9 le film: neuf têtes valent mieux qu'une

Stéphane E. Roy et Marc Labrèche.... (Écho média)

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Stéphane E. Roy et Marc Labrèche.

Écho média

Le NouvellisteFrançois Houde 3/5

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François Houde
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Si les courts métrages ont gagné en prestige et en popularité au cours des dernières années, il est très rare qu'on nous présente en salles commerciales un long métrage composé par un collage de courts. La formule peut pourtant être intéressante: pensez aux Nouveaux sauvages la comédie grinçante espagnole très courue, sortie en 2015.

Voici donc une autre proposition, entièrement québécoise, celle-là, tissée sur ce patron. 9 le film réunit neuf créateurs ayant chacun réalisé son propre court métrage à partir du texte de la pièce Neuf variations sur le vide de Stéphane E. Roy montée pour la première fois au théâtre en 2006. Pour la transposer au grand écran, on a fait appel aux talents d'Érik Tessier, Marc Labrèche, Ricardo Trogi, Micheline Lanctôt, Claude Brie, Érik Canuel, Jean-Philippe Duval, Luc Picard en plus de Stéphane E. Roy.

On vous fait grâce de la liste des interprètes, nettement plus longue, mais pas moins impressionnante. De toute évidence, le projet a suscité l'intérêt des gens du métier. Il faut dire que le thème central du scénario, l'incommunicabilité, apparaît particulièrement pertinent dans notre monde où les communications explosent au même rythme, semble-t-il, que l'incompréhension entre les individus. De plus, Stéphane E. Roy a pondu des textes passablement inspirés.

La nature même du concept implique que les sketches sont inégaux. Si aucun n'est carrément raté, quelques-uns sont absolument savoureux. Le film est tenu par une trame de base qui nous présente un conférencier (Stéphane E. Roy), spécialiste de la communication, qui fait son numéro devant public. Or, chaque court métrage naît de l'histoire de l'un ou l'autre des spectateurs, tous ayant apparemment des motifs personnels d'assister à cette conférence.

Le premier sketch est un petit bijou d'essai sur la psychologie du couple. On y voit un homme et sa conjointe qui, dans un banal épisode de la vie quotidienne, se livrent un combat de manipulation sans merci. Ils sont hallucinants de mauvaise foi et de cruauté contenue. On s'y balance de la culpabilité au rythme où Donald Trump lance des insanités. C'est dire... 

Il est évident que les réalisateurs, peut-être paradoxalement libérés par la contrainte du format et du texte, s'en sont donné à coeur joie. Il faut dire que les textes leur offraient amplement de matière. Certains, comme Micheline Lanctôt, ont judicieusement minimisé l'emballage pour laisser toute la place au texte et aux interprètes. Très réussi.  

Une des surprises, c'est la variété des traitements où neuf univers bien distincts et profondément différents se succèdent, ce qui fait du tout un divertissement assez délectable. On n'a jamais le temps de s'ennuyer. Le film de Marc Labrèche sera assurément très attendu par le public parce que... c'est Marc Labrèche et que c'est son premier film. Disons-le immédiatement: c'est une demi-réussite. Le comédien a vraiment donné sa couleur à l'épisode qu'il met en scène, mais il se complaît si lourdement dans l'absurdité de son sketch que comme spectateur, on n'arrive pas à s'identifier à la situation. La relation entre un client froid et intellectuel qui veut acheter un simple lecteur DVD dans un commerce d'électronique et le vendeur devient un dialogue déjantée sur le sens de la vie. 

En comparaison, l'oeuvre de Micheline Lanctôt joue sur un tout autre ton une situation tout aussi absurde alors que dans un party de cour, deux vieilles amies ayant partagé de grands pans de leur vie se retrouvent alors qu'une des deux est absolument incapable de se souvenir de l'autre si heureuse, pourtant, de la retrouver. Ça grince à souhait mais ça reste si proche de la réalité qu'on se sent concerné.

Chacun spectateur aura sans doute son sketch préféré. J'en retiens plusieurs, pour diverses raisons. La proposition dans son ensemble a aussi le mérite de poser un regard amer et même désolant sur la qualité de la communication que nous entretenons dans nos vies. L'existence est absurde: c'est bien là la meilleure raison pour en rire.

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