Paul Daraîche: autant d'histoires que de chansons

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Paul Daraîche

La Presse

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Personne ne pourra reprocher à Paul Daraîche de ne pas savourer son immense succès des dernières années. Il en apprécie chaque seconde et l'entretient en offrant aujourd'hui à ses nombreux fans Le Rédempteur, un bouquin qui relate la création de douze de ses plus grandes chansons. Mais comme ses oeuvres sont faites de sincérité et d'un tissu qu'on appelle la vie, ce sont autant de chapitres de son existence tumultueuse et parfois rocambolesque qui sont racontés.

Il y décrit son père comme un Fred Pellerin de son époque à cause de ses talents de conteur qui attiraient tout le voisinage de sa Gaspésie natale dans la maison familiale par les beaux soirs. Fiston Paul a hérité de ce don que, lui, nourrit de faits vécus contrairement à son père qui inventait tout. La vie de cet auteur, compositeur et interprète est moins un roman qu'un florilège d'anecdotes aussi savoureuses qu'invraisemblables.

Le bouquin a beau regorger de ces petites histoires, l'auteur affirme en riant qu'il n'a pas raconté la moitié de ses meilleures histoires. «Les autres, elles sont bonnes mais pas racontables!» Dieu sait pourquoi, on le croit.

Paul Daraîche a soixante-neuf ans mais l'enfance qu'il raconte semble sortie du XIXe siècle. 

«L'hiver, on allait à l'école en traîneau à chiens. À l'école de Saint-François-de-Pabos, à côté de Chandler, il y avait deux grandes pièces: une salle de classe qui réunissait les enfants de la première à la sixième année et l'autre qui servait pour le repos des chiens.»

«On était neuf enfants à la maison. En hiver, en fin de soirée, mon père «tuait» le poêle, c'est-à-dire qu'il l'arrosait pour l'éteindre. La maison, tout en bois très sec, aurait facilement pu prendre en feu. Au matin, il faisait tellement froid qu'on pouvait voir les clous sortis du plafond enrobés de glace. À trois dans les lits, avec trois, quatre couvertures, on ne sentait pas le froid. On n'avait pas l'eau courante alors, à 4 h, mon père se levait et cassait la glace sur l'eau du seau pour se laver le visage.»

«On était super pauvres, mais on ne manquait de rien. Aujourd'hui, les gens ont tout mais ils ne sont jamais satisfaits.»

Il conserve de cette époque d'extrême dénuement un souvenir heureux et encore ému. Pourtant, la famille a déménagé à Montréal pour que le paternel puisse trouver un emploi stable alors que Paul, le petit dernier, avait une dizaine d'années. Il se souvient de son excitation en découvrant la ville à sa descente du train à la gare centrale: «Je n'avais même jamais vu un deuxième étage sur une maison et une des premières choses que j'ai eu dans la face, c'était l'édifice de la Sun Life avec ses vingt-quatre étages! Je n'en revenais pas! On a connu plus de confort dans nos appartements de Montréal par rapport à ce qu'on avait en Gaspésie mais ce n'était pas forcément mieux.»

Ni pire, cela dit. Les anecdotes urbains sont d'une autre teneur, aigre-douce, mais c'est là que la musique et Paul ont fait connaissance. Il raconte en riant sa première tournée avec un groupe. Pourtant.... «J'avais dix-sept ans. On est parti en Abitibi parce qu'on nous avait dit qu'on pourrait jouer à un endroit: ce qu'on savait pas, c'est que c'était une ferme au fond d'un rang! Il fallait faire l'ouvrage sur la ferme pour payer notre loyer. Une chance, on a rencontré le propriétaire d'une salle de danse du coin et il nous a engagés. On s'appelait Les loups blancs. On est resté là pendant un an à animer les soirées de danse de la fin de semaine et on pouvait répéter et apprendre notre musique le reste du temps.»

La musique

Les anecdotes les plus savoureuses du bouquin concernent les années après la dissolution des Loups blancs, alors qu'il jouait dans une multitude de petits bars où la violence, l'intimidation et le crime organisé régnaient. «Je ne sais pas combien de fois j'ai dû sortir par une porte d'en arrière parce que la bagarre avait pogné, raconte-t-il en entrevue. À certains endroits, c'était pas long que les revolvers sortaient.» Il en rit volontiers aujourd'hui mais quand on insiste, il avoue que parfois, il a eu peur pour sa vie. «Quand ça tire dans la salle et que tu es sur le stage, tu sors, c'est pas trop long.»

