Sincérité, rigueur et... Aznavour

Si elle n'a pas choisi la voie qui... (Stéphane Lessard)

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Si elle n'a pas choisi la voie qui mène le plus rapidement à la notoriété, Fabiola Toupin s'est néanmoins bâtie une carrière riche dont elle savoure chaque instant.

Stéphane Lessard

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Sur la pochette de son nouvel album La Bohème. Fabiola chante Aznavour qui sortira officiellement le 16 novembre, Fabiola Toupin semble attablée dans un café parisien dans une pose dont l'élégance surannée rappelle l'après-guerre.

Le croire est mal connaître la chanteuse trifluvienne: la photo a été prise au café Morgane de la rue Royale. L'élégance n'est pas celle d'après-guerre, juste celle, intemporelle, que certains portent naturellement en eux. L'illusion est réussie et fait superbement le pont entre deux continents et entre différentes époques. 

D'où vient donc à Fabiola cette audacieuse envie de s'attaquer au répertoire d'un des plus grands monuments de la chanson française? «D'abord, précise-t-elle, tu ne t'attaques pas au répertoire d'Aznavour: tu l'abordes sous un angle particulier. Personne ne pourra jamais interpréter mieux ou seulement aussi bien que lui ses chansons. Artistiquement, je ne crois pas à une échelle de valeur verticale; l'échelle ne peut être qu'horizontale. Chacun se positionne à des points différents à l'horizon et c'est au public de choisir où il a envie de poser son regard sur cet horizon-là.»

«Moi, je ne peux faire autre chose que ce que je suis, poursuit-elle avec la sincérité et la rigueur qui régissent son éloquence. Je me fie à mon fil émotif: j'aime la chanson, elle m'habite, les propos me touchent? Je n'ai pas besoin de plus pour me donner envie de livrer une chanson au public. J'ai aussi besoin de me lancer dans une sphère qui peut toucher un vaste public et Aznavour est évidemment une valeur très sûre. Évidemment, tu t'exposes au jugement de ceux et celles qui l'adorent et ils sont excessivement nombreux, mais ça, c'est le métier.» 

L'hommage enregistré compte treize titres parmi les plus connus du grand maître. «J'en voulais moins, j'en ai enregistrés plus et finalement, je les ai toutes gardées! Après, sont venus d'autres considérations: on voulait établir un bon rapport entre les ballades et les chansons plus rythmées. On voulait aussi présenter au moins une surprise.»

La surprise est de taille. Entre La Bohème, Il faut savoir, La mamma ou Les plaisirs démodés, on trouve Les filles des Trois-Rivières, une chanson bien peu connue qu'Aznavour et Pierre Roche ont composée à l'époque où ils travaillaient au Québec. Et, à l'occasion, dans une petite ville du nom de Trois-Rivières dont ils ont conservé le souvenir de ses jolies filles, apparemment. «À l'époque (1951), la chanson a été chantée par Monique Leyrac, raconte Fabiola. Au moment où je l'ai découverte, je n'en revenais tout simplement pas. Quand tu tombes sur une chanson comme ça alors que tu cries sur tous les toits que tu viens de Trois-Rivières, tu ne peux pas ne pas chanter Les filles de Trois-Rivières! En plus, j'adore la chanter et en spectacle, c'est un moment carrément délicieux.»

Respect

«Il n'y a pas de secret chez Aznavour, poursuit Fabiola, intarissable, c'est cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage. Il est un pur artisan de la chanson. Les siennes sont ciselées, chaque mot occupant parfaitement sa place propre. Chez lui, la langue est un outil d'une précision fabuleuse.»

«Je suis aussi très sensible à son point de vue, au réalisme de son émotion. Chacune de ses chansons est comme un petit film. Prends Comme ils disent: c'est toute l'histoire intime d'un travesti dont le propos, en plus, est terriblement d'actualité. Comme interprète, j'arrive à me verser dans chacune des chansons parce qu'elles sont toutes si parfaitement écrites et le mariage avec la musique est tellement juste et précis qu'on n'a qu'à se laisser porter par l'émotion.»

«Et comme c'est un répertoire qui me sied bien, je peux, en toute humilité, bien l'interpréter. Mais, et ça c'est essentiel, toujours à ma manière à moi.»

«La performance qu'on offre en spectacles est éphémère mais l'émotion que véhiculent les grandes chansons, elle, elle reste longtemps après que les lumières se sont éteintes. Les oeuvres d'Aznavour sont nourries de ces grandes émotions-là: l'amour, ses blessures, sa grandeur et le tout, avec une classe et une dignité exceptionnelles. Les albums servent à conserver cette émotion et d'ailleurs, les miens se vendent essentiellement à la fin des représentations de mes spectacles. En plus, je suis chanceuse: j'ai un public qui achète encore des CD.»

