Votez Bougon: nos vieux amis non recommandables ***

La famille Bougon est de retour à l'écran,... (Le Droit)

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La famille Bougon est de retour à l'écran, 10 ans après sa disparition.

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Le NouvellisteFrançois Houde 3/5

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Elle nous a manqué, la famille Bougon. Dix ans après sa disparition, les revoir au grand écran, c'est comme retrouver de vieux amis peu recommandables mais qu'on aime bien. Peut-être précisément parce qu'ils ne sont pas recommandables.

Rémy Girard disait en entrevue qu'il a retrouvé le rôle de Papa Bougon sans le moindre effort. En enfilant la camisole tachée du chef de clan, il est automatiquement et naturellement redevenu Paul Bougon. L'impression qu'on a comme spectateur est identique. Dès la première image de la cuisine de l'appartement des Bougon, on retombe dans un univers aussi familier à notre regard que nos pantoufles le sont à nos pieds.

Ce n'est pas que le décor ou les personnages. C'est l'esprit. L'insoumission, l'irrévérence systématique, la malhonnêteté, l'obsession de «fourrer» le système qui ne nous a jamais semblé si réjouissante qu'aujourd'hui.

Dans ce nouvel épisode de leur condamnable existence, papa se découvre de l'intérêt pour la politique parce que c'est encore la meilleure façon de fourrer le système. Il crée un parti, le PEN pour Parti de l'écoeurement national, une astuce pour empocher le montant des cartes de membres. Ça l'oblige quand même à prendre des positions: il attaque la corruption des partis établis et l'indécente proximité du gouvernement avec les puissances d'argent qui tirent les ficelles. Il devient le porte-parole du bon peuple qui en a ras-le-bol de se faire avoir. 

Évidemment, le discours résonne pas mal plus que prévu. En campagne électorale, le PEN accumule non seulement l'argent qui va directement dans les poches des Bougon, mais des partisans, beaucoup de partisans. Si bien qu'à l'élection, Paul Bougon devient premier ministre. L'exercice du pouvoir permet au chef d'amasser plus d'argent qu'il ne pouvait espérer mais déchire rapidement la famille même si et peut-être justement parce qu'elle est impliquée dans le gouvernement. Papa Bougon devra faire des choix.

Votez Bougon est un reflet absolument troublant de la réalité. Comment les scénaristes François Avard, Jean-François Mercier et Louis Morissette ont-ils pu viser aussi juste? Ce qu'ils décrivaient, il y a quelques années, au moment d'élaborer ce scénario, c'est l'accession de Donald Trump au pouvoir, poussé par le vote des écoeurés du système qui ont perdu foi dans leurs politiciens. Des années avant que l'hypothèse ne soit même envisageable. Transposé au cinéma dans cette comédie loufoque, leur cynisme est certainement drôle mais il inquiète quand même un peu.

Cela dit, les trois amigos se sont payés une traite. Leurs héros sont probablement plus vulgaires encore que ce qu'on voyait à la télé, leurs comportements, tout aussi méprisables. Les dialogues du film sont truffés de blagues franchement drôles dans tous les tons de la vulgarité, de la dérision et du cynisme. On rit parfois pour ne pas pleurer mais aussi d'étonnement devant les excès des scénaristes. 

Cela dit, malgré l'indéniable similarité avec les épisodes de la série télé, le cinéma a des exigences que la télé ne connaît point. Pour un film de 90 minutes, il faut un arc dramatique beaucoup plus élaboré et on ne peut se contenter d'un concentré de cynisme, fut-il à forte dose. 

Ici, on nous offre en parallèle de la critique sociale et politique, une histoire familiale. Maman Bougon n'en peut plus de l'indifférence de son mari à son égard: elle se déniche un amant et quitte la famille. Pour donner une autre couche au scénario, il faut de l'émotion amenée par la reconnaissance par papa Bougon de l'intensité de son attachement aux siens. L'amour est-il plus fort que l'argent? Gagez que oui. 

C'est le côté faible de Votez Bougon. Les scénaristes ont évité d'être trop sirupeux, merci à l'interprétation de Rémy Girard, mais l'émotion vient quand même peser sur ce qu'il y a de plus réjouissant dans ce film: l'acidité du propos.

Côté interprétation, rien à redire. Tout le monde a retrouvé ses pantoufles et les personnages n'ont rien perdu de ce qu'on aime d'eux. Rémy Girard domine la distribution parce qu'il tient le rôle central du film et parce que son interprétation est solide comme le roc. Son Paul est cinglant, colérique et révolté comme il doit l'être. Il glisse pourtant avec beaucoup de finesse dans l'attendrissement qu'il évite de trop appuyer. Quel acteur.

Autour de lui, la caricature est toujours irréprochable, dix ans plus tard. Junior est peut-être un peu trop discret mais ce sont les scénaristes qu'il faudrait blâmer.

Un bon film, les Bougon? Dans l'absolu, non. Mais parce que la critique sociale et politique acerbe a quelque chose de jubilatoire, c'est à voir pour ceux qui en ont envie. Et pour ceux qui ont aimé la série télé, c'est incontournable. Ça fait rire d'assez bon coeur et en cette période des Fêtes, qui n'en a pas envie?

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