Pays de Chloé Robichaud: le prix du bien commun* * *

Emily VanCamp s'avère touchante et surprenante dans son... (photo Séville)

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Emily VanCamp s'avère touchante et surprenante dans son rôle de médiatrice dans Pays.

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Le public est souvent prompt à blâmer les politiciens, à mettre au jour leurs compromissions, leurs faiblesses, leurs mensonges: c'est le légitime prix de la démocratie. Mais qui cherche à savoir quelle pression ils vivent, quels tourments? La cinéaste Chloé Robichaud l'a fait. À ceci près qu'elle a ciblé son regard sur des femmes en politique à travers trois personnages qui sont au centre de son film Pays qui prenait l'affiche vendredi au Tapis rouge.

La réalisatrice de Sarah préfère la course qui n'a toujours pas 30 ans a fait ses devoirs et livre un drame politique qui a l'accent de la vérité mais qui cède subtilement le pas à son intérêt pour les êtres humains qui la font.

Son Pays s'ouvre sur un groupe de politiciens qui se rendent sur un pays insulaire, Besco, où des officiels canadiens se rendent pour négocier avec leurs vis-à-vis les conditions d'implantation d'une compagnie minière. Les négociations impliquent notamment la présidente du petit pays (Macha Grenon), une toute jeune député canadienne, Félixe (Nathalie Doummar), et se font sous la supervision d'une médiatrice (Emily VanCamp, vue dans la télésérie américaine Vengeance).

Sans que ce soit grossièrement évident, on sent quand même que ce sont ces femmes qui sont le centre d'intérêt dans cette histoire. Elles sont déjà nombreuses autour de la table des discussions. On les voit évoluer tant bien que mal dans cette ronde de négociations typique où le mensonge et la mauvaise foi tiennent la même place que la vérité. Des intérêts plus ou moins obscurs tirent les ficelles pendant que les politiciens tentent de s'accrocher à leurs principes, pour ceux qui en ont, tout en demeurant fidèles à la volonté de leurs électeurs.

La première victime de cet exercice malsain, ce sont les principes, justement. Et la vie familiale des intervenants presque complètement évacuée.

Derrière sa description très bien documentée et crédible des discussions politiques, Chloé Robichaud finit toujours par s'intéresser aux humains et les coulisses prennent plus de places que les négociations officielles. On voit leurs vies personnelles être déchiquetées par leurs responsabilités professionnelles et leur culpabilité. La réalisatrice et scénariste traduit avec doigté leur drame sans insister lourdement. 

Le décor austère de cette île balayée par les vents et filmée sous les nuages - le film a été tourné à Terre-Neuve - revient constamment en contrepoint pour faire écho aux drames intérieurs des personnages. 

Le scénario de Pays n'est pas exempt de défauts, mais ses mérites réussissent à nous faire passer l'éponge. Chloé Robichaud a notamment le mérite considérable de proposer une réflexion importante sur la gestion des ressources minières et de l'environnement dans un petit pays soumis aux diktats d'un géant voisin.

Malgré son jeune âge, la réalisatrice doit être une sacrée directrice d'interprètes parce que son équipe est particulièrement solide. Elle a confié à Macha Grenon un rôle apparemment sur mesure pour elle. En femme de principe posée mais passionnée qui doit à tout moment lutter contre le dégoût que lui inspire les tractations dans lesquelles elle est impliquée, elle nous fait ressentir ce profond malaise décuplé par ses coupables préoccupations de mère d'une petite fille. On reconnaît la comédienne de la série télévisée Nouvelle adresse.

Emily VanCamp est plus surprenante et plus touchante également. La médiatrice qu'elle incarne est tout aussi torturée par son incapacité professionnelle à amener deux parties sur un terrain d'entente mais aussi, et surtout, par l'effondrement de sa vie familiale sapée par ses trop fréquentes et longues absences. Le jeu de la comédienne est d'un naturel étonnant et émouvant. L'interprétation de Nathalie Doummar est plus ambivalente, avec la tendance qu'elle a de donner un air un peu trop ahuri à sa jeune député.

Par ailleurs, le scénario de Chloé Robichaud manque un peu d'allant. Les choses stagnent à la moitié de son film et elle tarde à relancer l'action. La jeune cinéaste se montre aussi moins habile à mettre en scène une dramatique scène d'action en dénouement de son film, qu'à rendre compte des tourments de ses personnages.

Malgré tout, l'exercice est certainement intéressant et son film a le mérite d'offrir un regard trop rare sur la politique. Un regard honnête et sensible qui amène à une saine réflexion dont nous avons manifestement besoin.

* * *

Pays

Drame de Chloé Robichaud avec Emily VanCamp, Macha Brenon et Nathalie Doummar

Une jeune député remet en question ses idéaux en assistant à d'importantes négociations économiques.

Un film intelligent, rigoureux, offrant un regard trop rare sur la politique et celles qui la pratique.

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