Jérôme Couture poussé par une passion dévorante

Jérôme Couture... (Sylvain Mayer)

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Jérôme Couture

Sylvain Mayer

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) À ceux qui vous diront qu'être finaliste à l'émission La voix ne change pas une vie, parlez-leur de Jérôme Couture. En cette période qui suit la sortie de son second album, la sienne est devenue un maelström aussi fou qu'étourdissant dont il s'accommode pourtant avec grâce.

Quand il a rencontré le Nouvelliste en ce vendredi après-midi, l'auteur, compositeur et interprète a d'abord tenu à s'informer du temps prévu. Non pas qu'il n'en avait pas envie, mais comme il se devait d'être à Beloeil en fin d'après-midi pour faire le test de son du spectacle qu'il y offrait en soirée, il voulait s'assurer que nous aurions le temps suffisant. Cette journée-là, il avait participé à l'enregistrement d'une émission de radio nationale à l'heure du midi et avait fait quelques entrevues dans différentes stations trifluviennes depuis tôt le matin. Auparavant dans la semaine, au lendemain de la soirée de lancement montréalais de son nouvel album, il a donné vingt-sept entrevues à différents médias.

Le jeune homme ne se formalise même pas de cet emploi du temps complètement dingue. «C'est loin d'être un supplice: j'ai toujours aimé donner des entrevues même si je suis un gars timide. Il y a une demande: je ne vais certainement pas m'en plaindre! J'ai toujours été très exigeant envers moi-même et je suis un gars très discipliné alors j'arrive à suivre le rythme sans problème.»

Timide? Peut-être, mais il le cache à la perfection. Le chanteur prend même les devants et se dévoile sans apparents faux-fuyants avec aplomb et une éloquence pas si fréquente parmi les artistes de scène. «C'est particulier: à l'école, je ne parlais pratiquement pas. Et quand il y avait un exposé oral, alors là, j'arrivais en avant et c'est comme si j'explosais. Je devenais presque quelqu'un d'autre, en prenant le contrôle de la situation.»

«Aujourd'hui, j'ai mon truc: quand je rencontre des fans, je prends toujours les devants en allant leur serrer la main et de cette façon, je suis à l'aise pour jaser avec eux. C'est important: tu ne peux pas refuser de parler à des gens qui t'aiment simplement parce que tu es timide.»

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La bulle d'écrire

La bulle dans laquelle il s'enferme, c'est dans les moments d'écriture qu'elle se referme sur lui dans un processus qui s'apparente presque à un dédoublement de personnalité. Gagner sa place, son album, il l'a écrit pendant la tournée qui a suivi le lancement de son prier disque, en 2012. «La vie de tournée, c'est particulier: tu chantes devant des centaines de personnes mais tu finis toujours par te retrouver seul dans ta chambre d'hôtel. J'ai atténué ce choc en écrivant. Ça tombe bien parce que j'écris mieux en étant isolé. Je retombe alors dans un état particulier d'innocence et de simple passion: c'est l'amour de la musique.»

Certains artistes sont très jeunes catapultés dans la popularité à défaut de parler de gloire. Lui, ça lui est arrivé à la fin de la vingtaine. Quelques années supplémentaires lui ont probablement permis un recul salvateur. «Je suis conscient qu'il faut être fait fort pour vivre sainement et heureux dans ce métier. Il est primordial de relativiser ce qu'on vit. Un soir le public t'applaudit à tout rompre mais ça se peut bien qu'il t'ignore complètement quelques mois plus tard. J'ai compris que les applaudissements ne sont pas une mesure de l'homme que je suis mais une appréciation de la musique que je leur présente. Si à un moment donné, les gens cessent d'aimer ma musique, ça n'enlèvera rien à ma valeur en tant qu'individu.»

L'illusion est décuplé par un mystérieux effet de la télévision, peut-être la  plus trompeuse des lunettes. «Il y a une profonde distorsion provoquée par la télé, commente Jérôme Couture chez qui le succès a manifestement suscité une réflexion. Que tu le veuilles ou non, quand tu passes au petit écran, tu entres inconsciemment dans la vie des gens. À travers La Voix, les gens s'attachent aux participants comme s'ils avaient un lien intime avec eux.»

«Je me souviens, tout juste après La Voix, d'une femme que je ne connaissais pas qui, en me voyant dans un endroit public, m'avait littéralement sauté dans les bras en pleurant. C'était beau, bien sûr mais quand même surréaliste.»

Jérôme Couture a bien saisi une évidence qui semble pourtant échapper à certains: «Le but, dit-il, ce n'est pas d'être connu, mais bien de chanter.»

