Rose-Anne Déry: la vie devant soi

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Rose-Anne Déry fait partie de la distribution de la nouvelle série Conseils de famille.

Photo: Andréanne Gauthier

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Rose-Anne Déry. Ne cherchez pas inutilement, il serait étonnant que ce nom vous soit familier, du moins pour l'instant. D'ici quelques années, voire quelques mois, il devrait en être autrement. Elle est comédienne, originaire de la région, et sa carrière, encore toute jeune, semble vouloir éclore au théâtre comme à la télé. Le cinéma? On verra.

La jeune femme de tout juste 24 ans est née à Batiscan où elle a fréquenté l'école primaire avant son passage au Séminaire Saint-Joseph de Trois-Rivières. C'est là qu'elle a rencontré la scène. Les comédies musicales annuelles n'y servent pas que de divertissement; il arrive aussi qu'elles fassent découvrir des vocations. Rose-Anne a choisi Arts et lettres au cégep trifluvien, profil Théâtre et Médias. Aussi bien dire que dans son esprit, sa voie était déjà tracée. Elle a été acceptée au Conservatoire d'art dramatique de Montréal à sa première tentative et en est sortie diplômée au printemps 2014.

Les amateurs d'improvisation de la région se rappellent sans doute d'elle pour l'avoir vu jouer au sein de la Ligue d'improvisation mauricienne pendant une saison après le Conservatoire, signe d'un attachement durable pour sa région natale.

«C'est difficile de dire ce qui m'a attiré vers l'art dramatique, explique aujourd'hui la jeune femme. J'ai toujours été fascinée par les comportements humains; comprendre les gens. Adolescente, j'ai énormément joué à des jeux de rôles par exemple. Je pense que c'est encore ce qui me passionne dans ce métier: aller au fond d'un personnage pour en saisir les motivations profondes. C'est aussi ce que j'aime particulièrement du théâtre: on a beaucoup de temps pour répéter et faire cette recherche sur la nature profonde des personnages qu'on incarne.

Professionnelle

Son parcours est donc on ne peut plus classique. «Je n'ai jamais pris de pause d'études», s'amuse-t-elle à noter. Ce qui l'est un peu moins, c'est son entrée dans le monde du travail. Dans un milieu où les producteurs sont réticents à miser sur de nouveaux-venus, moins «vendeurs» auprès du public que des vedettes établies, elle a su tirer son épingle du jeu.

«J'ai été chanceuse, j'en suis bien consciente, confiait-elle de sa voix rauque caractéristique. J'ai travaillé dès la sortie et n'ai pas encore arrêté. Il faut dire que déjà au Conservatoire, avec quelques autres filles, on a mis sur pied une pièce, Tablerase, qu'on a jouée dans l'année qui a suivi notre sortie de l'école. On savait donc en finissant qu'on aurait du boulot immédiatement. Ça a diminué cette intense sensation de vide qu'on ressent en quittant l'école.»

En parallèle, elle a appris à affronter, puis gérer les auditions. Pas trop mal, apparemment, puisqu'elle a décroché un rôle dans la série hebdomadaire Conseils de famille que diffusera Télé-Québec à compter du 29 septembre tous les jeudis à 19 h 30.

«Jusqu'ici, j'ai surtout fait du théâtre et c'est tant mieux parce que c'est ce que je préfère. Mais la réalité, c'est que je suis contente de faire de la télévision: ça m'ouvre d'autres portes et une visibilité extraordinaire. Ça me donne un certain sentiment de sécurité par rapport à mon travail. Même si ce n'est pas mon objectif premier, si on m'offrait de m'attacher à une série télévisée quotidienne à long terme, je le ferais sans hésiter. Je suis bien consciente que je ne suis qu'au début de ma carrière et que je dois profiter des opportunités qui s'offrent à moi pour jouer le plus possible et apprendre mon métier en le pratiquant.»

Sa ligne directrice, à l'heure actuelle, demeure fort simple: viser à ne faire que des projets qui lui tiennent à coeur. Ça pourrait être à la télé, parce qu'elle estime qu'il se fait de l'excellente télévision depuis plusieurs années au Québec, au théâtre ou au même au cinéma où on ne l'a presque pas vue. «Le cinéma, ça m'intrigue. C'est mon prochain souhait. Pour l'instant, le théâtre continue d'occuper une belle place dans ma vie parce qu'avec un copain, André-Luc Tessier, on a fondé notre propre compagnie théâtrale qui s'appelle Tableau noir. Ça nous permet de ne pas être complètement à la merci du marché.»

