Samian: pixéliser des parcelles d'humanité

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Samian

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Kim Alarie
Kim Alarie
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) L'entretien téléphonique n'était vieux que de quelques minutes que déjà c'était limpide. Samian est un être d'exception. L'exception à une règle qui pousse à aller dans le sens du courant et à faire des compromis. Samian, lui, vient en un bloc, avec ses valeurs et ses convictions. À apprécier ou à ignorer. Libre à chacun.

Le rappeur, qu'on distingue entre autres par ses origines autochtones et ses propos revendicateurs, se laisse porter par son instinct. C'est le seul courant qu'il suit. En attisant sa curiosité, il s'est retrouvé un appareil photo à la main à voir le monde à travers sa lentille. 

«La photographie est extrêmement liée à la poésie. Il y a 22 ou 23 ans que je fais de la poésie et j'ai découvert qu'avec la photo on peut dire plus de choses qu'avec la poésie.»

Après sa chanson Enfant de la Terre, son exposition de photographies du même nom permet de plonger, sans mot, dans un regard compatissant sur le monde. «C'est l'humain qui est mis en avant-plan. Beaucoup de monde pensait que c'était une exposition sur les enfants. Mais il n'y a pas de «s» à enfant. On l'est tous. Moi, je me définis comme ça. C'est un portrait de l'humain dans toutes ses différences et on réalise qu'on a tellement en commun.»

Pour l'artiste autodidacte, le premier contact avec la photographie s'est fait à un très jeune âge. «Quand j'étais enfant, je suis tombé sur une vieille boîte de chaussures remplie de photos en noir et blanc appartenant à mon père. Il était parti dans l'Ouest canadien à ma naissance avec un appareil à film.

Il avait rempli la boîte de photos de paysages.» Marqué par ces images d'une beauté grandiose, le jeune garçon n'a pas eu le déclic tout de suite. Cette passion a été longtemps en dormance avant que Samian mette ce médium au service de sa création. 

«J'ai acheté mon premier appareil et je suis parti en voyage. Au fil des années, j'ai développé mes propres techniques qui ne sont pas très conformes», convient-il. « C'est le résultat qui compte et pas le chemin qu'on prend.»

Ces premières armes, il les a faites lors d'un voyage en Amérique du Sud. «Tout a commencé au Nicaragua. Cette carrière-là je l'ai complètement remise entre les mains de Dieu. J'y ai fait la photo d'un petit garçon de dos et ça m'a tellement parlé. Il y avait tellement de textes dans ma tête et j'ai su que je venais de toucher à quelque chose de sensible chez moi.»

Inspiré par les photos de Sebastião Salgado, d'Henri Cartier-Bresson et d'Edward Curtis, Samian a fait le choix du noir et blanc et d'une image avec un traitement rustique. «J'aime beaucoup la photo à l'état brut. Je ne suis pas un photographe de Photoshop. Je ne retouche pas mes photos. Je mets du contraste et du grain. Je trouve que le sujet ressort très bien. C'est aussi complexe que le travail en couleur», mentionne celui qui ne sort jamais sans son appareil photo.

Son style, il le développe, il le peaufine, mais il le fait à sa manière. «Je n'aime pas aller dans le même sens que tout le monde non plus. J'aime faire les choses différemment.»

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Samian s'est fixé comme objectif de faire le tour du monde.

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Découvrir le monde, un cliché à la fois

«La planète est à découvrir et mon but est de faire le tour du monde.» 

Samian a un grand terrain de jeu. Et ce terrain est des plus fertiles pour l'artiste multidisciplinaire. «Il y a des places qui sont plus frappantes que d'autres. En Égypte par exemple, tu sors de ce pays-là un peu bouleversé et un peu choqué. La situation de la femme est extrêmement difficile. Il y a la Nouvelle-Calédonie et le Costa Rica qui sont de véritables paradis terrestres.» 

Il parle de ces destinations avec intérêt, mais avec un ton laissant sentir un certain détachement. «Les plus grands voyages se font surtout à l'intérieur de soi. Pour moi, c'est pas tant où je vais, mais le rapport humain qui importe et ça, c'est universel.»

Loin des sentiers battus, il nourrit sa lentille d'humanité, et son vécu, d'expériences extraordinaires. Il raconte cette fois, dans le désert marocain, où il a partagé un repas avec une dame du peuple berbère sans dire un mot, puisqu'ils n'en avaient aucun en commun. Elle lui a offert l'un des magnifiques portraits de cette exposition. 

«Ce qui est intéressant de la photographie, contrairement à la poésie ou au rap francophone, c'est qu'il n'y a plus de barrière de langues. J'aimerais beaucoup amener Enfant de la Terre à l'international. Je pense que la photographie peut voyager d'une autre façon que la poésie», lance l'homme qui travaille déjà sur une nouvelle exposition qui verra le jour en 2018. Cette fois, il aura comme sujet les peuples des premières nations d'Amérique du Sud.

Il a déjà plusieurs centaines d'images qui s'accumulent en prévision d'une sélection qui ne retiendra que les meilleures. «C'est déchirant de faire le tri. Pour Enfant de la Terre, on a sélectionné 36 photos et on est parti de 400.» 

L'exposition sera présentée jusqu'au 15 janvier au Foyer du Centre des arts de Shawinigan. 

«À la sueur de mon front»

Après une douzaine d'années à faire voyager son rap, il a choisi au cours des derniers mois de se détacher de l'univers musical. «J'ai encore envie de faire de la musique, mais je veux bien choisir mon entourage. Il faut être vrai, intègre. Il ne faut pas vendre son âme à l'industrie.»

Samian est très clair. Il n'a pas fait une croix sur la musique, au contraire. Il veut prendre du recul et faire les choses différemment en tout respect de ses valeurs. «C'est l'industrie de la musique que j'ai décidé de quitter. Ça ne m'empêche pas de créer un disque en ce moment et il sortira en temps et lieu. Je suis très comblé et épanoui dans ce que je fais.»

«J'ai gagné ma vie à la sueur de mon front. Littéralement. Je n'ai pas gagné ma vie à travers l'industrie de la musique, au contraire.» 

Il a même déjà élaboré des plans pour la sortie de son prochain opus. «Probablement que mon 4e album sera gratuit. Ce n'est pas tout le monde qui a les moyens de s'acheter de la musique. Lors d'un concert, un gars m'a fait buzzer. Il a chanté les paroles de A à Z, du début à la fin. Quand je suis allé à la rencontre du public après le show, il m'a confié ne pas être apte à travailler. Il n'avait pas les moyens de s'acheter de la musique, mais il m'a dit: 'J'ai pris toutes mes économies pour venir voir ton spectacle'», raconte le rappeur. «C'est ça le plaisir de faire de la musique, c'est de rendre cet album-là live

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