Preuve qu'il n'a pas perdu pied, il demeure un indéfectible défenseur du travail acharné et de la discipline, des vertus, comme la modestie dont il est difficile d'entendre la voix sous les cris d'amour des fans. «Je suis très conscient que pour moi, la passion est bien plus grande que le talent. Est-ce que je suis un bon chanteur? Pas tant que ça. Je me débrouille et je travaille fort Ce qui m'arrive aujourd'hui, je le dois à mon travail. J'ai vu tellement de musiciens bien plus talentueux que moi qui n'ont pas eu de succès. Je pense seulement à mon frère, un super musicien qui a toujours eu une facilité avec la musique que je n'aurai jamais, mais lui ne fait pas carrière.»

«L'avantage que moi j'ai, par contre, c'est que j'aime tellement la musique que je ne m'en lasse jamais.»

Être bon tout le temps

«Je me suis beaucoup plus impliqué cette fois que pour le premier album», dit Jérôme Couture pour identifier ce qui différencie Gagner sa place de son premier opus. «Je savais de quoi je voulais parler, comment le faire et je devais m'assurer que ça demeure clair jusque sur l'album.» 

Le musicien a sans doute aussi gagné en assurance si bien que pour les paroles de ses chansons, même s'il a fait appel à des paroliers pour l'épauler, il est demeuré maître du processus. «J'avais de bons filons, je le sentais. J'ai eu besoin de Marc (Dupré, son mentor et ami) pour me mettre au défi, m'amener un peu plus loin. Si bien que même si la musique me vient plus facilement, que j'ai toujours dès le départ une idée très claire des arrangements musicaux de mes chansons, je peux assumer aussi bien chaque parole que chaque note de cet album. Il n'était pas question que je laisse les paroliers partir avec un thème pour écrire les textes. Ça a toujours été une partie de ping-pong où on se relançait constamment jusqu'à ce que je sois complètement satisfait.»

À 32 ans, Jérôme Couture est encore jeune, mais assez vieux pour savoir ce qu'il veut et ne veut plus. Il assume ses envies, ses goûts, sa personnalité. «J'ai compris qu'il me fallait arrêter de m'en faire pour un tas de choses que je ne contrôle pas et qui ne sont pas si importantes en bout de ligne. Dans la vie, moi, je choisis le bonheur et l'album en témoigne. Je ne dis pas que les choses sont toujours faciles, pas du tout, mais c'est là une raison de plus pour profiter au maximum du bonheur qui passe.»

Ce bonheur, son bonheur, il passe par la musique mais aussi par les gens qu'il aime. C'est pourquoi Gagner sa place parle de sa vie de couple (My Sweetest Thing) mais également d'autres personnes importantes dans sa vie: ses deux filleules, dans Entre nous. «Elles sont super importantes pour moi et j'ai eu moins de temps à partager avec elles ces derniers mois alors, je tenais à parler d'elles parce qu'elles comptent beaucoup à mes yeux et que c'est un album plus personnel.»

Par ailleurs, le créateur est forcément conscient du poids qui pèse présentement sur une industrie en profond bouleversement. «La business est plus difficile, c'est certain, mais c'est particulièrement vrai pour ceux qui n'ont pas une grosse équipe autour d'eux. Moi, je suis privilégié d'avoir des gens comme Marc Dupré et plusieurs autres qui m'accompagnent. Par contre, j'ai foi en la musique et je me dis qu'il y a des adaptations qui vont se faire pour qu'elle soit diffusée de façon plus équitable et profitable pour tous.»

«J'ai l'impression que les albums sont en train de redevenir ce qu'ils étaient à l'origine: quelque chose qui nous accompagne au quotidien et qui nous fait patienter jusqu'au prochain spectacle de notre artiste préféré. Dans mon cas, le vrai produit, celui où on peut le mieux me retrouver, c'est la scène. C'est là où je m'exprime le mieux. Et dans une industrie où il y a tant d'artistes super talentueux, la seule façon de s'en sortir, c'est de travailler toujours plus fort et être bon tout le temps. Tu ne peux pas te permettre le luxe d'être simplement ordinaire pour un soir ou pour un album. Tu dois être toujours à ton meilleur.»

«La seule certitude qu'on a par rapport à l'industrie de la musique présentement, c'est qu'il n'y en a pas, de certitude. Par contre, je crois qu'on peut encore vendre des albums. On n'a qu'à regarder ce qui s'est passé avec 2Frères: ils sont restés eux-même et le public a suivi. C'est vrai aussi pour Fred Pellerin. Je trouve ça magnifique ce qu'il fait. Il a conservé son originalité, sa personnalité et le public a été au rendez-vous.»

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