«On a monté une production qui va être présentée à la salle Fred Barry du Théâtre Denise-Pelletier en novembre. Ça s'intitule Le terrier et on a une très belle distribution avec Pierrette Robitaille, Sandrine Bisson et Frédéric Blanchette, notamment. On a été chanceux parce que tous ceux à qui on pensait comme interprètes ont accepté. Même pour le metteur en scène, on a eu notre premier choix: Jean-Simon Traversy. On est super contents de ce projet mais c'est quand même ardu de gérer une compagnie. On apprend...»

L'apprentissage, on s'en doute se fait à plusieurs niveaux pour une jeune comédienne qui aborde tout juste un milieu professionnel particulièrement compétitif et exigeant.

«L'école nous prépare bien mais il y a une part de choses qu'on doit apprendre par nous-même en fonction de nos valeurs. Une chose à laquelle on n'est pas tellement préparés, c'est qu'on doit vivre avec notre physique et ce qu'on dégage. J'ai compris qu'il me fallait apprendre à aimer ce que je suis. Que je le veuille ou non, ma personnalité comme mon physique dégagent quelque chose qui est aussi mon outil de travail. Ça ne donne rien d'essayer de le changer pour être conforme à une image qu'on se fait de nous. Moi, par exemple, j'ai une voix rauque et éraillée assez particulière. Plutôt que de la combattre, j'essaie de l'utiliser. Je pense que si je me battais contre ça ou contre mon aspect physique naturel, je me nuirais plus qu'autre chose. Il faut savoir s'accepter et en tirer le meilleur.»

Les secrets de la comédie

Décrocher un rôle dans une série télévisée peut changer une carrière. Particulièrement quand celle-ci débute. Rose-Anne Déry le sait bien et c'est pourquoi elle était si heureuse en apprenant, au printemps, qu'elle avait été sélectionnée, au terme de deux auditions, pour le rôle de Sophie dans Conseils de famille.

C'est quoi, Conseils de famille, vous demandez-vous? C'est une série familiale dans laquelle le personnage principal, Clovis, est un garçon de 13 ans. Il a deux soeurs plus vieilles et Rose-Anne Déry interprète Sophie, l'aînée. Ils demeurent avec leur mère dans le même duplex que leur père, en couple avec une nouvelle conjointe. Au milieu de ce tourbillon généalogique, Clovis tient un blogue intitulé Comment survivre à sa famille? dans lequel il témoigne des conseils et avis que tout un chacun autour de lui se sent obligé de lui prodiguer. La série se déploie comme une série de vignettes à saveur humoristique.

«Mon rôle est vraiment super, affirme la jeune comédienne mauricienne. Sophie apparaît dans pratiquement chaque épisode. Elle est super déprimée et on la voit sombrer graduellement vers un état végétatif. C'est intéressant parce que justement, c'est un personnage de nature dramatique dans une comédie alors, je dois rester fidèle à sa déprime tout en m'assurant en même temps, qu'elle soit drôle. Il m'a fallu trouver la fine ligne qui sépare la caricature du réalisme et c'était un beau défi. Il faut que le public ait de la sympathie pour son malheur mais qu'elle fasse rire également.»

En cela, elle aborde le sens même du jeu en comédie où on dit souvent aux interprètes qu'ils ne doivent pas jouer le comique mais rester fidèle à leur personnage alors que la situation dans laquelle il est plongé va faire rire. «Il faut que les enjeux de comédien soient réels, que les personnages soient vrais, explique l'interprète, mais il faut faire confiance aux textes qui sont humoristiques. D'ailleurs, j'ai adoré ces textes de Benoît Pelletier, le script-éditeur, dès que je les ai lus pour l'audition. Il utilise les mécanismes du comique au maximum avec beaucoup d'habileté. Il rassemble et imbrique les textes de plusieurs auteurs et, franchement, c'est vraiment très réussi.»

La jeune interprète est choyée de pouvoir travailler avec au moins deux interprètes d'expérience au sein de cette série en Catherine Trudeau et Pierre-François Legendre. «Ils sont tellement inspirants sur un plateau! Comme ils ont beaucoup d'expérience, je les observe pour noter leur méthode de préparation, comment ils répètent, etc. Je remarque qu'ils savent bien doser parce que c'est un plateau efficace où ça prend de la rigueur et où, pourtant, on s'amuse beaucoup. Il y a des moments vraiment sérieux parce qu'on est conscient de devoir bien compléter tout ce qui est au programme de chaque semaine de travail.»

Autre bénédiction qui vient avec cette série hebdomadaire, c'est qu'elle est déjà programmée pour deux saisons si bien que l'équipe est encore au travail présentement pour enregistrer les épisodes de la deuxième saison prévue pour l'année prochaine.

Encore du précieux pain sur la planche.

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