Valérie Carpentier: comme un parcours de vie

Valérie Carpentier... (Malina Corpadean)

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Valérie Carpentier

Malina Corpadean

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) C'est avec une fierté qui s'entend dans les intonations de sa voix que Valérie Carpentier présente son second album, Pour Rosie, tout frais sorti des presses.

Dans le tourbillon du succès, des tournées de spectacles, dans le showbizz, en somme, la fille en apparence timide de Sainte-Anne-de-la-Pérade a cédé le pas à une jeune femme de 23 ans qui commence à assumer sa singularité et à l'aimer. Ça s'entend sur son album, le premier qui soit complètement sien. Le premier dont elle a écrit onze des treize chansons avec deux emprunts: Ciel de Carle Facal et Seb Ruban et On ne dit jamais assez aux gens qu'on aime qu'on les aime de Louis Chedid qui clôt l'album. Comme si, par pudeur, la jeune femme avait préféré laisser à un autre le soin de boucler son propos. Peut-être parce qu'elle n'avait pas envie de le clore, l'album, de mettre un terme au bonheur de créer.

«Écrire, c'est vraiment plus fort que moi, clame-t-elle. Au départ, on a pensé à faire un album de reprises mais je me suis aperçue que j'avais vraiment trop de choses à dire, des trucs que je ne pouvais pas garder en dedans. Ça m'a fait un bien immense de les exprimer.»

On peut comprendre: au cours des trois ou quatre dernières années, Valérie Carpentier a vécu ce dont elle a rêvé adolescente. Elle a connu le succès, vécu de sa musique, fait des spectacles, côtoyé des foules enthousiastes autant que de brillants musiciens. Elle est devenue, à bien des égards, un produit qui se vendait bien. Elle a savouré tout ça mais a eu besoin de prendre un peu de recul pour reprendre contact avec elle-même.

Un détour

«J'ai vécu une vie de rêve ces dernières années et, franchement, j'ai un peu vécu le syndrome de l'imposteur. C'est bizarre à dire mais il n'est pas forcément facile à accepter de vivre quelque chose d'aussi extraordinaire. Je me suis demandé ce que j'avais fait pour mériter ça. Je suis entrée dans cette vie-là à cent milles à l'heure et j'ai vécu un choc.»

Elle a aussi été confrontée aux aspects plus problématiques de ce monde très centré sur l'apparence. «Il faut faire de la promotion, être soucieux de son image. Je suis devenue un peu un produit. Je me suis quelque peu perdue là-dedans en cours de route mais j'ai fini par me retrouver. C'est ce que raconte cet album.»

«Je n'avais pas de ligne directrice dans l'écriture, juste un grand besoin d'écrire des chansons et c'est au moment de faire le tri et de déterminer l'ordre des chansons choisies que la ligne directrice est devenue super évidente.» 

La Rosie du titre et de la première chanson du disque, c'est son double, une fille désespérément superficielle qui se drape de Gucci, de Dior ou de Chanel mais qui s'ennuie néanmoins. Elle part de cette superficialité-là pour créer une courbe de prise de conscience à travers les chansons. «Je parle de solitude, de désillusion, d'abandon pour finalement me rendre compte que c'est dans l'amour sincère et réciproque de nos proches qu'on existe vraiment.»

Comme elle adore l'ironie, elle a joué le jeu à fond dans la conception visuelle de son album. On la retrouve vêtue de Gucci, dans un décor kitsch, un paon posé sur sa main. «Tant qu'à vendre du rêve, je trouvais ça drôle de se la jouer à fond en exagérant. Je me suis vraiment amusée à le faire.»

Cette ironie est bien là aussi dans les chansons. Dans MagazineEscarpins et ta robe préférée/Cocktails cigarettes nos mains sous la table/Soleil et palmier/La fillette malhabile s'est déguisée/Ses plumes de poète ses allures sans âge/Le nez bien poudré ou Rosie: Rosie sèche ses cours et fait partie d'une clique/Qui renonce à l'amour et fuit les flics/Rosie ne frissonne que pour le chic/Champagne, caviar, hôtels, ça tombe à pic.