«Moi, je savais instinctivement reconnaître qui était dangereux et je m'arrangeais toujours pour être ami avec eux. Comme on dit: garde tes amis proches et tes ennemis plus proches encore! C'était ma façon de me protéger. Le plus dangereux pour nous, les musiciens, ce n'était pas les chefs de gangs mais leurs blondes. Elles trippaient sur les musiciens et nous faisaient volontiers de l'oeil mais si leur chum l'apprenait, ils pouvaient aussi bien nous «passer». J'ai appris à les reconnaître elles aussi, mais elles, je les évitais.»

Le musicien a ratissé le territoire québécois dans ses plus lointains retranchements mais dans sa boîte d'anecdotes, Trois-Rivières tient une place de choix. Le Trois-Rivières des années cinquante et soixante était certes festif, mais violent et sérieusement gangrené par le crime organisé. «On a joué souvent au Club des Forges, juste en face du Rio. J'étais ben chum avec Roméo Pérusse qui était tout un homme. Il était maître de cérémonie au Rio. Souvent, pendant nos soirées, je suis allé le chercher en face pour qu'il viennent sortir des malcommodes dans notre salle parce que ça brassait trop. Il sortait les malcommodes à coups de pied dans le cul c'était pas trop long. Je l'ai vu, à Montréal, interrompre son spectacle d'humoriste pour sacrer un gars dehors juste avant de revenir au micro comme si de rien n'était. À Trois-Rivières, Roméo, c'était le bon gars à avoir comme ami!»

Paul Daraîche savoure le succès grâce à ses... (François Gervais) - image 2.0

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Paul Daraîche savoure le succès grâce à ses deux derniers albums et maintenant, son livre.

François Gervais

Un film qui finit bien

Si la vie de Paul Daraîche est un véritable roman, sa seule carrière constituerait une fantastique matière première pour un film. Un film de Disney, un qui finit bien. 

Le chanteur country a commencé à chanter vers l'âge de treize ans dans des bars, topless notamment, de Montréal. En plus de cinquante ans de carrière «officielle», il a exploré la province en entier écumant les plus minables tripots, les plus invraisemblables salles de spectacle comme les plus prestigieuses.

Le plus clair de cette carrière s'est déroulée dans le circuit parallèle des festivals et autres événements country qui pullulent dans la province à l'insu de la grande majorité des gens. Il y a plus de 150 événements et festivals qui rassemblent, de fin de semaine en fin de semaine, un public insatiable de musique country. «C'est un monde parallèle, dit Daraîche, star des stars dans ce monde méconnu. Les médias n'en parlent pas mais ça attire beaucoup de monde. On présente des spectacles et on vend nos albums et produits dérivés sur place. Avec ma soeur Julie, j'ai fait ça pendant des décennies et on en a très bien vécu.»

Les Daraîche ont vendu pas loin de deux millions d'albums au cours de plus de cinquante années. En à-côté, le talent de Paul, très reconnu dans le milieu, lui a valu de beaucoup écrire pour d'autres artistes, pop comme country. Cela, tout en agissant comme réalisateur pour beaucoup d'albums en plus de poursuivre sa carrière solo sur des scènes moins anonymes, dans des spectacles collectifs, notamment. 

Ces jours-ci encore, on le retrouve parmi un florilège d'artistes québécois qui rendent hommage à Roger Whittaker en reprenant plusieurs de ses plus grands succès dans un style country. Sur Roger Whitaker Mon pays bleu lancé au Festival western de Saint-Tite le 10 septembre dernier, il reprend la chanson Je m'en vais sous la houlette du producteur Mario Pelchat. 

L'arrivée de Mario Pelchat dans sa vie à titre de producteur a d'ailleurs changé radicalement sa carrière. C'est sous l'initiative de l'artiste vigneron de Roberval que Paul Daraîche a sorti Mes amours, mes amis en 2012, l'album de reprises de chansons offertes en duos. Cent quarante-cinq mille copies vendues, c'est une manne inespérée pour un chanteur country québécois. Ça lui a ouvert les portes des grandes salles jadis fermées et suscité un très grand intérêt de la part de nombreux médias qui ne s'étaient jamais préoccupés de sa carrière auparavant.

Aujourd'hui, à soixante-neuf ans, le musicien savoure chaque goutte de ce succès porté par deux autres albums et maintenant, un livre. «Je ne ralentis pas; je ne vois pas pourquoi. En 2015, je calcule que j'ai dû faire environ 170 spectacles. Je suis en excellente forme, ce qui est étonnant avec la vie que j'ai menée; je ne me suis pas ménagé. Avec moi, mes amis le savent, c'est toujours tout ou rien.»

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