Ne faut-il donc pas un mégadose de confiance ne soi pour oser aborder un si prestigieux répertoire? «En vieillissant, répond la chanteuse, j'ai appris que la confiance en soi, c'est la capacité à se brancher à son plaisir sans culpabilité. Aller là où ton coeur te porte. C'est ce que je fais avec l'album aussi bien que dans le spectacle consacré à Aznavour.» 

Le lancement de l'album se fera au foyer de la salle Thompson et tout le public y est invité: il suffit de réserver sa place en allant sur le site de la chanteuse. Par ailleurs, une date clignote déjà dans son téléphone intelligent: le 23 février, soir de la représentation trifluvienne de son spectacle Aznavour à la salle Thompson.  

Les albums seront disponibles à la Librairie Poirier dès le 16 novembre ainsi que chez Lebrun en ville alors que la version numérique sera disponible par via le site de la chanteuse au fabiolatoupin.com.

Petit chemin va loin

Il y a toutes sortes de carrières possibles pour une interprète dans la chanson populaire. Il y a, par exemple, l'autoroute de l'hyper visibilité qu'offrent certaines émissions de télé mais aussi les petites routes secondaires plus tortueuses mais pleines du charme et du plaisir qui échappent aux voies rapides.

La carrière de Fabiola Toupin suit ces chemins sinueux dont l'interprète savoure chaque détour. Elle arrive aujourd'hui avec un quatrième album en carrière, présente entre 60 et 70 spectacles par année et vit de sa musique complètement à l'abri de la surexposition. Elle gagne simplement sa vie à faire ce qu'elle aime passionnément tout en se consacrant à ses garçons de 3 ans et demi et 5 ans et en destinant deux mois de son année à sa cabane à sucre de Saint-Paulin.

«Je suis extrêmement chanceuse d'être très bien entourée. J'ai un bon producteur, Jean-Claude Labrosse, qui est avec moi pour le long terme et me permet de présenter des spectacles un peu partout au Québec, dans de grandes salles comme dans des plus petites et ça me convient parfaitement. Je tire très bien mon épingle du jeu dans une industrie qui n'est certainement pas facile ces années-ci.»

On peut parler de chance mais c'est oublier qu'elle a fait, dès le départ, des choix qui se sont avérés judicieux. Rester en région, d'abord, parce qu'elle y était heureuse et que l'exil à Montréal ne lui a pas plu. Par ailleurs, elle s'est toujours impliquée dans sa communauté, fidèle, en cela, à sa nature. «Les gens me voient dans un événement pour une cause que je défends et me proposent des choses pour un autre organisme ou un événement familial. Je chante lors de mariages, de funérailles, de fêtes de famille et ça peut sembler étrange mais non seulement je ne renie rien mais j'adore ça! Quand on rentre dans l'intimité des familles, on est en contact étroit avec les gens et ça crée des grands moments d'émotion.»

Le contexte actuel de l'industrie condamne les artistes à innover, à chercher des façons inédites d'atteindre le public. «J'ai toutes sortes de spectacles que je suis en mesure de présenter: des spectacles hommages à Piaf, Brel, Aznavour, à la chanson québécoise, des chansons à la carte avec Gilles Hamelin au piano, un autre avec un quatuor à cordes, les Bebeat, etc.» 

Elle aurait pu ajouter ce spectacle de Noël à saveur mauricienne intitulé Noël parle-moi monté par Patricia Powers qui sera présenté le 7 décembre prochain au foyer de la salle J.-A.-Thompson et dont elle fera partie avec Monique Fauteux, Sylvie Tremblay, Trop Loin d'Irlande, le comédien Martin Larocque, la chorale Coeurs amis et Daniel Brouillette. 

«La grande différence avec une carrière comme la mienne, ajoute-t-elle, c'est que je m'auto-tout! Je m'auto-produis, je fais la promotion, du travail administratif, j'assure la production des albums, etc. Ça fait que je n'ai de compte à rendre à personne, je n'ai pas à me plier aux orientations d'une maison de disque ou d'une agence. Ça oblige ma petite équipe à faire toutes sortes de choses mais ça nous garantit la liberté de faire ce que nous voulons.»

Et ce qu'elle veut passe par les mots. Elle dira, au cours de l'entrevue, qu'elle se sent presque davantage comme une communicatrice que comme une pure chanteuse. «J'ai besoin de sentir que j'entre en contact avec les gens et qu'ils me comprennent. D'où mon amour pour la langue française d'abord et avant tout. Je ne renie pas l'anglais, loin de là, mais ce n'est pas mon premier amour. Pour certains musiciens, l'ultime, c'est de partager le rythme, le groove. Moi, ce sont les mots. C'est sans doute pourquoi je parle de plus en plus durant mes spectacles. Et comme par hasard, je m'amuse aussi de plus en plus.»

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