Elle remet heureusement les pendules à l'heure avec les trois dernières chansons de l'opus: L.A., Paris, Berlin, Le large, jolie chanson d'amour assumée mais surtout On ne dit jamais assez aux gens qu'on aime qu'on les aime toute en pudique sincérité.

Deux chansons complètement en anglais se glisse dans l'album comme deux intruses qui se fondent tout naturellement au décor. «J'ai fait plusieurs voyages seule aux États-Unis où je continuais à écrire et tout naturellement, je l'ai fait en anglais. Je me suis aperçue que je suis moins pudique dans cette langue. Je n'ai pas le masque de la poésie comme en français. C'est plus l'expression directe de mes émotions, sans filtre. C'est encore plus impudique. Déjà que chaque chanson est inspirée par ma vie, par des émotions réellement vécues, ça devient très personnel.»

«Attention: ça ne veut pas dire que je ne me garde pas un petit jardin secret. J'ai quand même droit à mes petits mystères», rigole la jeune femme.

«Je suis 1000 fois plus fière de ça... (Malina Corpadean) - image 3.0

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«Je suis 1000 fois plus fière de ça que de n'importe quoi d'autre que j'ai pu faire dans ma vie», explique Valérie Carpentier.

Malina Corpadean

Tellement fière

Écrire son album le plus impudiquement personnel, tout juste dissimulé derrière la poésie de ses textes, est un risque que plusieurs artistes bien établis n'osent affronter. Valérie Carpentier a découvert pourquoi lors du lancement officiel de Pour Rosie, le lundi 14 novembre.

«Je voulais mourir, lundi, se remémore-t-elle. Pourtant, j'en ai fait des shows au cours des dernières années, mais là, c'est comme si j'allais trop dévoiler de choses personnelles et je capotais, littéralement. Je me suis rendue compte pour la première fois à quel point c'est un album intime et au moment de monter sur scène, c'est comme si je m'en allais au bûcher! Les réactions à cet album-là, je les prends personnel pour vrai!»

Évidemment, l'accueil a été plus que chaleureux. «On ne peut savoir comment le grand public va réagir, mais je suis profondément satisfaite de ce que j'ai fait. Aujourd'hui, je suis satisfaite, j'ai le sentiment intime que j'ai fait mon travail au meilleur de mes capacités et c'est une très belle sensation.» 

Si l'album est le sien, complètement, Jean Massicotte, qui l'a réalisé a une très grande part du mérite. «C'est lui qui a donné la vibe, le son de l'album. J'avais une bonne idée des ambiances que je voulais mais c'était toujours inspiré de souvenirs des voyages que j'ai faits au cours de la dernière année. Je lui disais que je voulais un coucher de soleil ou le Grand Canyon et lui, je ne sais pas comment il faisait, mais il me donnait une musique meilleure que ce que j'avais en tête.» 

«C'est tellement incroyable, ce qu'il a fait. Tu sais, moi, j'aime autant Joe Dassin que Dalida ou Rihanna ou Drake et il a trouvé le moyen d'être parfaitement fidèle à mes goûts. Je suis vraiment super contente. En fait, je suis extrêmement fière de tout l'album. Je suis 1000 fois plus fière de ça que de n'importe quoi d'autre que j'ai pu faire dans ma vie.» 

La chanteuse a retrouvé au lancement le groupe des musiciens qui l'ont accompagnée dans la tournée de son premier spectacle dont le pianiste trifluvien Guillaume Marchand. «C'était extraordinaire de chanter de nouveau avec eux. En plus, on a ajouté une autre fille au groupe, une super musicienne, Amélie Mandeville et c'était vraiment trippant. C'est tellement le fun de chanter! J'ai hâte de reprendre la route pour la tournée de ce spectacle.»

Aucune date n'est encore fixée mais ça devrait se mettre en branle vraisemblablement au printemps 2017.

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