Daniel Bélanger: sculpter sa carrière musicale

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Daniel Bélanger

La Presse

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Kim Alarie
Kim Alarie
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) L'image est belle et démontre que Daniel Bélanger est un authentique. Comme on en rencontre peu. L'image en question, c'est celle d'une sculpture qu'il évoque pour illustrer son impressionnante carrière musicale.

«Je me demande ce qui manque à la sculpture et j'essaie de travailler sur un petit bout qui est moins développé.»

Chaque oeuvre permet ainsi de la peaufiner sans toutefois être un poids à traîner sur les chemins de la créativité.

Sa quête d'inspiration en fait un grand obsevateur du quotidien. «Si ça ne part pas de mon vécu, c'est moi qui pense les chansons et qui les réfléchis. C'est moi qui est habité par ces chansons-là. Ça part toujours de mes observations, qu'elles soient faites sur moi ou sur les autres.»

Il l'admet volontiers, l'inspiration c'est très large. «Une nouvelle guitare peut vous faire écrire quatre nouvelles chansons, comme ça, dans le même après-midi. Changer les cordes d'une guitare peut vous faire composer deux autres tounes. Tout est inspirant. Tout m'inspire. C'est le chaos total», lance-t-il sourire en coin. Avec le temps, il a su à apprivoiser cette source généreuse.

«Ça devient plus facile avec les années. Il faut par contre rester curieux pour alimenter notre banque de sujets, ce dont on veut parler. Il y en a auxquels on est plus sensibilisé que d'autres», raconte-t-il. S'il avoue être un très grand consommateur de musique, il admet aussi s'abreuver à d'autres sources artistiques. 

«L'art visuel. J'y connais rien, mais ça m'inspire encore plus que la musique des autres et j'en écoute énormément. Il faut seulement trouver ces points de ravitaillement. Je vais dans des musées. Je me rends souvent à New York, pas pour les restos, mais pour l'ambiance. Je chasse l'ambiance. Je suis un chasseur d'ambiance», admet-il

Avec le temps et les succès qui s'accumulent, le désir de créer ne s'affadit pas. Ça se sent au ton qu'il prend quand il parle de son processus de création.

«Mon langage le plus naturel c'est la musique, mieux que la parole. Je m'exprime de façon naturelle avec la musique. Sans inhibition. C'est après que j'essaie de traduire en mots ce que j'ai bien pu vouloir dire. C'est un jeu. Je m'amuse comme un fou à composer.» Ce plaisir est productif. Il avoue avoir beaucoup gagné en confiance au cours des années pour juger son propre matériel. «À la fin, quand j'arrive avec une dizaine de chansons, je me demande si, en continuant de travailler, je vais perdre les chansons ou les saturer. Est-ce qu'elles vont se corrompre? Est-ce que je vais perdre l'élan du début? De plus en plus, je reconnais que je suis à la fin de mon travail.»

Un travail qu'il fait beaucoup avec son instinct. «C'est pas rare qu'on essaie différents textes. Tout à coup un trouve un nouveau texte qui va mieux sur la musique et puis on essaie une nouvelle musique sur le nouveau texte. C'est des essais-erreurs. On essait des kits, comme on le ferait avec une poupée. Pour moi, c'est ça la créativité»

Lâcher prise

S'il adore jouer avec la musique et les mots, il admet qu'il y a un moment ou il faut lâcher prise. «En vieillissant, on est capable de se dire qu'on a tout fait sur ces chansons-là et que ce qu'on n'a pas fait avec celles-là, on le fera avec le prochain album.» À l'écouter parler, il est clair que Daniel Bélanger n'a pas fini de faire de la musique. «Je ne sais pas trop qui a dit ça mais je suis assez d'accord Si j'avais écrit ma chanson parfaite à moi, à mon goût à moi, peut-être que j'en écrirai plus. Je suis assez d'accord qu'on cherche la chanson parfaite et on ne la trouve pas, donc on refait des chansons.» Disons que c'est une saine quête de la perfection.

Vendredi, Daniel Bélanger sortait son dixième album Paloma.... (La Presse Andre Pichette) - image 3.0

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Vendredi, Daniel Bélanger sortait son dixième album Paloma.

La Presse Andre Pichette

Pop de nature

Après une petite incursion dans le rockabily avec Chic de ville, Paloma ramène une sonorité qui lui est propre. «Ce n'était pas voulu... mais chasser le naturel et il revient au galop», admet-il en éclatant un rire sincère. «Je n'ai pas l'impression de m'éloigner tant que ça quand je fais Chic de ville, par exemple, mais pour les gens qui m'ont rencontré il y a 25 ans, peut-être que ça les a désarçonnés un peu.»

Totalement assumé et très à l'aise avec les choix qu'il fait, les succès passés ne s'imposent pas comme un poids à traîner. «J'ai la chance de me libérer de tout ça et de ce qu'on attend de moi. J'aime faire de la musique pour créer un contact avec l'autre et c'est là que la pop me rejoint. C'est une belle conversation, une belle gang qui tripe ensemble sur la même chose. Je suis plutôt pop dans mon approche. Je ne le sens pas comme une pression.»

C'est en faisant entièrement confiance à son inspiration et à son flot intérieur qu'il a construit cet album. Une recette qui ne change pas même s'il ne cache pas avoir «absolument» besoin d'aide quand la fin se pointe le bout du nez. «J'ai beaucoup de plaisir à travailler seul. Je suis dans mon laboratoire et je suis bien dans mes bébelles. À la fin, j'ai absolument besoin d'aide. Dans ce cas-ci, je sentais que la grande majorité de mon matériel était viable et que c'était possible de conserver tout ce que j'avais. J'en discute avec Audiogram, mais aussi avec des amis. Jean-François Lemieux qui est un bassiste avec qui je joue depuis très longtemps. Je suis les conseils qu'il me donne.»

Ère de glace et Il y a tant à faire lancent l'album. Puis se glisse Métamorphose, résolument plus rock. «Pour moi, c'était la meilleure façon d'imager une crise, le hamster dans sa roulette. C'était ma manière de parler de cet état d'esprit-là.» Viendra aussi une pièce instrumentale. «J'ai toujours aimé faire des pièces instrumentales sur mes albums. C'est comme si ça rinçait le cerveau. C'est un espèce de trou normand. Après ça, j'ai pu commencer la fin de l'album. Pour moi, le début de la fin de l'album débute avec l'instrumental. Je l'ai senti comme ça.»

Chanter dans la langue de tous les jours

Quand Daniel Bélanger se fait dire que ses chansons vieillissent bien, on voit toute l'humilité de ce grand de la chanson francophone. 

«C'est pas voulu, mais c'est souhaité. Que mes chansons vivent encore, qu'elles bougent encore, que le coeur batte encore et qu'elles ne soient pas fixées dans une époque, pour moi, c'est inespéré. On rêve à ça.»

«Quand je chante une chanson, je me demande toujours si la manière que je le dis ça sonne vrai. J'essaie de garder un langage de tous les jours, un peu endimanché, mais de dire les choses comme on le dirait à quelqu'un d'autre sans partir à rire.»

L'authenticité, c'est ça le secret? «Je suis programmé comme ça, c'est plus fort que moi. C'est une approche qui est intégrée, mais après ça, est-ce que ça marche...»

Daniel Bélanger partira en tournée en 2017 avec Paloma. Il s'arrêtera à la salle J.-A.-Thompson le 6 mai et au Centre des arts de Shawinigan le 2 décembre.

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