été choyé parce que d'abord, j'aime beaucoup l'histoire et König, le personnage que j'interprète, est complexe et riche.»

Son inspiration pour jouer ce personnage d'une autre époque, il l'a puisé chez un homme d'une autre époque, son propre grand-père. «C'est un temps où il y avait un décorum très important, des règles sociales très codifiées. Bien sûr, ça ne change pas la nature profonde des êtres humains, mais ça changeait leur façon d'agir et de s'exprimer. C'est un plongeon très intéressant qui m'obligeait à adopter une attitude particulière tout en nourrissant ces attitudes-là d'une vérité humaine universelle.»

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